M COMME MARKER Chris

Peut-on tout savoir sur Chris Marker ? Petite tentative…Bien sûr vouée à l’échec. On se limitera donc à 10 points.

1 Chris marker, 1921 – 2012, de son vrai nom  Christian Bouche-Villeneuve, était d’une famille plutôt bourgeoise, sans doute assez éloignée des positions politiques « de gauche » que Chris afficha dès sa jeunesse et auxquelles il resta fidèle toute sa vie, un engagement auprès des révolutions et des mouvements contestataires du XX° siècle.

2 Chris Marker est l’auteur d’un nombre impressionnant (incalculable en fait) de films, dont une seule et unique fiction, La Jeté, film culte s’il en est, remake du Vertigo d’Hitchcock, et parangon de la science-fiction post troisième guerre mondiale. Dire, comme cela est habituel, que la Jeté est le seul film de fiction réalisé par Marker est cependant quelque peu problématique. L’Ambassade n’est-il pas lui aussi un film fictionnel, même s’il renvoie clairement à une actualité politique de son époque ?

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3 Chris Marker est un amoureux des chats. Il suffit, pour s’en convaincre, de rappeler cette séquence de Sans Soleil, tournée à Tokyo dans le cimetière des chats, ou encore, ce surprenant intermède intitulé « chat écoutant la musique » séparant les deux parties du Tombeau d’Alexandre. On y voit un chat dormant sur le clavier d’un piano. (Le générique le crédite du nom de Guillaume-en-Egypte.) Bref dans l’œuvre de Chris Marker, les chats n’ont pas fini de nous surprendre. Et son dernier long métrage, Chats perchés, ne fait pas exception

4 Chris Marker est un cinéaste-écrivain, tant les commentaires de ses films sont d’une beauté littéraire qui d’ailleurs reste inégalée dans le cinéma mondial. Inaugurée dans un de ses premiers films, Lettres de Sibérie, la forme épistolaire deviendra une de ses marques de fabrique avec Sans Soleil et Le Tombeau d’Alexandre.

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5 Chris Marker est un grand voyageur, de la Sibérie à Cuba, du Japon à la Guinée- Bissau, de la Chine à la Californie. Des pays, des lieux, que l’on retrouve bien sûr dans ses films. Et il ne faudrait pas oublier Paris dont il a filmé tout aussi bien les toits et les murs décorés du célèbre chat souriant et les rues lors des manifestations.

6 Chris Marker est un artiste aux multiples talents et aux innombrables activités. On ne peut oublier qu’il a été écrivain, essayiste, éditeur, photographe (Les Coréennes 1959), vidéaste, artiste multimédia…Mais toute énumération n’est-elle pas ici inévitablement incomplète ?

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7 Chris Marker est l’auteur d’une œuvre politique, et c’est peu dire qu’il est un cinéaste engagé. Du côté des révolutions. Il en suivra les espoirs, en Russie ou en Chine et jusqu’à Cuba (Cuba si, 1961), mais aussi les désillusions, du stalinisme à la bureaucratie soviétique. Marker n’a jamais été aveuglé (le pire pour un cinéaste est bien de devenir aveugle !) S’il retrace dans Le fond de l’air est rouge (1977) l’histoire des mouvements qui ont ébranlé le XX° siècle, c’est bien pour que n’en soit pas oublié le côté sombre. Comme il le dira dans Sans Soleil à propos de la Guinée-Bissau, c’est quand la révolution est faite que tout commence.

De cet engagement politique  on retiendra son action contre la guerre du Viêtnam qui se traduisit cinématographiquement parlant par la coordination et le montage du film collectif Loin du Viêtnam (1967), premier projet de la coopérative Slon qu’il vient de créer, puis par la réalisation d’un long métrage retraçant la contestation et les manifestations américaines, centrées sur la grande marche à Washington, contre cette guerre (La Sixième Face du Pentagone, avec François Reichenbach, 1968). En France il sera très présent dans les luttes ouvrières des années 68, devenant un des instigateurs et le fer de lance des Groupes Medvedkine, à Besançon et Sochaux.

8 Chris Marker est réputé avoir été un personnage secret, particulière discret,  qui ne donnait pas d’interview et dont il n’existe pratiquement pas de portrait photographique publique. Sauf une peut-être, qu’Agnès Varda nous montre sous le sceau de l’exclusivité dans Les Plages d’Agnès. Dans son feuilleton culturel, Agnès de ci de là Varda, elle entreprend une visite de l’atelier de Marker, montrant la profusion de machines électroniques et l’enchevêtrement des fils qui les relient. Nous entendons la voix de Chris, mais nous ne voyons que ses mains. Jamais son visage. Et la silhouette qui nous est présentée n’est que celle de son avatar dans Second Life. Chris Marker est bien le premier cinéaste virtuel.

Discret ne veut pourtant pas dire solitaire comme en témoignent ses nombreuses coréalisations et collaborations cinématographies, en particulier avec Alain Resnais  (Les Statues meurent aussi), François Reichenbach (La Sixième Face du Pentagone), Joris Ivens ( A Valparaiso), Jean Luc Godard et bien d’autres dans les Groupes Medvedkine et Loin du Viêtnam. Et cela sans compter les très nombreux commentaires écrits pour des films d’autres réalisateurs.

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9 Chris Marker n’a jamais donné le sens du choix de son pseudonyme de cinéaste. Un mystère de plus. A chacun son interprétation.

10 Chris Marker est un personnage mythique au moins depuis la phrase définitive qu’on attribue à Henri Michaux : « Il faut raser la Sorbonne et mettre Chris Marker à la place. »

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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