M COMME MER.

Inland sea, Kazuhiro Soda, Japon / Etats-Unis, 2018, 122 minutes.

La mer intérieure de Seto au Japon. Un village bien traditionnel. Avec ses petites rues étroites où ne passe aucune voiture. Les chats y sont en sécurité. Les maisons basses semblent toujours ouvertes. Et accueillante. Tout est calme et paisible.

Le film respire d’un bout à l’autre ce calme et cette paix, que rien ne semble pouvoir troubler. La mer est d’huile. Pas une vague. Pas un souffle de vent. Et les personnes rencontrées ne sont jamais pressées. D’ailleurs leur âge leur interdit tout geste trop brusque, toute précipitation. Comme elles, le film prend son  temps. Même lorsque la camera est en mouvement, dans une rue ou le long de la côte, elle glisse sans heurt, nous laissant tout le loisir de découvrir les lieux.

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Inland sea est donc d’abord un film qui nous plonge dans une réalité géographique. Mais les êtres vivants ne sont pas ignorés, qu’il s’agisse des hommes ou des chats. Le film est donc bien plutôt un  film de rencontres, de contact avec ces habitants du village, qui ont toujours vécu dans ce village, sans doute dans la même maison. Et pour connaître un tant soit peu ces personnes âgées, il faut être patient, les accompagner dans leurs activités ou dans leur façon bien à eux de prendre le temps, d’occuper leur journée de petits riens, ou de moments répétées tous les jours. Des vies qui toutes sont ancrées dans les traditions.

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Il y a Wei le pêcheur, Kumiko, à qui le film est dédié puisque elle est décédée depuis la fin du tournage. Et ces dames qui nourrissent les chats, ou qui entretiennent les tombes du cimetière. Wei pose ses filets le jour et va les lever la nuit, pour que le poisson soit encore vivant lorsqu’il ira les vendre à la criée locale. Il ne sait plus très bien son âge exact, sans doute bien plus que 80. Bien sûr il regrette le temps passé, surtout pour des raisons matérielles. Avant, le poisson se vendait cher et les filets ne coûtaient rien. Aujourd’hui c’est l’inverse et il a bien du mal à joindre les deux bouts, comme il le répète plusieurs fois.

Les cinéastes, Soda et sa femme, japonais vivant à New York, deviennent de plus en plus proches des personnes qu’ils filment. Ils dialoguent de plus en plus avec eux, posant des questions sur leur vie, sur leur passé. Nous apprenons ainsi que Kumiko a été abandonnée à 4 ans, et que sa mère adoptive n’a jamais voulu qu’elle fréquente l’école. Elle se lance dans une longue histoire concernant son fils qui lui a été enlevé et placé dans un hospice. Le spectateur doit s’armer de la même patience que le cinéaste pour suivre les détails souvent confus qu’elle répète pourtant plusieurs fois. Mais cela n’a pas d’importance. Le film ne cherche pas d’explication et surtout ne permet pas de formuler des jugements. Ce qui compte ici avant tout c’est le respect des autres.

Cette douceur des rapports humains est soulignée par le noir et blanc des images qui donne au film un petit côté rétro, proche de la tradition. Il n’y a aucun changement brusque de tonalité comme il n’y a aucun conflit, pas même de petite bagarre entre les chats. Le temps s’écoule comme il s’est toujours écoulé. Et si les conditions matérielles ne s’étaient pas dégradées, le passé ne soulèverait guère de nostalgie. Wei, le pêcheur, finira bien par prendre sa retraite. Dans un an ou deux…

La dernière image du film – un plan fixe sur un bateau dans le port – se colorise peu à peu. Le film se termine en couleur. Pour dire que la vie continue ?

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Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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