M COMME MARSEILLE – Élections 1

Marseille contre Marseille, 7 films de Jean-Louis Comolli et Michel Samson, 1989 – 2001, 642 minutes.

Pendant plus de 12 ans, Jean-Louis Comolli et Michel Samson ont filmé Marseille, ou plutôt ils ont filmé la vie politique de Marseille, ce qui de toute façon revient à filmer Marseille elle-même, tant la ville s’identifie avec la politique.

Ils ont filmé des campagnes électorales, trois élections municipales (1989, 1995, 2001), deux législatives (1993, 1997) une régionale (1992) et une cantonale (2001), au total sept films réunis après coup mais formant incontestablement une série unique, tant son unité est forte, unité de propos bien sûr, mais aussi unité du regard porté sur la ville et ses batailles électorales.

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Michel Samson est journaliste. C’est lui qui, dans chaque épisode, mène l’enquête. Il sillonne la ville en voiture pour nous en donner une vision dynamique. Il rencontre tous les protagonistes de cette vie politique si particulière. Il les interroge, souvent avec exigence, demandant des précisions, s’arrêtant sur les détails qui peuvent avoir de l’importance. Ses interlocuteurs, ces hommes qui font la vie politique de Marseille, il les connaît bien. Il les rencontres parfois dans un contexte difficile, réunion ou déclarations publiques, mais le plus souvent chez eux, dans leur bureau ou leur appartement, dans leur intimité. Il n’y a jamais d’hostilité dans ses questions. Du coup, en dehors du cas particulier du Front National, ils apparaissent souvent comme sympathiques, des hommes de conviction, engagés dans des luttes intenses, mais par rapport auxquelles ils savent prendre une certaine distance. Les coups bas, les coups tordus, c’est toujours les autres, le camp adverse, qui en sont les auteurs. Et tous bien sûr n’ont qu’un mot à la bouche, le bonheur des marseillais.

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Jean-Louis Comolli est cinéaste. Il met en scène cette vie politique en agençant les moments d’intense agitation, les bains de foule des candidats et toutes ces rencontres avec leurs supporters, et les moments d’entretien face à face, ou plutôt côte à côte puisque pour éviter d’être toujours assis de chaque côté d’un bureau, le journaliste-questionneur (Michel Samson) marche avec son interlocuteur, le long d’un quai du port par exemple, ou dans un atelier en désordre. Il filme aussi la ville, le port, la mer, Notre-Dame de la Garde, des marchés. Il ne s’agit pas de meubler ou de simplement situer le contexte, en faisant des plans de coupe plus ou moins cartes postales. A Marseille, la politique, c’est la vie de la ville, sa respiration, son sang. Et lorsque l’on sort de Marseille pour les élections autres que municipales, c’est la même chose. La bataille de Provence, c’est la bataille de Marseille à l’échelle de la région.

Le cinéma de Comolli, c’est un cinéma fondamentalement politique. Il filme la politique parce que la politique, c’est la vie. C’est la vie d’une ville qu’il filme comme il filme les hommes qui font de la politique, comme il filme les habitants, des femmes et des hommes anonymes, de bord, de milieu et d’origine différents, mais qui ont tous le même cri du cœur, leur amour de Marseille.

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Marseille de père en fils, 1989, 2 X 82 minutes

Elections municipales 1989

         La vie politique de Marseille a été marquée par le règne de Gaston Defferre, 33 ans à la tête de la ville. Le film s’ouvre sur sa mort. Une mort brutale, inattendue. « La ville est à prendre ». La guerre de succession s’engage. Les premières séquences sont consacrées aux cérémonies des funérailles et aux hommages rendus par toutes les communautés religieuses. Mais très vie, la belle unanimité se lézarde. Le camp socialiste n’est pas loin de l’implosion. Le leader de la Fédération, Michel Pezet, est accusé, pas seulement à mots couverts, d’avoir tué le père, de l’avoir mis en échec politiquement et ainsi d’avoir, indirectement, contribué à sa mort physique. L’accusation est grave. Elle pèsera lourd par la suite.

 

Ce premier film d’une longue série à venir est entièrement dominé par la figure de Defferre, qui vient de mourir après 33 ans à la tête de la mairie. Comolli introduit à plusieurs reprises des images d’archives le montrant à différents moments de sa carrière. Les courtes déclarations choisies entrent alors en résonances avec les faits et gestes des candidats à sa succession. Le film montre l’affection que lui portaient ses fidèles et insiste sur la « sacralisation » du personnage. Interrogeant ses proches et les témoins de son dernier combat politique, Samson insiste pour connaître le plus de détails possible. Qu’a-t-il dit ? Quelles ont été ses dernières paroles ? L’émotion est grande chez les marseillais anonymes qui assistent aux cérémonies. Même disparu, Defferre reste omniprésent à Marseille. Il faut pourtant tourner la page.

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Tourner la page Deffere, c’est élire un nouveau maire en 1989, après deux ans de transition assurée par Robert Vigouroux, qui est candidat à sa propre succession. Comme il ne fait pas vraiment campagne jusqu’au dernier moment, le film se centre sur ses adversaires dans le camp socialiste. Samson s’entretient avec Pezet, puis avec Sanmarco. Il rencontre les principaux colistiers. L’adversaire de droite, Jean-Claude Gaudin,n’apparaît que dans la deuxième partie du film (Marseille de père en fils est divisé en deux parties : 1 Ombres sur la ville ; 2 Coup de mistral). Il ne fait pas partie des fils. Son heure viendra plus tard.

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En dehors des hommes politiques, des différents candidats à cette élection municipale, Samson rencontre des habitants de. Christian Poitevin, poète et homme d’affaires. A Notre Dame de la Garde, il observe une maghrébine venue déposer des bougies. On la retrouve préparant le couscous chez elle en compagnie d’un de ses fils. Dans un café il rencontre les membres en vue de la communauté arménienne qui évoquent leur jeunesse dans les quartiers pauvres. Tout ceci illustre le côté cosmopolite de la ville que soulignent tous les politiques.

Dans la seconde partie du film, des images nous montrent les différents intervenants en surimpression sur des vues de la ville. Une mise en scène qui atténue la dimension dramatique de cette campagne électorale. Dans les dernières images la mer, filmée en gros plan, est assez agitée. Le mot fin n’est pas suivi de « A Suivre ». Pourtant, nous sommes bien mis en situation d’attendre les futurs développements de la vie politique marseillaise.

Marseille contre Marseille

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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