M COMME MARSEILLE – Elections 2

Marseille contre Marseille, 7 films de Jean-Louis Comolli et Michel Samson, 1989 – 2001, 642 minutes.

Marseille contre Marseille IILa Campagne de Provence. 1992, 92 minutes

Elections régionales 1992.

Le film est une chronique de la campagne pour les élections régionales de 1992. Il va suivre, en les situant dans le temps par des cartons, les événements importants, les meetings, les conférences de presse, les manifestations, les débats publics et les déclarations aux médias. C’est la campagne au jour le jour, sur le terrain, passant d’un candidat à l’autre, les filmant le plus souvent au milieu de leurs supporters. La place des entretiens menés par Michel Samson est ici plus réduite que dans le film précédent. Ici nous sommes dans la politique active, le contact des candidats avec les électeurs. Un film qui montre l’agitation, l’effervescence de la vie politique dans ces moments privilégiés que sont les élections.

Lors de la convention du Conseil régional présidé par Jean-Claude Gaudin, Samson pose une seule question, qui servira d’élément structurant au film. Quels sont les trois mots clé de l’action du candidat ? Les réponses n’échappent pas à la banalité. Pouvait-il en être autrement ? Ce qui compte pour le journaliste, c’est que les mots utilisés en politique ont de l’importance dans leur répétition, dans leur circulation, dit Samson. Le film s’efforce de repérer ceux qui reviennent effectivement dans toutes les bouches. Samson s’efforce d’obtenir des définitions de la part de ceux qui les emploient. Et Comolli, dans sa mise en scène, inscrit sur des cartons ces mots au fur et à mesure de leur réapparition dans les discours. Ont-ils chaque fois le même sens ?

« Identité » par exemple. Certains parlent d’identité nationale, d’autres d’identité régionale. Mais on voit bien que c’est la question de l’immigration qui est au cœur du débat. « Invasion » est, comme le dit Comolli, le mot qui fait mal.

Ce second round des batailles politiques à Marseille et sa région voit surgir l’opposition médiatique par excellence : Tapie/Le Pen. Le film évite cependant de s’enfermer dans ce duel qui tient surtout de la politique spectacle. Il donne le change en s’arrêtant sur les manifestants écologistes qui construisent « le mur de la colère » pour dénoncer les contraintes européennes. Auparavant, une autre séquence montrait l’opposition de « Nation gardiane » à la construction d’un pont qui favoriserait l’invasion touristique et serait « un arrêt de mort pour la Camargue ». Qu’ils viennent du nord ou du sud, ceux qui sont étrangers à la région, sont toujours des intrus.

Mégret en tournée au début du film, Le Pen qui chante dans un train, le Front national tient une grande place dans le film. N’est-ce pas lui faire la place trop belle ? Comment montrer son opposition à son discours tout en lui donnant la parole ? Le film sur la campagne législative qui suivra aura une réponse radicale. La parole de Le Pen sera exclue.

Marseille contre Marseille II 2

Marseille en mars, 1993, 52 minutes

Elections législatives de 1993.

Le film s’ouvre sur les résultats de l’élection, le triomphe de Jean-Claude Gaudin et la défaite de la gauche. Un carton nous fait remonter un mois plus tôt.

Il ne s’agit pas d’expliquer ce résultat. Le film nous plonge dans la campagne, présentant les candidats un à un, leur donnant la parole dans un entretien mené par Michel Samson. Ils sont ensuite filmés dans la ville, distribuant leurs programmes et essayant d’engager le dialogue avec les électeurs. Tous les candidats ? Pas vraiment. Nous suivons Le Pen un court instant dans une rue. Il ne fait pas de déclaration. Il se contente de demander à son garde du corps de ne pas le toucher. Le choix de Comolli est évident. On ne donne pas la parole à l’extrême droite. Pourtant, sur les marchés et dans les rues, à l’occasion de la campagne des autres candidats, à plusieurs reprises, des passant affirmeront qu’ils voteront FN, que c’est la seule option positive.

Tous les autres candidats interviennent dans le film. Tous ont la parole facile. Nous retrouvons ceux qui étaient déjà présents dans la campagne municipale du premier film (Marseille de père en fils), mais aussi deux hommes qui n’étaient pas candidats en 89 mais dont nous avons fait connaissance comme membre de la société civile. Cette fois-ci, ils se sont lancés dans l’action. Leur mouvement se nomme «  2 hommes libres au service du citoyen ». Le film ne donnera pas d’indication sur le score qu’ils ont réalisé.

La question posée par Samson dès le début du film sert de fil conducteur. Qu’en est-il de la crise des partis ? L’idée qui sera émise le plus fréquemment en réponse, c’est le sentiment de la fin d’une certaine vision de la politique, la fin des utopies et de l’opposition traditionnelle gauche / droite. Les partis politiques sont mis à mal. Les hommes politiques sont discrédités. Le film met en lumière avec insistance ces idées qui n’ont pas cessé de gagner du terrain dans la population depuis.

Marseille contre Marseille II 3

Marseille contre Marseille, 1996, 88 minutes.

Elections municipales 1995

Ce film pourrait s’appeler grandeur et décadence du tapisme. Tapie sera-t-il maire de Marseille ? Sera-t-il seulement candidat ? Le film entretient le suspense. Pas seulement pour captiver le spectateur. Ce suspense-là, c’est celui que vivent les partisans de Tapie, ceux qui l’admirent, ceux qui le considèrent comme le seul capable de changer Marseille, de résoudre les nombreux problèmes de la ville. Les membres de l’association Nord Marseille n’ont pas peur d’affirmer qu’ils le considèrent comme le messie, leur sauveur, et qu’ils sont prêts à le suivre jusqu’au bout. S’il le veut, il sera tête de liste, de leur liste, qu’ils veulent opposer à la liste d’union de la gauche. Et si Tapie ne veut pas, ou ne peut pas se présenter, ils iront quand même jusqu’au bout, ils lanceront quand même leur liste indépendante. Dans cette aventure, ils espèrent bénéficier du soutien de Tapie et récolter les bénéfices de sa popularité. Dans ces quartiers défavorisés, ils sont d’ailleurs connus pour leur travail de terrain, au service de la population qu’ils défendent en toute circonstance. Mais Tapie est silencieux. Tapie se fait attendre. La suite du film nous dira brutalement pourquoi. Sa condamnation à la prison remet tout en cause. Tapie ne peut plus être candidat. Il ne sera pas maire de Marseille.

Cet épisode, dont le titre est repris comme titre de l’ensemble de la série, est donc une descente dans les espoirs, les illusions et les désillusions, de militants de ce populisme qui s’est cru un moment proche de la victoire. Ce n’est pas un film sur Tapie. Il n’apparaît que dans une seule séquence, vers le milieu du film, où il vient sur un marché serrer les mains, tout sourire, visiblement heureux de ce type de contact rapide avec la population. Ce n’est pas non plus un film sur ses idées. Pourtant, on ne parle que de lui, de son pouvoir de séduction. Suivant ses partisans, dans cette campagne où les tractations entre partis finiront par décider de tout, il nous montre la politique sous un jour nouveau, celui des convictions et de leur histoire. Il nous dit aussi clairement qu’en politique, il ne faut jurer de rien et que les engagements pris, et répétés, la main sur le cœur, ne pèsent pas bien lourds devant les menaces et les contraintes de la real politic. En politique, il y a toujours un moment où il faut choisir. Ici, c’est le moment où les listes définitives doivent être déposées. Tapie finit par annoncer qu’il soutiendra la liste PC-PS. Le groupe de ceux qui le soutenaient implose. Une partie rejoint la liste Gaudin. L’autre finira par se rallier à l’union de la gauche. Des reniements des convictions passées pris la mort dans l’âme sans doute. Des reniements quand même.

Contrairement aux films précédents, Comolli ne donne pas la parole aux différents candidats. Le Pen est totalement absent. La liste Gaudin, celle qui sera élue, est juste évoquée. Celle du PS et du PC fait l’objet des critiques des tapistes. Le candidat PC est quand même filmé dans un meeting et nous passons un moment dans son fief, le loto de l’association L’Harmonie. La presque totalité du film est ainsi consacrée à l’aventure du tapisme à Marseille. Une aventure qui tourne court. Comolli la filme de façon très intime, dans les moments d’exaltation et de doute de militants avec lesquels Samson entretient des liens d’amitié, même s’il ne nous dit rien de la façon dont il perçoit Tapie.

Ce n’est pas un hasard si le titre de cet épisode est repris pour désigner la série dans son ensemble. C’est sans doute l’épisode le plus original. Non pas par ce qu’il nous apprend de la vie politique et des compromissions qu’elle impose aux militants. Mais plutôt par sa mise en scène, qui construit un itinéraire politique. Pas celui de Tapie, celui du tapisme plutôt. L’itinéraire de l’illusion politique en fait.

Marseille contre Marseille II 5

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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