E COMME ENTRETIEN – Fabienne Abramovich

http://www.abramovichfabienne.ch/minisite_unPeuBeaucoup/index.html

    Comment êtes-vous devenue cinéaste ? Quelle est votre formation ? Comment se sont déroulés vos débuts dans le métier ?

Je vis toujours des transitions importantes à la fin de chaque projet. Après  la chorégraphie Turbulences libre et stable,
 en mars 2001, j’étais dans cette phase qu’accompagnait un entraînement physique quotidien dans un parc de Paris : les Buttes-Chaumont. C’est une bulle d’oxygène dans la ville, un lieu toujours vivant. Les gens se parlent, ils n’ont pas besoin de se connaître, c’est un lieu qui permet des échanges informels. J’adore ce lieu.

Depuis longtemps, je désirais réaliser une création avec des personnes âgées, en pensant que ce projet trouverait sa place sur scène. Cependant, en travaillant avec une petite caméra des séquences témoins, petit à petit, je me suis aperçue que c’est un film que j’allais faire, pas un spectacle. C’est donc la volonté de faire ce projet qui m’a amené à réaliser un film. C’est arrivé sans que je ne le décide, à la fois comme une surprise et une évidence. C’était fou car je devais tout réapprendre ! Mais il s’est passé une chose curieuse, j’ai éprouvé un plaisir total, je revivais le désir, la joie de la découverte, de l’apprentissage que j’ai connus également avec la danse dans ma jeunesse.

Ce premier film, Dieu sait quoi, est donc né d’un dépassement et j’ai redécouvert une liberté immense en prenant
 une caméra. Du point de vue du temps, de l’espace, du regard. Je comprenais aussi que la chorégraphie m’avait donné beaucoup. J’ai l’impression que c’est quarante ans de désir de danse qui a engendré ce saut et que c’était vital d’en avoir pris le risque pleinement.

J’ai commencé le tournage de Dieu sait quoi en novembre 2001 avec une petite dizaine de personnes âgées.

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       Quelle a été la genèse de votre film Loves Me, Loves Me Not et quelles ont été ses conditions de réalisation ?

Cela faisait quelque temps que trottait dans ma tête une envie forte de suivre des gens avec ma caméra dans la rue, et de laisser faire le hasard. C’est peut-être aussi cela la quête amoureuse, une petite fiction dans sa propre vie. Bien que je parte de scènes prises sur le vif et issues de la réalité, pour la première fois, s’est imposée une forme plus poétique. Et c’est bien ce mouvement-là, l’invention de l’autre, la part très puissante de subjectivité qui fait que chaque histoire d’amour est particulière. Pas de thèse, ni de grandes vérités sur l’amour. Ce qui peut arriver au spectateur, c’est de se retrouver au travers des protagonistes avec humour, légèreté et gravité. Je privilégie une approche sensorielle avec une progression qui nous amène à la fin du film à la nostalgie, traduite par ce poème «Sous le pont Mirabeau» de Guillaume Apollinaire.

La préparation et l’élaboration de ce documentaire a été assez longue, comme toujours dans mon travail d’approche. J’ai pu réaliser ce film grâce à de nombreux soutiens notamment la présence du scénariste mais aussi grâce aux protagonistes. J’ai pu leur exposer clairement le projet et leur fraicheur a permis, à l’image, un naturel déconcertant quelquefois. C’était important que les échanges conservent l’authenticité indispensable à la mise en valeur de la qualité des relations.

Il n’est, évidemment, pas simple de trouver des soutiens financiers pour ce type de films et de processus dont le résultat ne repose pas sur un événement particulier et des situations spectaculaires. Ceci dit, j’ai pu travailler et avancer.

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      Parlez-nous de vos films précédents, Liens de sang et Dieu sait quoi.

Je remarque que dans les 3 films, les protagonistes occupent un espace donné (un parc, une maison, un espace public singulier). Ils sont reliés par une unité géographique, une scène ou se déroule leurs échanges. Apparemment banals ces échanges sont précisément l’espace de travail où je vais chercher ce qui est commun et fait sens, à tel point que bien souvent les dialogues semblent écrits comme pour une fiction. Je cherche, choisis et trouve en prenant le temps de cette révélation. Lorsque je tourne, je pense au montage également. Je connais les dialogues et les scènes par cœur.

Je ne cherche pas à savoir ce que font les gens, leur statut social, ni leur position dans le monde. Ceci n’est jamais mon propos. Il s’agit de saisir l’autre dans sa chair, sa psychologie, sans idée préconçue : ne pas cataloguer les gens pour laisser ouverte leur histoire à un devenir. Il me faut toujours trouver l’âme qui va traverser tout le film. Pour cela je dois toujours rester vigilante, éviter les pièges, les clichés alors que ce sont des sujets qui pourraient s’y prêter très facilement. Il faut dépasser le sujet et c’est une véritable gageure. C’est aussi le soin constant apporté à l’image et au cadrage qui contribue, je crois, à tirer le particulier vers l’universel.

Pour Liens de sang,  nous avons défini clairement ce qui pour chacun relève de son intimité, ce qui ne doit pas être vu. Je tourne avec un dispositif très simple afin de pouvoir obtenir un rapport simple et privilégié, doux et confiant avec les personnes que je filme. Avec toujours ce cap pour moi de saisir les moments justes, sans jamais clouer les gens à leur histoire comme des papillons. J’essaie de capter ce qu’il y a d’atemporel dans nos vies de tous les jours. J’ai privilégié « la scène pour la scène » avec un contenu émotionnel afin d’être directement dans le lien. C’est cette épure dans l’écriture que j’ai cherchée. Une construction en haïku, qui s’échafaude en alternance, sans commentaire, ni interview: personnalités et enjeux familiaux se dévoilent au fil des situations prélevées sur le vif. La progression se devait d’être sensible pour construire autour de mini évènements.

Je retrouve ces principes dans les 3 films. Paradoxalement, les scènes et les dialogues semblent écrits en amont. Ils contiennent donc, le petit drame que je cherche.

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      Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Quels sont vos projets ?

Pour l’instant, je n’ai pas un projet en particulier, je filme des instants et certaines situations avec un dispositif très simple. C’est important de pouvoir construire avec des petits moments de vies autour de moi. J’aime apprendre et me surprendre. Puis, j’ai besoin de dégager une production adaptée à mon travail afin d’avancer. En l’état, j’ai une ou deux idées mais ne peux pas vraiment en parler maintenant.

Je suis une auteure-productrice et j’ai besoin que le projet prenne naissance de manière organique. Que dire  aussi, si ce n’est que j’aime aussi monter les images et filmer. C’est un ensemble et je le conçois financièrement également comme le ferait une architecte.

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Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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