W COMME WODAABE.

         Une image, un film.

Wadaabe, les bergers du soleil, Werner Herzog, Allemagne, France, 1989, 48 minutes.

L’image d’un homme, d’un visage d’homme. Un visage décoré, peint, pour ne pas dire maquillé, ce qui aurait une connotation beaucoup trop occidentale. Et pourtant, il s’agit bien de souligner, de rehausser, d’exalter la beauté du visage. De lui donner toute sa force de séduction. Car ce visage-là est fait pour attirer l’attention, pour se faire remarquer, pour être choisi parmi les autres. Un visage qui doit éveiller le désir. Une image de séduction donc.

Un visage qui fait tout pour être séduisant selon les codes en vigueur dans le groupe. Les dents très blanches, bien en évidence. Le blanc des yeux bien visible aussi. Le regard fixe. Les lèvres peintes en bleu. Des bijoux, des colliers. Et le chapeau comme on en trouve au sahel.

Nous sommes au sud du Sahara, à la frontière entre le Niger et l’Algérie. L’homme est un Woddabe, une tribu nomade qui élève des vaches et des moutons, animaux qui, avec les dromadaires, constituent toute leur fortune et doivent assurer leur subsistance. Les Woddabes sont particulièrement méprisés par les tribus voisines. Mais eux se considèrent comme les hommes les plus beaux du monde.

Et cette beauté, ils savent la mettre en évidence, la magnifier, la rendre éclatante et incontestable. Et tout particulièrement dans cette danse qui ne pouvait qu’attirer l’attention d’un cinéaste comme Werner Herzog, la danse du Geerewol.

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Cette danse fait partie de ce que nous, occidentaux, appellerions une fête, ou une cérémonie, ou un rite, en tout cas un moment privilégié de la vie du groupe, un moment qui doit avoir une portée religieuse peut-être, sociale certainement, artistique sans doute ; un moment où la vie quotidienne, avec ses tâches imposées et ses difficultés, est mise hors-jeu.

Il s’agit pour les hommes de s’exposer au regard des femmes pour être choisis par l’une d’elle à qui ils appartiendront pour une nuit. Et c’est pour être le plus séduisants possible qu’ils préparent si minutieusement leur apparence. C’est-à-dire l’éclat de leur visage. Tout le reste est laissé de côté. Qu’ils soient mariés ou célibataires ne compte pas. Seuls comptent la séduction des hommes et le désir des femmes.

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Entre sa séquence inaugurale de présentation des hommes et la danse du Geerewol qui le clôt, le film documente la vie des Watabees. Il insiste en particulier sur les années de grande sécheresse du Sahel, qui a imposé aux Watabee, comme aux autres nomades, de partir le plus loin possible vers le sud à la recherche de points d’eau pour leur bétail. Herzog interroge l’un d’eux qui n’a pu sauver aucune de ses vaches. Au moment du film, la pluie est revenue. Mais est-elle suffisante. Le film ne cache pas l’angoisse de l’incertitude qui règne dans la tribu. Sauf lorsqu’il s’agit pour les hommes de se préparer à la danse du Geerewol.

Des hommes qui se maquillent et dansent pour séduire. Des femmes qui expriment leur désir en choisissant un partenaire. Un jeu de la séduction et du désir qui est l’exact sens inverse de celui que l’occident a institutionnalisé.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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