E COMME EGYPTE- Révolution

Le Printemps d’Hana, Sophie Zarifian et Simon Desjobert, France, 2013, 55 minutes

Un film de plus sur la révolution égyptienne ? Un film qui nous introduit au cœur des manifestations, qui nous permet de rencontrer tout un peuple et d’écouter sa parole, ces longues diatribes, ces interminables confrontations d’opinions souvent contradictoires, ces revendications et ces manifestations d’espoir, mais aussi ces craintes vis-à-vis de l’avenir. Filmer la parole d’un peuple qui a retrouvé sa liberté d’expression après en avoir été longtemps privé a quelque chose d’exaltant, à l’instar de ceux qui sont filmés, tous ceux qui dans le mouvement d’une révolution veulent croire à la démocratie et à la justice sociale. Un film de plus donc, mais qui apporte un point de vue particulier, malgré une forme que l’on a déjà vue.

La première originalité de ce Printemps d’Hana est d’être situé après la révolution, après la chute du régime Moubarak. Mais est-ce pour autant la fin de la révolution ? Toutes les revendications des manifestants de la place Tahrir sont-elles satisfaites ? Personne dans le film ne le croit. La révolution est terminée et elle reste à faire. L’armée a pris le pouvoir et les manifestants se sentent dépossédés de leur victoire sur l’ancien régime. Occuper à nouveau la place Tahrir semble pour beaucoup la seule solution. Aller jusqu’au bout. Obtenir enfin une vraie liberté. Un film qui nous montre donc la marche d’une révolution et les immenses points d’interrogation qu’elle pose à la population égyptienne.

printemps d'Hana 2

Aux jeunes, surtout. La place fondamentale de la jeunesse égyptienne dans la révolution est bien connue et a déjà été filmée. Ici, il s’agit d’une jeune fille, d’une vingtaine d’années, engagée dans la révolution de façon très personnelle, que certains adultes pourraient juger naïve ou pleine d’illusions, mais dont la fougue et la sincérité sont évidentes. La séquence introductive nous la montre longuement, distribuant un journal gratuit, la nuit. Surtout, elle dialogue avec ces passants anonymes, des adultes. Une femme en particulier, qui porte le voile et qui tient un discours qui se veut réaliste (il faut bien reprendre le travail et cesser les manifestations) que la jeune fille n’est pas loin de juger défaitiste. La poursuite de la révolution est aussi au cœur des discussions qu’Hana suscite avec les chauffeurs des taxis qu’elle emprunte pour se déplacer, et celles qui se développent de façon quasi ininterrompue avec ses amis. Eux, ils recherchent de nouvelles formes d’action, des moyens originaux pour populariser leurs idées et ils s’engagent dans une démarche résolument créative (des dessins et slogans bombés au pochoir sur les murs). Y a-t-il une fracture entre les jeunes et le reste de la population égyptienne ? Le film ne va pas explicitement dans ce sens, mais la question ne peut pas ne pas se poser.

Le Printemps d’Hana est un film sur la révolution égyptienne, mais c’est aussi un film sur l’adolescence. Ce n’est pas à proprement parler un portrait au sens traditionnel, qui donnerait à appréhender la vie familiale, affective ou sociale d’une jeune fille. Mais c’est un portrait d’une adolescente en militante, engagée politiquement. C’est sur cette dimension de l’engagement politique à l’adolescence qu’il nous invite à réfléchir.

Sur la révolution égyptienne, lire T COMME TAHRIR https://dicodoc.blog/2018/12/02/t-comme-tahrir/

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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