S COMME SWAGGER – Image.

Un film, une image. Swagger d’Olivier Babinet

Qu’est-ce qui est le plus séduisant, le plus attirant, dans le personnage central qui tient le rôle de la star ? Son manteau de fausse fourrure ? Son nœud papillon ? Ses lunettes de soleil ? Sa posture, ce port altier, princier dirait-on presque, mais avec tant de naturel ? Sa démarche, qu’on imagine lente, mais décidé, donc pas si lente que ça, on devrait même dire plutôt rapide, sous les acclamations ?

Un grand moment de détente entre deux cours, puisque nous sommes dans un établissement scolaire. La vie de bahut qui n’est donc pas si triste qu’on veut bien le dire. Où des jeux collectifs, systématiquement tournés vers le fun, respirent l’enthousiasme, loin de toute violence, de toute résignation, de tout renoncement.fausse

L’image a une construction plutôt classique, avec son personnage central mis fortement en évidence. Mais aucun – ou presque aucun – regard n’est tourné vers lui. Et du coup, la scène n’a rien de statique. Tous ces élèves se dirigent vers nous, dans le hors-champ où est placée la caméra, cet espace si souvent oublié, nié, supprimé, au cinéma.

Si cette image met en avant un personnage, en réalité c’est bien une image de groupe. Un groupe sans lequel le personnage n’existe pas. C’est bien pour les élèves ici réunis dans un lieu de passage de l’établissement que la scène se déroule. Et elle ne peut en aucun cas se dérouler ailleurs. Surtout pas dans une salle de classe, ni même au réfectoire ou à la bibliothèque par exemple. Ici les élèves déboulent depuis une porte invisible. Ils arrivent vers nous. Ils vont passer devant nous. Allons-nous les suivre ?

Ces élèves présents autour de la star ne sont pas de simples figurants ou des faire-valoir. Ils sont là pour créer l’ambiance et donner sens à la scène. Comme ils sont presque tous « de couleur », on peut imaginer que nous sommes dans un établissement de banlieue. Du coup ce sont toutes les représentations négatives de ces ghettos qui sont foulées au pied. En tout cas, ils participent effectivement, joyeusement à la fête. Les sourires sont rayonnants. Et les deux jeunes filles qui encadrent la star – ses gardes du corps – sont elles aussi starisées. Dans le fond de l’image, on ne distingue pas vraiment les visages de tous les élèves, mais il s’agit avant tout de faire foule. Rien n’évoque la solitude ou l’isolement. Tous sont pris dans le même élan. Dans le même moment de plaisir. Et si la gloire ne dure pas vraiment un quart d’heure, elle est intensément partagée par tous.

Et ici, pas besoin de tapis rouge pour être une star.

Sur le film dans son ensemble lire : https://dicodoc.blog/2017/08/08/s-comme-swagger/

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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