B COMME BANKSY

Faites le mur ! Banksy ? Royaume-Uni, 2010, 87 minutes.

Le street-art a son documentaire. Et bien sûr, puisqu’il ne s’agit pas d’une forme d’art conventionnelle, le documentaire en question se doit aussi d’échapper aux formes classiques.

Banksy, célèbre gaffeur anglais, s’est attelé à la tâche et s’est manifestement beaucoup amusé à brouiller les pistes. D’abord, il affirme ne pas faire un film sur lui-même, mais sur un type qui voulait faire un film sur Banksy. Le véritable personnage central du film, du moins celui qui occupera les plus de place à l’écran, ce n’est donc pas Banksy, mais Thierry Guetta, Français immigré à Los Angeles et qui est d’abord présenté comme un accro de la vidéo, filmant tout ce qui passe dans son champ de vision. Faites le mur remplit ainsi sa fonction de documentaire, nous présentant des gaffeurs plus ou moins célèbres, leurs œuvres, leurs méthodes de travail. Toute cette partie du film est présentée comme le travail vidéo de Guetta alors qu’on nous montrera ses cassettes contenant les rushes s’entassant dans des cartons sans jamais être visionnées. Qui filme Guetta ? Banksy ? Mais qui filme Banksy filmant Guetta ? Qui dit ce commentaire rajouté après coup pour expliquer quand même un peu le sens du street-art et pour brouiller un peu plus les pistes au sujet du film que nous sommes en train de voir ?

Banksy 6

Et Banksy dans tout ça ? Dans le film, on ne voit qu’une silhouette noire, capuche sur la tête, sans visage. Même sa voix est modifiée. Il va cependant apparaître peu à peu comme prenant en main la conduite du film. Il va donc embarquer Guetta dans ses propres aventures artistiques. Enfin, et c’est là que le film devient véritablement « sioux », Banksy incite Guetta à devenir lui-même un artiste du street-art et de se lancer dans la création sous le nom de Mr Brainwash (Monsieur Lave-cerveau !). Guetta bien sûr prend Banksy au mot et se lance dans l’organisation d’une immense exposition qui n’est autre que la copie conforme de celle de Banksy et qui connaîtra le même succès fulgurant. Que valent vraiment ses œuvres ? Certainement pas le prix qu’elles atteignent sur le marché de l’art contemporain. Alors, s’il est manipulé par Banksy, n’est-ce pas pour piéger les marchands ou tous ceux qui se prétendent connaisseurs, mais qui ne sont que les victimes naïves d’une mystification dont ils n’ont aucun soupçon ?

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C’est bien là le sens du film. À travers son caractère embrouillé, superficiel à l’extrême, passablement déjanté, il ouvre une véritable réflexion sur l’art contemporain et sa relation au commerce. Le street-art ne doit-il pas, pour survivre, garder ce caractère contestataire, hors normes sociales, qui l’a vu naître ?

Mais le film lui-même ? Utilisant parfaitement tous les ressorts (toutes les ficelles ?) du cinéma spectaculaire, n’est-il pas en définitive rien d’autre qu’un divertissement, parfaitement réussi et donc capable d’engranger les dollars ?

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Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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