I COMME INCIPIT – Disneyland

Disneyland mon vieux pays natal, Arnaud des Pallières, 2001, 46 minutes.

Un train qui entre en gare. C’est bien sûr un lieu commun du cinéma ! Sauf qu’ici il ne s’arrête pas. Il frôle la caméra, posée sur le bord du quai. Et il continue sa route, sans réduire sa vitesse, Droit devant, vers un autre but, une autre gare.

Après le passage de la locomotive, les wagons défilent devant nous, trop près pour que nous puissions vraiment les distinguer. Un train de voyageurs sans doute. Avec des voyageurs à son bord sans doute. Que nous ne verrons pas. Où vont-ils dans ce train qui effectue bien nécessairement un trajet. Qui est parti d’une gare pour rejoindre une autre gare. Une gare de départ et une gare d’arrivée comme il est nécessaire de l’indiquer dans la réservation d’un billet. Et s’il s’agit d’un train de voyageurs, alors il effectue bien un voyage.

La caméra bien sûr n’a pas suivi ce train. La caméra le laisse partir. Le plan reste fixe jusqu’à ce que le train ait disparu. Un train fantôme en sommes.

Mais une fois ce premier train disparu, un autre va défiler devant la caméra. Sur la voie opposée et dans le sens contraire. Ils ne se sont pas croisés dans la gare, devant la caméra. Mais le timing était si précis que leur succession à l’image donne l’impression d’un aller-retour.

Entre les deux passages, sur des images presque abstraites, où domine la couleur rouge, une voix off nous raconte l’histoire du joueur de flute de Hamelin.

Ce second train est un train de marchandise, Ce qui est immédiatement identifiable. Plus lent que le premier, il ne donne pas cette impression de vitesse, et de danger, que la place de la caméra – il venait vers nous, sur le quai – ne pouvait éviter. Cette fois-ci, nous avons tout notre temps pour le regarder, suivre des yeux son déplacement. Jusqu’à ce que lui aussi disparaisse. A l’endroit même où le premier train était apparu.

Le premier train nous conduira-t-il jusqu’à Disneyland, puisque c’est un train de voyageurs. Et c’est bien ce que nous dira la voix off qui nous accompagnera tout le film, une voix en première personne, intime. Et c’est bien dans un train de voyageurs que nous nous retrouvons après avoir quitté la gare. Nous regardons le paysage défiler par la fenêtre du compartiment. Comme les 45 000 visiteurs quotidiens de Disneyland, nous dit la voix off. Une visite qui commence par ce voyage des plus banals. Un voyage trop long sans doute pour ceux qui sont impatients d’arriver chez Mickey.

Un incipit qui nous oblige à patienter. Qui ne nous plonge pas tout de suite dans la foule des visiteurs. Une mise en attente donc. Sans suspens pourtant. Le film se déroulera bien ensuite dans Disneyland. Mais ce voyage en train nous dit déjà que la visite qui va nous être proposée aura un côté original, inédit. Une vision très personnelle qui va bien au-delà d’une simple présentation, même critique, du phénomène Disney. Une plongée dans l’enfance.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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