P COMME PRECARITE.

Se battre. Jean-Pierre Duret et Andrea Santana, France, 2013, 93 minutes

Eddy est champion de full-contact, une discipline physiquement très exigeante. Sur le ring, dans les entraînements, il dégage une énergie incroyable. Sera-t-il capable de se battre avec autant de vitalité dans la vie quotidienne pour surmonter les difficultés auxquelles il ne manquera pas d’être confronté ?

Se battre, c’est d’abord ne pas se résigner pour ces personnes en situation de difficultés matérielles que nous présente le film. Ils sont tous en situation de précarité, de misère, mais ils ne sont pas à la rue, réduits à des situations extrêmes. S’ils essaient de s’en sortir, ils ne sont jamais sûrs de parvenir à franchir le seuil de la pauvreté.

Jean-Pierre Duret et Andrea Santana sont connus pour avoir réalisé une trilogie sur la pauvreté dans le Nordeste brésilien, là où les paysans pauvres sont obligés d’immigrer à São Paulo pour espérer trouver le travail qui leur permettra de survivre. De retour en France, ils poursuivent le même projet, montrer la misère, rencontrer ceux qui en souffrent, qui la subissent.

C’est à Givors, dans la banlieue lyonnaise, qu’est réalisé le film. Le film présente des portraits qui rendent particulièrement concrètes différentes situations de précarité. Il y a cette femme qui a dirigé une maison d’édition et qui a tout perdu dans les péripéties de sa vie. Il ne lui reste plus que ses souvenirs, ses objets familiers, ses deux chats et son chien. Nous croisons d’autres hommes et femmes plus anonymes, souvent âgés, mais ne renonçant jamais à leur dignité humaine. C’est que la caméra n’est jamais dans une position qui pourrait être taxée de voyeurisme. Il y a bien plutôt de la chaleur dans la façon dont ils sont filmés.

Et puis il y a l’entraide. Celle des Restos du cœur ou du Secours populaire. Une association locale a aussi créé un jardin où de petits boulots sont proposés, cueillir les choux de Bruxelles, nettoyer les poireaux ou les betteraves. Un travail qui n’a rien à voir avec la chaîne en usine que ces personnes meurtries par la vie ne pourraient sans doute pas supporter. Ils trouvent là l’occasion de contacts humains qui leur permet de ne pas sombrer dans le désespoir.

Se battre n’est pas un film pessimiste. Il n’est pas optimiste non plus. Il se situe au-delà d’un ressenti immédiat. Surtout, il ne juge pas les situations qu’il montre, ni les personnes qu’il rencontre. Mais il joue parfaitement un rôle d’éveilleur de conscience.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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