O COMME OBJET PRÉFÉRÉ.

PETITES LUMIÈRES HUMAINES, François Zabaleta, 2021, 75 minutes

Son objet préféré ? Un porte-bonheur, un fétiche, un talisman, un souvenir ? Quelle place peut-il avoir dans la vie ? Un compagnon quotidien, celle d’une utilité irremplaçable, une simple habitude ou un objet transitionnel, comme le doudou de l’enfant. Si on le perd, est-il encore possible de vivre ? De survivre ?

Voici comme le cinéaste en parle, en a parlé aux personnes qu’il a rencontré, qu’il a interrogé, les sollicitant sur leur objet préféré. Façon de susciter une présence authentique, sincère, profonde malgré la pose souvent conventionnelle.

« L’idée est simple. Je suis allé demander à des hommes et des femmes de tout âge et de toute condition sociale d’accepter de poser devant ma caméra, avec leur objet préféré, avec leur Rosebud. En guise d’introduction je leur ai dit la chose suivante :
Choisissez un objet avec lequel vous entretenez un lien particulier.
Un lien unique. Presque superstitieux.
Un objet qui vous représente. Qui serait comme votre double.
Un objet qui participe de votre identité.
Un objet qui parle de vous comme personne n’en a jamais parlé.
Un objet lorsque vous ne serez plus là qui tiendra lieu de vous.
Peu importe l’objet. Peu importe son prix, sa cote.
Il peut s’agir d’une œuvre d’art ou non.
L’essentiel est l’intensité du lien qui vous unit.
Sa vérité. »

« Objets inanimés avez-vous donc une âme ? » demandait Lamartine. François Zabaleta nous donne une réponse, sa réponse, construite à partir de toutes les images qu’il a recueillies. Il réalise trois plans par personnes, trois images cadrées de plus en plus serrées, jusqu’au gros plan.

La première permet de situer la personne dans son environnement, si du moins il choisit de ne pas poser sur un fond neutre. Puis le plan suivant permet de visualiser plus directement. Enfin le visage du gros plan est bien cette porte vers l’âme si souvent évoquée par les philosophes. Mais bien sûr ce dispositif filmique n’a rien de systématique, et bien des variations sont introduites. Comme dans la façon de présenter ces poses. Le plus souvent elles sont accessibles directement comme elles ont été filmées. Mais elles peuvent aussi passer par l’intermédiaire d’un de ces petits écrans dépliables sur lesquelles étaient projetées en famille les diapositives de vacances.

Mais si l’âme des objets est invisible pour les yeux, comment la rendre sensible ? C’est là qu’intervient, que doit intervenir, le génie du cinéaste.

Car Petites lumières humaines est loin de se limiter au simple enregistrement d’images évoquant un objet, des images qui pourraient se limiter à le décrire. Ou même évoquer par association quelque chose d’autres que lui, un souvenir, une personne, un lieu. Et si le cinéma a ce pouvoir stupéfiant de rendre les objets animés (sans être pour autant des dessins), c’est bien parce que le cinéaste filme avec sa conviction, sa foi, son implication « corps et âme » dans le cinéma.

Car si les personnes filmées sont muettes (ce sont les objets qui parlent) la bande son crée un monde parallèle aux images, un monde surprenant, parfois déroutant, créant des effets de distances par rapport aux images, comme ces bruitages de nature ou d’oiseaux et autres animaux ; comme ces chansons dites traditionnelles ou anciennes (de A la claire fontaine à Heure esquisse, en passant par le Temps des cerises et Au clair de la lune) chantées a capella (parfois il y a quand même de la musique aussi, et des extraits de textes littéraires nous aussi, mais rarement, proposés), peut-être par une des personnes présentes à l’écran. Mais dans le fond on n’a pas besoin de savoir qui chante.

Pour clore le film, peut-être – est-ce bien une clôture ?  – le cinéaste, qui est d’ailleurs présent à plusieurs reprises dans le film (dans la bande son mais aussi à l’image) nous propose le passage célèbre des entretiens d’ Hitchcock avec Truffaut sur le « MacGuffin » cette invention d’Alfred faite pour faire parler les bavards.

Un film exigeant donc, comme beaucoup des films de François Zabaleta. Un film en noir et blanc, comme toujours, qui a plutôt tendance ici à pencher vers le blanc, une lumière qui n’est pas celle du soleil pourtant, puisque rien n’est jaune dans le film. Un film presque muet, en tout cas qui refuse le bavardage. Un film qui laisse le spectateur à ses propres pensées, à ses propres rêves, à ses propres images d’objet préféré.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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