F COMME FELIX – Kubin

Félix in wonderland. Marie Losier, France-Allemagne, 2019, 50 minutes.

Depuis The Ballad of Genesis and lady Jaye, on savait Marie Losier passionnée par les créateurs excentriques, et tout particulièrement les musiciens hors-normes, dont la personnalité et la vie elle-même n’est rien d’autre qu’une œuvre d’art. Le film qu’elle consacre à Félix Kubin en est la preuve éclatante – s’il en fallait une.

Félix Kubin est un passionné de son, et même de bruit. Toujours un micro à la main, ou à porter de main, il enregistre les réalités le plus inattendues. Et il produit un univers sonore particulièrement original, même s’il n’est pas le seul à s’être rendu célèbre avec la musique électronique.

Sa spécialité, ce sont donc les synthétiseurs, ces machines à produire des sons au milieu desquelles il vit, avec lesquelles il a toujours vécu – le filmage des pièces de sa maison est particulièrement impressionnant. Sa plus grande passion c’est bien de tourner des boutons du KORG, son engin de prédilection. Et bien sûr de transformer les sons émis en musique, une musique souvent très dansante, très rythmée, à l’écoute de laquelle il est impossible de rester immobile.

Car Félix est avant tout un musicien. Comme le prouve – si besoin était – la création d’un opéra, Falling still, où il mobilise autour de lui un cœur d’enfants et des instruments à cordes issus de la musique dite classique. La longue séquence qui est consacrée à la préparation de cet opéra et à son triomphe en salle à Hambourg, est des plus passionnante. On y voit le cheminement de la création, la rigueur demandée pour l’exécution, ce qui n’exclut pas une grande fantaisie, comme le musicien en est capable dans chacune de ses créations.

Pour le film, il propose des « expériences », comme faire manger un micro à un chien -lequel préfère quand même le pain dans lequel le dit micro est caché – ou faire bruler un micro ce qui permet d’enregistrer le feu, expérience sonore étonnante.

Si la cinéaste filme avec une certaine délectation les facéties – pas toujours sonores – de Félix, elle sait aussi le faire parler très sérieusement de son univers musical et de ses créations. Elle nous présente donc un portrait d’un homme passionné certes, un peu naïf, mais toujours attachant, même lorsque ses « expériences » frôlent le mauvais gout (la séquence chirurgicale par exemple). Mais l’ensemble rend bien compte de la complexité du personnage, de ses contradictions – assumées – et de la dimension originale de sa musique. Une musique quasiment omniprésente dans le film, ce qui ne peut que renforcer le plaisir qu’on peut éprouver en voyant le film.

Côté court, 2020.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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