T COMME TZIGANES.

La Place. Marie Dumora, 2011, 100 minutes.

La Place, le lieu où vit la communauté Tzigane de Colmar en Alsace. On pourrait dire gitan ou même gens du voyage, ce qu’ils ne contesteraient pas. Il s’agit d’un ancien dépôt d’ordures, tout près de la ligne de chemin de fer où se succèdent les trains à grande vitesse et celle – en accès libre pourrait-on dire puisqu’elle n’est pas protégée – où passent les trains de marchandises sans qu’on puisse prévoir les horaires. Un endroit où ils ont installé leurs caravanes et leurs toiles de tentes. Et où le patriarche a même construit une maison en bois, entièrement démontable ! Un lieu habituellement baptisé de camp. Mais pour eux, c’est « la Place ».

Une communauté dans laquelle la cinéaste pénètre, sans effraction. On dirait même qu’elle en fait partie, tellement on s’adresse à elle avec sympathie. Les regards caméra sont toujours chargés de chaleur. C’est qu’elle n’est jamais indiscrète. Et elle ne dérange aucunement cette vie quotidienne, en marge « du monde », dont elle va faire un film chaleureux, constitué de petites touches sur les petits faits qui constituent le quotidien de la communauté, mais aussi les grands évènements qui constituent son histoire et son présent.

Le quotidien c’est par exemple les parades en scooter, et la vérification des moteurs. Ce sont aussi les marches, avec les enfants, le long des voies ferrées. Et puis il y a les coutumes, ou les habitudes. On mange de gros gâteaux pleins de crème à l’anniversaire du petit – deux ans déjà. Et c’est un plaisir de le voir se précipiter sur les paquets cadeaux – plus gros que lui – et déchirer le papier d’emballage. Ici, les enfants sont nombreux, et on devine qu’ils sont considérés comme des rois.

Le quotidien c’est aussi la religion, les cérémonies, grandes ou petites, où l’on affirme sa foi chrétienne et sa certitude du retour prochain de Jésus. Une foi très présente, centrale même dans la vie sociale. Les célébrations du culte sont l’occasion de beaux discours, en musique bien sûr, et en chansons. Quant au baptême des jeunes garçons et filles qui vont quitter l’adolescence c’est l’occasion d’une grande fête où chacune et chacun des baptisés, habillés de blanc, viennent dire eu micro leur relation à Dieu. Ils et elles sont ensuite plongés dans l’eau d’une grande piscine, qui deviendra après la cérémonie l’ère de jeu des plus petits.

Côté histoire, la cinéaste s’entretient avec une vieille dame qui évoque les persécutions dont les tziganes furent l’objet de la part des nazis. Et c’est l’occasion de rappeler le nombre important des leurs qui furent exterminés à côté des juifs dans les camps de la mort.

Aujourd’hui les conditions de vie des Tziganes changent fondamentalement. Ils n’ont pratiquement plus la possibilité de voyager. Et « la Place » va être détruite. La séquence finale nous conduit avec une jeune femme dans l’appartement HLM qui lui a été attribué. Ses enfants, en bas âge, courent dans toutes ces pièces encore vides. Quant leur mère, elle est filmée regardant – pensive – par la fenêtre les immeubles voisins.

Un film qui effectue un travail de mémoire, indispensable.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s