T COMME TRADUIRE – Dostoïevski

La Femme aux 5 éléphants. Vadim Jendreyko. Suisse-Allemagne, 2009. 94 minutes.

         Une vieille dame toute voutée, sans doute de s’être si longtemps penchée sur des livres, sur ces textes qu’elle connait si bien, pour les avoir pratiqués tant de fois. Svetlana Geier est traductrice. D’origine ukrainienne, elle vit en Allemagne et traduit le russe en allemand. Et tout particulièrement, elle traduit Dostoïevski. Cinq des plus grands romans de Dostoïevski, ses cinq éléphants : Crime et châtiment, L’Idiot, Les Démons, L’Adolescent et Les Frères Karamazov. Toute une vie pour devenir « la voix de Dostoïevski ».

         Le film montre son travail et sa vie quotidienne, la femme et la traductrice. Une femme toute simple, que l’on suit faire son marché, qui fait la cuisine, qui boit beaucoup de thé. Divorcée, elle vit seule, mes ses enfants et petits enfants viennent souvent la voir. De belles réunions de famille.

         Le travail de traduction, un dur labeur, jamais achevé. Il faut toujours revoir, corriger. Svetlana relit son texte avec un vieil ami, musicien et érudit. Ou plutôt c’est lui qui relit et qui discute, propose d’ajouter une virgule, ce qui pose problème à la traductrice, qui elle a le texte original sous les yeux. « Il faut trouver les mots exacts, les pauses et les accords » dit-elle. Et il faut aussi savoir s’échapper du texte, ou du moins savoir « lever les yeux ». La traduction n’a rien d’une science exacte. Et puis, il y a Pouchkine. Intraduisible ? « On comprend chaque mot, mais on ignore de quoi il s’agit ».

         Le film de Vadim Jendreyko est un film de voyage. Parce que les grands textes sont des textes qui voyagent. Le pré-générique déjà nous montre un train de nuit interminable dans sa traversée de l’écran. Des trains, nous en prenons tout au long du film. Durant le long voyage qu’entreprend Svetlana avec sa petite fille, ce retour en Ukraine, ce pays natal où elle n’est jamais revenue depuis son adolescence. Le film est aussi un voyage dans le passé. Il évoque surtout le père de Svetlana, emprisonné et torturé par le régime stalinien. Des images d’archine retracent l’invasion de l’Ukraine par les troupes allemandes, évoquent les exécutions massives de juifs, la défaite de Stalingrad. Svetlana et sa mère fuit en Europe. En Allemagne, l’une trouve du travail et l’autre continue ses études tout en étant l’interprète d’un officier. Tout ce passé qui remonte à la surface des souvenirs de Svetlana est évoqué sans jugement, de simples faits, même s’il s’agit d’événements tragiques dans ce parcours qui conduira une jeune fille à devenir cette vieille dame qui a tant fait pour la littérature.

         Le voyage en Ukraine conduit Svetlana à la recherche de son ancienne maison, de la tombe de son père dans un cimetière enneigé. Elle rencontre les élèves d’une classe de lycée. Elle ne leur fait pas un cours, elle dialogue simplement avec eux. Tout ce qu’elle fait paraît si simple. Une vieille dame si modeste. Filmée avec une grande simplicité.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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