UN BARRIO A CARACAS

Chronique de la terre volée. Marie Dault, 2020, 91 minutes.

Deux femmes, jeunes et belles, parcourent le Barrio « Brisas de la Santa Cruz » en tous sens. Elles invitent les habitants qu’elles croisent à la réunion du soir. Des informations concernant la vie de tous doivent y être communiquées. Nous les retrouvons animant cette réunion devant un public attentif. C’est qu’il est question de l’avenir de chacun. Les terres sur lesquelles sont construites leurs cabanes appartiennent à un riche industriel. Mais une loi promulguée par Chavez permet d’attribuer ces terres à ses habitants à condition qu’ils rédigent collectivement la vie du barrio, depuis son origine si possible. Une tâche ardue, sur l’achèvement de laquelle le film fait tout du long planer le suspense.

C’est que Chavez est mort depuis deux ans, et son successeur, Maduro, a beau tenter de suivre la politique de Chavez, le pays est menacé d’une crise économique sans précédent dont les effets commencent à se faire sentir sur la vie quotidienne des habitants du barrio. Le film montrera alors en détails les difficultés rencontrées par la représentante du barrio pour réunir toutes les pièces du dossier et le faire accepter par une administration de plus en plus tatillonne. Les chroniques du barrio doivent être rédigées à l’encre noire. Pas de chance, celles qui sont présentées le sont en bleu.

Le film de Marie Dault est un regard précis, et souvent joyeux, sur la vie dans ce quartier pauvre de Caracas perché sur une colline qui domine la ville. Des conditions précaires – l’eau est coupée et la nourriture devient rare – qui incite beaucoup de jeunes de partir tenter leur chance dans les pays voisins. Mais ceux qui restent, à l’image de l’héroïne du film, ont encore la force de défendre les valeurs héritées de Chavez. Les problèmes communs sont traités collectivement. C’est une démocratie socialiste qui tente ici de se construire, où les femmes tiennent le premier rôle. Malgré les difficultés qui s’accumulent, le film vent garder jusqu’au bout un minimum d’optimisme.

Prix Louis Marcorelles, Festival Cinéma du réel, Paris, 2020

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :