B COMME BRESIL – Nordeste.

Romances de terre et d’eau. Jean-Pierre Duret et Andréa Santana. Brésil-France, 2001, 78 minutes.

            Une rencontre improbable. Et pourtant. Il est français, elle est brésilienne. Elle est née sous la dictature militaire et est devenue architecte. Par vraiment la voie royale pour faire du cinéma. Lui est ingénieur du son ayant travaillé avec des cinéastes de renom, des frères Dardenne aux Straub. Rien dans tout cela qui pouvait le conduire au Brésil, dans le Nordeste. Et pourtant. Ils s’y sont trouvés pour y réaliser trois films, une trilogie qui commence avec Romances de terre et d’eau pour se poursuivre en 2004 avec Le Rêve de Sao Paulo et se conclure en 2008 par Puisque nous sommes nés.

            Le Nordeste du Brésil, la sécheresse et la pauvreté de ces paysans sans terre qui n’ont même pas un petit lopin de terre aride et ingrate pour essayer d’y faire pousser de quoi survivre. Romances de terre et d’eau leur donne la parole. Ou plus exactement, enregistre leur parole, le récit de leur vie, de leurs souffrances, de leurs humiliations, de leurs derniers espoirs. Des récits sans effet rhétorique, filmés sans effet cinématographique, presque sans mise en scène. Des hommes et des femmes plongés dans le plus grand dénuement mais qui pourtant ne renonce pas à vivre. Des couples qui sont fiers d’avoir élevés leurs nombreux enfants, souvent plus de dix ! Cet amour de la vie, il éclate dans leurs sourires révélant des bouches édentées, mais illuminant ces visages ridés, burinés par le soleil. Des visages sans âge, comme ils sont eux-mêmes hors du temps.

            Les romances, ce sont des chansons populaires traditionnelles évoquant l’amour et la joie de vivre mêlée à la tristesse et à la souffrance. La musique est omniprésente ici, comme dans tout le Brésil. Une culture elle aussi bien vivante, avec ses danses rituelles où les masques dissimulent l’identité. Ave ses créations de petites figurines en argile séchée au soleil. La poésie aussi, comme ces textes d’une beauté limpide du vieux Patativa d’Assaré, rencontré avant sa mort à 91 ans :

« Si Dieu créa la terre,

Si elle est vraiment son œuvre,

Chaque paysan doit avoir

Son morceau de terre »

Il y a dans le film de très belles images de paysages. Elles n’ont pourtant aucune fonction touristique. Elles disent plutôt l’attachement de ces paysans à cette terre sans eau, une terre qu’ils ne veulent pas quitter. A moins que la faim devienne trop insupportable. Alors, peut-être, seront-ils obligés de partir pour la ville.

A COMME ABECEDAIRE – Jean-Pierre Duret.

Ingénieur du son, il a travaillé avec quelques grands réalisateurs, dont Maurice Pialat, les frères Dardenne, Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.

Quatre de ses films sont réalisés avec Andréa Santana, dont trois au Brésil.

Associations

Se battre

Brésil

Puisque nous sommes nés

Le Rêve de São Paulo

Romances de terre et d’eau

Enfance

Puisque nous sommes nés

Famille

Puisque nous sommes nés

Un beau jardin, par exemple

Migration

Le Rêve de São Paulo

Mythes

Romances de terre et d’eau

Pauvreté

Se battre

Puisque nous sommes nés

Le Rêve de São Paulo

Romances de terre et d’eau

Paysans

Romances de terre et d’eau

Un beau jardin, par exemple

Ville

Le Rêve de São Paulo

B COMME BRÉSIL 2 .

Puisque nous sommes nés, Jean-Pierre Duret et Andrea Santana, France-Brésil, 2008, 90 minutes.

Une station-service, sur le bord d’une grande route, c’est tout un monde. Le soir surtout, elle déborde d’activités. Les gros camions, imposants avec leurs remorques, s’y arrêtent pour faire un brin de nettoyage, surtout des pare-brise. Bien alignés sur les parkings, ils sont prêts à repartir à la première heure le lendemain. Les cars déversent leur cohorte de touristes qui se précipitent sur les boutiques, choisissent quelques souvenirs et se rendent au restaurant. Dans le film de Duret et Santana, deux adolescents du coin s’y rendent tous les soirs et y passent une bonne partie de la nuit, essayant de gagner quelques sous ou de trouver quelques restes mangeables sur les tables abandonnées. Ils évoquent leur vie, leurs souffrances, leurs rêves, quand ils en ont encore.

Puisque nous sommes nés 10

Le film est placé sous le signe du trafic routier, intense, rapide, bruyant. L’ouverture montre des enfants jouant sur un muret en bordure de la route. Les rafales de vent provoquées par les camions lancés à toute vitesse sont tellement violentes qu’on a l’impression qu’ils ont du mal à rester debout. Mais c’est cela leur jeu. Une façon encore innocente de côtoyer la mort.

« Que fais-tu pour oublier ta faim quand tu n’as rien à manger ? », demande l’un des adolescents à son copain. Cocada, le plus grand, ne rêve que d’une chose, devenir chauffeur routier. Il passe déjà la nuit endormi dans la cabine de son ami chauffeur qui le considère presque comme son fils. Il a vu son père assassiné mourir dans ses bras. Une blessure qui reste indélébile en lui. Son copain, Nego, n’a plus de rêve d’avenir. Il parle de chercher un poison pour en finir rapidement. Sa mère a dix enfants, ce qui fait beaucoup à nourrir. Son père est parti, ou il est mort, on ne sait pas très bien. En tout cas, il n’a pas de père. Nego passe sa journée en petits travaux domestiques, égrène le maïs, garde les chèvres. Parfois il gagne un peu d’argent en portant sur une brouette les achats d’une vieille dame. Sa mère insiste pour qu’il aille à l’école et fasse ses devoirs. Mais le film ne montre pas l’école. Existe-elle seulement ?

Puisque nous sommes nés

 

Puisque nous sommes nés est réalisé pendant la campagne électorale qui conduira à la réélection de Lula, le « président des pauvres », comme il le dit dans un fragment de discours qui nous est donné à voir. Tout au long du film, des haut-parleurs appellent à voter pour les élections législatives. Mais cette agitation politique ne semble pas préoccuper en quoi que ce soit les adolescents. Les adultes non plus d’ailleurs. Les contraintes de la vie quotidienne, avec ses incertitudes, ne leur en laisse guère le temps… Le vieux fabricant de tuile, par exemple, a du faire bruler le cadavre de sa vache morte. Il en achète une autre mais devra faire un nombre impressionnant de tuiles supplémentaires pour payer ses dettes.

Comme les deux précédents films du tandem Duret-Santana (Romances de terre et d’eau ; Le Rêve de São Paulo) Puisque nous sommes nés est un film qui montre la difficile survie d’une partie de la population brésilienne. Lors de la distribution d’eau effectuée par un camion-citerne, certains repartent sans avoir pu remplir leur bassine de la moindre goutte. La route elle, est toujours animée. Le trafic ne s’arrête jamais. Cocada réussira-t-il à l’emprunter un jour au volant d’un camion ? Pour l’heure, il fait partie de ceux qui regardent passer la circulation et restent sur le bord de la route.

B COMME BRESIL -Sao Paulo.

Le Rêve de São Paulo, Jean-Pierre Duret et Andrea Santana, Brésil-France, 2004, 100 minutes

Ils ont quitté le Nordeste, leur vie de paysan marqué par la faim et la pauvreté. Une vie sans plus aucun espoir. Ils ont quitté un à un leurs parents, leurs jeunes frères qui suivront le même chemin lorsqu’ils auront 18 ans. Ils sont partis pour São Paulo. Souvent sans savoir ce qu’ils vont devenir, s’ils pourront trouver du travail. Les plus jeunes ont parfois la chance d’être accueilli à l’arrivée du bus par un ainé parti quelque temps auparavant. De toute façon, ils n’ont pas le choix. Le rêve de la grande ville, c’est d’abord celui de pouvoir vivre. Il n’est pas sûr que cette vie soit vraiment meilleure. En tout état de cause, elle ne peut pas être pire. Alors il est permis de rêver.

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Le film de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana suit cette migration. José a 18 ans. Dernier garçon d’une famille nombreuse, comme toutes celles du Nordeste, il va partir comme ses aînés pour aller tenter de vivre à São Paulo. Nous assistons aux préparatifs du départ, les dernières recommandations des parents. Le père et la mère ont passé toute leur vie dans la pauvreté, ne sachant pas toujours comment ils pouvaient arriver à nourrir leurs enfants. Situation immuable depuis des générations, décrite avec force dans le précédent film des auteurs, Romances de terre et d’eau (2001). Ici, quelques séquences suffisent ; l’abattage des arbres et la destruction par le feu des broussailles pour pouvoir ensuite semer quelques graines de haricot ou de maïs qui pousseront si la pluie arrive. Dans le film, il pleut plus à São Paulo que dans le Nordeste.

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Le voyage en bus vers São Paulo, 3 000 kilomètres, est filmé en longs travellings depuis la place de José qui regarde défiler le paysage toujours aussi aride et désolé. Quelques arrêts permettent de rencontrer des travailleurs, comme ces deux tailleurs de pierre qui arrive juste à gagner de quoi payer leur nourriture. Et puis c’est la grande ville, São Paulo, que les cinéastes filment de plusieurs façons. Du haut d’une terrasse souvent, en plongée verticale sur la circulation des rues en bas et dominant les immeubles érigés tout autour. Les quartiers pauvres ensuite, les habitations bâties sur les collines, sans ordre apparent. Mais aussi en suivant José sur les avenues, au milieu du flot de véhicules. Ces vues sont souvent montées en parallèle avec les images du Nordeste, les images du passé.

Dans le Nordeste, il ne reste que les vieux. Eux n’ont plus de rêves. Les jeunes sont partis parce qu’ils avaient un but dans la vie. Le film recueille l’expression de ces espoirs, souvent inaccessibles. L’un veut devenir chauffeur, l’autre avocat. Ou bien ils rêvent d’acheter une voiture. Certains se réalisent, comme cette maison construite pendant des années et dans laquelle la douche est un vrai bonheur. Il y a aussi ceux qui rêvent de revenir sur leur terre, fuyant alors la monotonie et l’ennui du travail en usine. Mais ils ont tous construit une vie nouvelle, ils se sont mariés, ont des enfants, ont à leur tour fondé une famille. Et si le travail peut être épuisant, comme pour ces éboueurs qui tirent de lourdes charrettes chargées de sac de déchets qu’il faut ensuite trier pour récupérer ce qui est recyclable, c’est mieux que le vide de leur vie précédente.

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Le film débute par une séance de photographie dans la rue du village du Nordeste. Il faut bien laisser une image de soi à ceux que l’on va quitter. Les parents n’ont d’ailleurs que les photos envoyés par les enfants pour garder leur souvenir. Tout au long du film, apparaissent d’autres photos, en noir et blanc, prises aussi bien à São Paulo que dans le Nordeste. Une magnifique façon d’inscrire dans le film le lien qui relie ces deux lieux si différents, de relier le passé et l’avenir, la pauvreté et le travail qui permet enfin de pouvoir de se nourrir.

Le rêve de São Paulo n’est pas un rêve politique. Ici, comme dans le Nordeste, personne ne se révolte. Une séquence télévisée montre quand même un extraits d’un discours de Lula, nouvellement élu président, annonçant sa lutte contre la pauvreté. Ceux qui l’écoutent ne disent rien.

H COMME HOMELESS (SDF)

I pay for your story, de Lech Kowalski.

Utica était une belle ville, il y a 30 ou même 20 ans. Une ville où rien ne manquait, surtout pour les enfants. Aujourd’hui, c’est bien autre chose. Comme toutes les villes de la « ceinture de rouille », au nord-est de New-York en particulier, c’est une ville sinistrée, une ville détériorée, abattue par la fin de tant d’industries. Des villes qui incarnaient pourtant le rêve américain. Utica, ancienne « capitale mondiale de la radio » est devenue une ville où domine la violence, une violence quotidienne dans les rues, où  le trafic de drogue est florissant. C’est bien d’ailleurs la seule chose qui peut l’être.

Lech Kowalski est originaire d’Utica. Du moins il y a passé une bonne partie de sa jeunesse. Ses parents, immigrés polonais, se sont installés là après quelques pérégrinations dans l’est américain. Il revient dans cette ville, dans le quartier où il jouait avec ses copains,  pour constater le désastre. Le film qu’il va réaliser sur ce retour est donc d’abord un film en première personne. Un film où le cinéaste fait le récit de ce retour en voix off sur des images de la ville, des images réalisées surtout la nuit, où la bande son est dominée par les sirènes des ambulances ou des pompiers, des images de rues vides la nuit, occupée par les voitures le jour. Dans son ancien quartier, les rencontres que va faire Lech, ce sont surtout des Homeless, les SDF américains.

Le premier plan du film nous montre ce vieil homme noir, assis sur son sac, en bordure d’une rue très passante. Une voiture s’arrête, lui tend un billet. Le cinéaste le suit dans ses quelques déplacements et l’écoute faire le récit de sa vie, de la détérioration de sa vie, de ses difficultés pour survivre alors que les loyers augmentent sans cesse, ainsi que le coût général de la vie. Les gros plans sur son visage sont impressionnants. Un contact direct avec la misère.

La suite du film est une succession de rencontres, de récits de vie. Le cinéaste a pour ce faire mis au point un dispositif particulier. Il annonce, sur une carte de visite, sur le néon lumineux situé au-dessus de l’appartement d’un ami transformé en studio de fortune, qu’il paiera (le double du taux horaire minimum) ceux qui voudront bien parler d’eux et de leur vie devant la caméra. Il filmera même certains dans un ancien club de musique désaffecté où jadis on faisait la fête. De quoi souligner encore les ravages du temps.

Tous les récits de vie ainsi recueillis  – des femmes et des hommes, soit seuls soit en couple ou en famille, avec des enfants, presque tous noirs – ont bien des traits communs. Tous ont des difficultés matérielles importantes, pour se loger et pour se nourrir, et bien sûr pour payer les factures et les fournitures scolaires des enfants. Tous s’interrogent sur l’avenir, leurs possibilités de survie. Beaucoup ont connu une enfance difficile, beaucoup ont sombrés dans la drogue ou l’alcool. Un grand nombre ont été en prison et certains sont en liberté surveillée. Ils affirment quand même leur volonté de chercher à s’en sortir. Seuls les plus âgés évoquent le temps d’avant, le temps où il faisait bon vivre. Mais est-il possible de s’assurer une vieillesse quelque peu paisible ? L’assurance avec laquelle l’un d’eux assure qu’il n’a pas d’autre issue que de choisir de revenir en prison est terrifiante. Au moins, dit-il,  j’aurai là un lit et droit à des soins médicaux…

Etre payé pour accepter d’être filmé et de raconter sa vie, n’est-ce pas dénaturer l’essence même du cinéma documentaire. La question n’est pas débattue dans le film. On comprend bien cependant les raisons du cinéaste. N’est-ce pas une façon de leur venir en aide. Et puis s’ils sont les personnages d’un film, pourquoi ne pas les rémunérer ? Certes ils ne sont pas des acteurs et ils ne sont pas filmés comme des vedettes. Le montage ne supprime d’ailleurs jamais les flous de mise au point en début d’entretien et les hésitations de cadrage. Ils restent des femmes et des hommes qui témoignent de la pauvreté, de leur pauvreté, extrême, avec sincérité. Des histoires « vraies » dit le réalisateur.

Dans la dernière séquence du film Lech Kowalski prononce quelques mots d’adieu à sa mère, dans une église, devant son cercueil. Ceux qui restent devront essayer de survivre.

Visions du réel 2017, compétition internationale.

Diffusion sur Arte, la Lucarne.

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V COMME VALENTINA

Valentina de Maximilian Feldmann.

Un film sur les Rroms. Après Toto et ses sœurs, après Spartacus et Cassandra, après Roméo et Kristina , et bien d’autres encore. Il devient difficile d’apporter un regard neuf sur leur situation, de nous faire découvrir des personnages originaux et de nous proposer un éclairage inédit sur leur mode de vie et les difficultés qu’ils rencontrent. Et pourtant, les trois films cités ont chacun leur problématique propre et finalement se ressemblent peu entre eux. Valentina de Maximilian Feldmann, que nous avons pu découvrir au festival de Brive, est également tout à fait particulier, dans sa réalisation et dans le point de vue qu’il adopte. Plutôt qu’un nouveau film sur les Rroms, il s’agit principalement d’un film sur la grande pauvreté.

Première surprise, le film est en noir et blanc. Un noir et blanc qui peut parfois être particulièrement lumineux. Mais aussi relativement terne, avec beaucoup de grain. Des niveaux de gris plutôt, sans contraste. Car le film mélange deux types d’images. Aux images filmées (qu’elles soient vidéo ou  16 mm)  il oppose des vues fixes, qui sont un véritable travail photographique. De la sorte le film évite systématiquement toute uniformité.

En second lieu, le réalisateur a choisi de se centrer sur une enfant de 10 ans, et d’adopter en quelque sorte son point de vue sur sa vie et sur sa famille, que d’ailleurs elle nous présente les uns après les autres, père et mère et toute une série -7 ou 8 – de frères et sœurs, surtout des sœurs d’ailleurs. Mais la famille n’est pas au complet, car les ainés ont été arrêtés par la police pur mendicité sur la voie publique et placés dans un foyer. Pour Valentina c’est un véritable drame et elle vit très douloureusement cette séparation forcée. Le père d’ailleurs entreprendra des démarches pour qu’elles reviennent à la maison. Une maison qui se réduit à une seule pièce dans une cabane. Et la séquence où ils installent les couvertures pour pouvoir tous dormir dans cet espace restreint, si elle peut être vue comme empreinte d’un certain humour, en dit long sur la façon dont ils peuvent affronter leur misère et leur dénuement. Les liens familiaux très forts qu’ils vivent sont peut-être la seule chose qui les rattache à la vie. Car pour le reste, la question lancinante ne cesse d’être posée : comment les parents peuvent-ils nourrir une si nombreuse famille ?

Leur situation est en effet particulièrement précaire. Pour survivre la mère et ses enfants les plus grands mendient dans le centre-ville de Skopje, en Macédoine. Ce qui n’est pas sans danger. Pourtant nous apprenons avec une certaine surprise que le père a tenu un rôle de le film de Emir Kusturica, Chat noir, chat blanc, dont nous voyons d’ailleurs un court extrait. Gageons que le film qui fait de sa fille une « vedette » ait pu être aussi une certaine source de revenus.

Valentina est omniprésente dans le film. Dans la bande son, c’est elle, en voix off, qui présente les autres membres de la famille et son histoire, et les petites activités qui occupent sa vie. Une bande son souvent en décalage avec les images, mais qui entretient avec elles des rapports dialectiques riches de sens. Le film est bien loin du cinéma direct. C’est une reconstitution d’un point de vue d’auteur que l’on sent particulièrement impliqué dans la réalité qu’il donne à voir. Et s’il ne prétend aucunement pouvoir faire partie de cette communauté Rrom, ni surtout de la famille de Valentina, son regard n’est jamais celui d’un voyeur extérieur. Un film de compréhension en somme. Un film qui nous fait comprendre la situation de ceux qui sont filmés, parce que le réalisateur lui-même essaie avant tout de la comprendre.

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