CIMETIÈRE MAROCAIN

Jean Genet, Notre-père-des-fleurs. Dalila Ennadre, 2021, 60 minutes.

Des tombes blanches dispersées au milieu des herbes sauvages. Le bleu de la mer en arrière-plan. Nous sommes au Maroc, à Larache, dans le cimetière où est enterré Jean Genet.

Déjà en 2016, Michèle Collery nous avait fait découvrir ce cimetière et cette tombe toute simple avec ses deux seuls rochers de mer. Son film Jean Genet un captif amoureux retraçait l’engagement de l’écrivain auprès des Palestiniens et des Black Panthers américains. Dalila Ennadre y avait fait l’image.

Dans son propre film, la cinéaste marocaine se centre sur les dernières années de la vie de Genet et sur ses relations avec le pays et ses habitants. Une vie simple, loin de la littérature, ancrée dans ce territoire marin où il a choisi de demeurer pour l’éternité.

La première partie du film suit la famille du gardien du cimetière. Le père et son fils font des rondes de nuit pour protéger la tombe d’éventuels pilleurs à la recherche d’un hypothétique trésor. La mère vient souvent, l’après-midi, s’assoir près de la tombe, à l’insu de son mari. Quant à la fille, Doha, elle dépose une fleur sauvage sur la tombe en allant à l’école. Elle apprend le français en déchiffrant des textes du poète.

Genet n’apparait dans le film que dans la lecture qu’il fait, en off, de certains de ses poèmes ou des extraits du Journal d’un voleur. Mais il inspire chaque image, chaque plan, chaque couleur. Le bleu de la mer bien sûr. Mais aussi le ballet des oiseaux marins, noirs et blancs, dans le ciel. Les vues du port lorsque les hommes déchargent les caisses de poisson. Et le mur de la prison voisine, ses barreaux et ses barbelés, et sa lumière aveuglante la nuit.

Si les visiteurs du cimetière, surtout des étrangers, évoquent la personne et l’œuvre de Genet – ils remplissent un cahier d’impressions – ce n’est pas le cas des enfants qui jouent au foot devant le portail – ils rêvent tous de quitter le pays qui ne leur offre aucunes perspectives d’avenir – ni des prisonniers filmés derrières des barreaux. Aucun ne connait sans doute Genet. Mais des marins ont dû le rencontrer lors de ses promenades au port. Son souvenir reste très fort. Un homme simple et généreux, surtout pour les pauvres.

Par la beauté de ses images, ce film est un véritable poème visuel. On ne peut imaginer meilleur hommage à Genet, l’homme et l’écrivain.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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