A COMME ABECEDAIRE – Simone Bitton.

Cinéaste franco-marocaine. Ses films s’inscrivent dans l’histoire du Maghreb et du Moyen-Orient.

Artiste

Oum Kalsoum

Chanson

Oum Kalsoum

Cinéma

Conversation Nord-Sud : Daney/Sanbar

Droits humains

Mur

Ben Barka : l’équation marocaine

Egypte

Oum Kalsoum

Elections

Citizen Bishara – Un député arabe en Israël

Famille

Nos mères de Méditerranée

Femme

Rachel

Oum Kalsoum

Solange Giraud née Tache

Gaza

Rachel

Histoire

Ziyara

Palestine, histoire d’une terre – 1) 1880-1950 – 2) 1950-1991

Israël

Mur

Citizen Bishara – Un député arabe en Israël

L’Attentat

Palestine, histoire d’une terre – 1) 1880-1950 – 2) 1950-1991

Judaïté

Ziyara

Littérature

Mahmoud Darwich : et la terre, comme la langue

Maroc

Ziyara

Ben Barka : l’équation marocaine

Mémoire

Ziyara

Mort

Rachel

L’Attentat

Musulmans

Ziyara

Mur

Occupation

Rachel

Pacifisme

L’Attentat

Palestine

Rachel

Mur

Mahmoud Darwich : et la terre, comme la langue

Palestine, histoire d’une terre – 1) 1880-1950 – 2) 1950-1991

Photographie

Conversation Nord-Sud : Daney/Sanbar

Poésie

Mahmoud Darwich : et la terre, comme la langue

Politique

Ben Barka : l’équation marocaine

Portrait

Ben Barka : l’équation marocaine

Citizen Bishara – Un député arabe en Israël

Mahmoud Darwich : et la terre, comme la langue

Conversation Nord-Sud : Daney/Sanbar

Oum Kalsoum

Nos mères de Méditerranée

Solange Giraud née Tache

Suicide

Solange Giraud née Tache

Terrorisme

L’Attentat

J COMME JUIFS MAROCAINS

Ziyara, Simone Bitton, France-Maroc, 2020, 99 minutes.

Un voyage, un long voyage. A travers le Maroc, tout le Maroc. Un voyage à la recherche des Juifs marocains. Ou plutôt, à la recherche des traces de la présence passée des Juifs au Maroc. Car il n’y a plus de Juifs au Maroc. Ils sont partis en France, en Israël ou aux États-Unis. Ils sont partis laissant derrière eux leur maison, les tombes de leurs ancêtres, les synagogues et leurs saints.

Le film de Simone Bitton (elle-même Juive du Maroc vivant en France) a des allures de road movie. Elle filme les routes et les chemins qu’elle emprunte entre chaque arrêt. Dans les lieux où elle découvre les marques du judaïsme, le cérémonial est toujours le même. Un gardien ou une gardienne, se présente, décline sont nom et sa fonction. Le plus souvent ils, elles, sont chargé.e.s d’entretenir, qui un cimetière, qui une synagogue, qui un mausolée et un lieu de pèlerinage. Détenteurs des clés, ils font visiter à la demande. Car il y a des touristes de passage, surtout des Juifs, qui reviennent sur des lieux qu’ils ont connus.  Presque un emploi. Une source de petit revenu en tout cas. Et ils s’en acquittent consciencieusement. Tous les lieux que nous visitons dans le film sont particulièrement bien entretenus.

Ces gardiens – des lieux et de la mémoire des lieux – sont tous des musulmans. Il n’y a plus de Juifs au Maroc, ou s’il en reste, la cinéaste n’a pas cherché à les rencontrer. Ce qui l’intéresse, c’est de montrer comme la judaïté survit dans un pays musulman en l’absence même de ceux qui la rendaient vivante. Et sa démonstration est particulièrement probante.

Le film est ainsi un hommage à la tolérance et à la paix. Juifs et Musulmans ont toujours vécus en bonne entente au Maroc. Une situation que le film souligne fortement. Pourtant les Juifs ont quitté le pays. Le film ne cherche pas à expliquer cela, évoquant juste à une reprise la défaite arabe de la guerre des 6 jours. Il souligne plutôt que ce départ est une quasi-catastrophe pour le pays. Le vide créé n’a jais été comblé. Bien des Marocains rencontrés vivent réellement ce manque, en dehors de toute considération religieuse.

Les films précédents de Simone Bitton (Rachel, 2009 et Mur, 2004) étaient surtout connus pour leurs prises de positions aux côtés des Palestiniens, dénonçant l’occupation Israélienne. Ziyara est son film le plus personnel. Celui où, retrouvant ses racines, elle gagne en hauteur de vue vis-à-vis de la situation toujours fortement conflictuelle du Moyen-Orient.

Cinéma du réel, Paris, 2021

A COMME ABECEDAIRE -Mohamed El Aboudi.

Danse

Häätanssi

Desert

School of Hope

Ecole

School of Hope

Enfants

School of Hope

Exclusion

Häätanssi

Femme

Häätanssi

Maroc

School of Hope

Nomades

School of Hope

Portrait

Häätanssi

School of Hope

Prostitution

Häätanssi

Sécheresse

School of Hope

Viol

Häätanssi

 E COMME ECOLE -Désert

School of hope. Mohamed El Aboudi, Maroc, 2020, 78 minutes.

Une école dans le désert. L’école du désert. Une école pour les nomades du désert. Des nomades qui sont de plus en plus rares à vivre dans le désert. La sécheresse les contraint à renoncer. Plus d’eau, plus de vie. Pour les troupeaux comme pour les hommes. Il ne reste qu’une tribu à vivre tant bien que mal dans ce désert marocain. Une tribu qui a son école.

Le film débute à l’arrivée du nouvel instituteur à l’école du désert, une école qu’il nomme – il inscrit le nom en lettres noires au-dessus de la porte d’entrée – l’école de l’espoir.

Mohamed El Aboudi nous propose donc d’abord un portrait de cet instituteur, donnant à voit l’exercice de son métier, ses relations avec les élèves mais aussi avec leurs parents. Un jeune homme simple, plutôt réservé, qui est accueilli à bras ouverts par les nomades avec qui il partage souvent les repas. Mais ces nomades vivent-ils vraiment cette école comme un espoir ?

Un espoir pour leurs enfants, l’espoir de pouvoir accéder grâce aux études à un autre mode de vie. Mais les choses ne sont pas toujours simples. Si les enfants rêves presque tous d’un métier, les parents ne sont pas tous entièrement favorables à ce qu’ils viennent à l’école. Il y a bien le cas de cette mère qui insiste auprès de son mari pour qu’il laisse leur fille suivre sa scolarité. Mais il y a ce père qui est plus que réticent. Il a besoin dit-il de son fils pour s’occuper de son troupeau de brebis. Devant l’insistance de l’enfant, il finit par concéder deux ou trois jours d’école, pas plus. Une promesse sur laquelle il reviendra aussitôt. Nous retrouvons l’enfant, seul et triste, sur un chantier de construction, où visiblement le travail qu’il effectue ne l’épanouit pas.

Les nomades dans ce désert marocain doivent faire face au grave problème de la sécheresse. Une sécheresse de plus en plus grave. Le cinéaste multiplie les plans sue cette terre aride, qui se craquelle de plus en plus. Le point d’eau où les troupeaux vienne s’abreuver finit par être à sec. C’est la survie même de la tribu qui est en jeu.

Le film se déroule sur un ton grave, à un rythme particulièrement lent, malgré les jeux des enfants pendant les récréations et les exercices physiques que leur propose le maître. Le manque d’eau, dans le désert, ne peut qu’être angoissant. Pourtant, les enfants sont filmés avec une grande sérénité. Et la précipitation avec laquelle ils lèvent le doigt pour répondre aux questions du maître laisse penser que cette école est bien pour eux l’école de l’espoir.

Fipadoc 2021.

M COMME MELILLA

Frontière sud. Joseph Gordillo, France, 2020, 73 minutes.       ,

Il existe au nord du Maroc deux enclaves espagnoles, Ceuta et Melilla, deux petits morceaux d’Europe en terre africaine. Deux villes qui ne peuvent qu’attirer les jeunes marocains rêvant d’une vie meilleure en Europe et décidés de quitter leur famille, leur pays et une vie sans travail, sans avenir, sans espoir. Atteindre ces terres espagnoles est déjà des plus périlleux. Mais le plus dur reste à faire. S’embarquer à bord d’un camion qui franchira la mer et leur ouvrira la porte du bonheur. Du moins le croient-ils.

Les Escales documentaires de La Rochelle 2020 avaient projeté Vidas minores d’Alfredo Torrescalles, filmé à Ceuta et montrant ces jeunes marocains mineurs survivant tant bien que mal derrière les murs qui les enfermaient dans un bout d’Espagne mais qui leur interdisaient le passage sur le continent européen.

Au Fipadoc de Biarritz, c’est à Melilla que nous rencontrons ces jeunes marocains mus par le même désir de partir et mettant toute leur énergie à chercher le moyen d’y parvenir.

Tous font le « risky ». Pas vraiment un sport, tant les solutions envisagées -sous les roues des camions – sont dangereuses. Ils sont en plus exposés à la répression de la garde civile qui les traque sans relâche avec leurs chiens dressés à les débusquer dans la moindre cachette. Un jeu de cache-cache dont ils sont le plus souvent perdants.

Joseph Gordillo dans Frontière sud filme longuement les hautes barrières qui entourent Melilla. Des vues impressionnantes. Malgré le soleil, la mer, le ciel bleu, ces jeunes Marocains sont bien en prison.

Séquence tout aussi frappante – et visuellement remarquable – toutes ces femmes qui portent sur le dos ou poussent devant elles, de gros ballot de marchandise (le film ne dit pas de quoi il s’agit exactement) qui échappe, parce qu’elles sont portées à pied, à la taxe marocaine. Un labeur quotidien particulièrement mal payé.

Si les jeunes marocains sont livrés à eux-mêmes à Melilla, il y a quand même un peu d’entraide dans la ville. Des distributions de nourriture ont lieu. Et surtout, le film montre une femme qui soigne sur la plage les plaies dues au risky – ou aux matraques de la police. Une solidarité qui tranche par rapport à l’indifférence générale qui règne par ailleurs dans la ville.

Fipadoc 2021

Vidas minores

A COMME ABECEDAIRE – Mehdi Ahoudig

Amitié

Une caravane en hiver

Banlieue

On ira à Neuilly inch’Allah

Camping

Une caravane en hiver

Coqs de combat

La Parade

Exclusion

À l’abri de rien

France

La France vue d’ici

Géants

La Parade

Grève

On ira à Neuilly inch’Allah

Guitare

Une caravane en hiver

Logement

À l’abri de rien

Majorettes

La Parade

Manifestation

On ira à Neuilly inch’Allah

Maroc

Une caravane en hiver

Musique classique

Une caravane en hiver

Nord

La Parade

Photographie

La France vue d’ici

Pigeon voyageur

La Parade

Port

Une caravane en hiver

Précarité

À l’abri de rien

Retraite

Une caravane en hiver

Tourisme

Une caravane en hiver

Travail

Une caravane en hiver

On ira à Neuilly inch’Allah

Vélib’

On ira à Neuilly inch’Allah

Voyage

La France vue d’ici

Lire V COMME VELIB’

C COMME CAMPING.

Une caravane en hiver. Medhi Ahoudig, France, 2020, 52 minutes.

Ils vont passer l’hiver au soleil, dans le sud marocain, à Sidi Ifni très précisément. Ils viennent en camping-car depuis le nord ou l’est de la France, et s’installent dans un camping face à la mer. Ils y retrouvent leurs amis et leurs habitudes. C’est qu’ils viennent tous les ans, le soleil étant plus agréables que la brume et la neige.

Une caravane en hiver est un tableau de groupe de ces retraités, issus des classes laborieuses et qui savent s’organiser pour passer ces « vacances » hors saison à moindre frais. Leur camping-car possède d’ailleurs toutes les commodités pour vivre presque comme chez eux. Ils font de bons petits plats, ils regardent la télé, madame tricote et monsieur va à la pèche. Ils prennent l’apéro avec leurs voisins et vont manger des beignets au café du coin, ce qui est une de leur seule participation à l’économie locale. Une France populaire, qui n’a guère de contact avec la population. Et ils ignorent totalement les curiosités de la région. Voir la mer dès le matin leur suffit. Ils ne se vivent pas comme des touristes.

La dimension locale, le film l’aborde à travers la rencontre avec un jeune marocain dont nous suivons tout au long du film les étapes de la vie, ses activités et ses pensées. Il travaille au port de la ville, du moins s’il y a des arrivages de poissons, ce qui n’est pas quotidien. Sa passion, c’est la guitare, la guitare classique, même s’il sait parfaitement s’accompagner lorsqu’il chante dans un style plus contemporain. Nous le voyons interpréter la sonate au clair de lune de Beethoven, seul devant son ordinateur qui lui sert de guide. Dans ses entretiens avec le réalisateur, ses propos sont de très pertinents contre-points à ceux tenus par les vacanciers venus d’Europe.

Le film est ainsi une mise en perspective de deux modes de vie et de deux façons bien différentes de tenter d’échapper aux vicissitudes du quotidien. D’un côté la musique et sa part de rêve. De l’autre le soleil comme seul horizon. Passer l’hiver au bord de la mer dans le sud marocain peut-il alors être considéré comme l’aboutissement – et la consécration – d’une vie de travail. Est-ce cela le bonheur ? Un mot que d’ailleurs aucun de ces campeurs ne prononce.

Primed 2020

M COMME MÈRE CÉLIBATAIRE – Maroc.

Mères. Myriam Bakir, Maroc, 2020, 62 minutes.

E, France la situation sociale des mères célibataires – ces jeunes filles qui ont un enfant hors mariage – a souvent été difficile, marquée par l’exclusion et l’opprobre, comme l’a bien montré le film de Sophie Brédier « Nous les filles-mères » (2020). Au Maroc c’est pire encore. C’est dans la loi que leur condamnation est inscrite. Toute relation sexuelle hors mariage est passible de prison, comme le stipule l’article 490 du code pénal marocain. La grossesse est alors le signe évident du manquement à la loi. On comprend que cela pose des problèmes difficiles à affronter pour les « coupables ». D’autant plus que, le plus souvent, les familles rejettent elles-aussi ces filles qui ont sali leur réputation.

Que peuvent faire ces filles, souvent très jeunes, rejetées par tous, et ne pouvant dès lors trouver ni travail ni hébergement. Que peuvent-elles devenir lorsque leur famille ne les considère plus comme l’une des leurs ?

Face à ces situations inextricables, une association, Oum Al Banine, a été créée à Agadir pour leur venir en aide. C’est le travail de cette association, et en particulier de sa fondatrice-présidente que le film va suivre. Un travail plus que délicat dans la société marocaine actuelle. Mais un travail indispensable.

A Oum Al Banine, il y a un foyer d’accueil pour régler les problèmes d’hébergement, il y a des assistantes sociales pour rappeler le principe de réalité, mais ce sont surtout les séances avec la directrice qui retiennent l’attention de la cinéaste. C’est elle qui reçoit pour la première fois les femmes enceintes, souvent arrivées déjà au 7° ou 8° mois, et qui ont tout fait pour cacher leur situation à leurs parents, qu’elles refusent d’ailleurs de contacter. Mais c’est la directrice se doit de prévenir la mère, de leur proposer une rencontre avec sa fille, en présence du père si possible. Nous suivons longuement une de ces rencontres où la patience et la bienveillance de la directrice finit par arrondir les angles. Un premier pas vers la réconciliation.

Le film de Myriam Bakir est un portrait de cette association et de sa directrice. Mais c’est aussi un réquisitoire, sans violence mais avec fermeté, contre les traditions qui oppriment tant de jeunes filles. C’est aussi une défense de la femme an tant que mère. Et si l’amour des enfants est fondamental, il implique qu’il faille accorder aux parents le droit de s’aimer.

Festival Primed 2020.

ÉMIGRATION – Maroc

Vidas minores. Alfredo Torrescalles. Espagne, 2019, 82 minutes.

Rester au Maroc, y passer toute sa vie, et surtout sa jeunesse, cela semble totalement impossible pour tant de jeunes marocains. Dès 13-14 ans ils n’ont qu’une idée, partir. Partir en Europe, en Espagne, en France, en Suède. N’importe où. Parce qu’au Maroc, il n’y a aucun avenir. Alors ils vont faire le « risky ». Risquer leur vie pour passer les frontières. A Ceuta d’abord. Une porte vers une autre vie. Vers une vie meilleure. Ils le croient tous…

Ils sont de plus en plus nombreux, ces jeunes marocains mineurs, à être candidats à l’émigration. Le film va suivre un petit groupe d’entre eux pendant une année, dans une grande partie de l’Europe. De Ceuta à Madrid ou Barcelone, de Bilbao à Saint Sébastien puis Hendaye et la France. Une courte séquence en Allemagne puis la Suède. Et tout au long de ces longues pérégrinations, nous retournons au Maroc, retrouver la famille – les mères surtout – de ces enfants. Souvent ils restent en contacts avec elles. Et elles, elles ne peuvent les oublier, ne pouvant que demander à Dieu qu’ils réussissent dans leur voyage.

Vidas minores est un portrait de groupe, le portrait de toute une génération. Ils n’hésitent pas à parler à la caméra, à confier leurs espoirs et leur souffrance. Beaucoup refuse d’aller dans les centres pour mineurs qui, à Ceuta et ensuite en Espagne, ont pourtant les moyens de les accueillir. Ils préfèrent rester dans la rue, profitant de la solidarité de groupe en cas de coup dur. A Ceuta, où nous restons une bonne partie du film, ils n’hésitent pas à tenter de se faufiler sous les camions. Certains y laissent leur vie. Tout se passe comme à Calais. Sauf qu’ici il y a du soleil. Et qu’on ne parle pas de l’Angleterre.

En Espagne, l’essentiel sera d’essayer d’obtenir des papiers. Sans papier pas de travail. Pourtant ceux que l’on suit ne semble pas réussir à s’établir. Ils semblent tous condamnés à l’errance sans fin. Un seul revient au Maroc. Est-ce un échec ? Sa situation n’est certes pas donnée en exemple. Pourtant il y a quand même dans le film des moments de bonheur, les retrouvailles par exemple d’Ismaël avec sa mère.  Et le jour de ses 18 ans le directeur du centre qui l’héberge lui annonce qu’il a obtenu des papiers. Il pourra partir en Espagne (en hélicoptère !) après avoir partagé son gâteau d’anniversaire avec ses amis.

Le cinéaste réussit à nous montrer ces jeunes mineurs sans fausse pudeur. Sans compassion non plus. Il y a dans son film de vrais moments d’intimité avec eux. De connivence même. Plus qu’une simple sympathie. Dans des moments plutôt scabreux (par rapport à la police par exemple, ou sur le problème de la drogue), certains s’insurgent contre la présence de la caméra. Si le cinéaste insiste – pas trop quand même – ce n’est pas par voyeurisme. De toute façon il ne montre rien qui leur soit dommageable. Son regard de cinéaste est aussi un regard d’ami.

Escales documentaires, La Rochelle, 2020.

S COMME SŒUR

Carré 35 d’Eric Caravaca, 2017, 67 minutes.

Un film en première personne. Un film autobiographique. Une enquête familiale. Une exploration du passé remontant à une ou deux générations. La volonté de révéler un secret de famille. Une explicitation de la constitution de ce secret.

Le vécu familial est un bon sujet d’investigation. D’autant plus que les principaux protagonistes sont bien vivants, accessibles, et qu’ils ne refusent pas de dévoiler ce qu’ils savent, même s’ils l’on longtemps caché. Ou du moins ils donnent l’apparence d’une parfaite volonté de participations. Après tout si le film est réalisé par sa fille ou son fils, il n’y a pas à hésiter à l’aider. Détenteurs de la connaissance des faits, pourquoi n’en feraient pas état.

Et puis, comme il s’agit d’une période qui n’est pas vraiment reculé dans le temps, il sera toujours possible d’utiliser des documents d’époque des archives officielles, d’origine médiatique le plus souvent, retraçant l’actualité et l’histoire de ce passé qu’il s’agit de faire revivre. En outre, il existe dans toute famille des documents surtout iconiques, photos ou vidéos, puisque à partir du moment où les appareils de prise de vue se sont démocratisés, il est devenu possible à tous de se constituer une mémoire visuelle de son histoire. Une possibilité qui peut très bien être comprise comme une nécessité à propos des fêtes familiales, naissances et mariages en tout premier lieu. Concernant les enfants quelle famille, à partir de le deuxième partie du XX° siècle, ne possède pas un album de la vie de ses progénitures, jusqu’à l’âge adulte au moins, montrant pas à pas comment ils grandissent, en espérant peut-être mieux comprendre comment ils sont devenus ce qu’ils sont.

carré 35

Le cinéaste adopte donc ici la position de l’enquêteur invisible derrière la caméra. Jamais il n’apparait à l’image en dehors des photos anciennes (la présence visuelle du réalisateur est pourtant devenue un lieu commun des films en première personne). Il occupe néanmoins la totalité de la bande son à travers un commentaire personnel où il nous livre sa perception des faits et où il commente la façon dont les membres de sa familles en rendent compte. Un puzzle dont on peut, à la fin du film, faire l’inventaire systématisé. A savoir :

  • Avant la naissance du cinéaste, ses parents ont eu un premier enfant, une fille prénommée Christine, qui est décédée très jeune.
  • Ce qui ouvre la possibilité de l’enquête, c’est que les parents n’ont jamais parlé à leurs deux fils de cette sœur ainée et des causes de son décès.

L’enquête révèle alors peu à peu les incertitudes, les points obscurs, les contradictions même dans les versions des différents membres de la famille.

D’abord, existe-t-il des images de Christine ? La mère affirme avoir détruit après son décès les photos et vidéos en sa possession. Le cinéaste ne possède donc aucune trace-image de cette sœur qu’il n’a pas connue.

Existe-t-il un « carré 35 », cet espace dans la section enfant du cimetière français de Casablanca où est censé être situé la tombe de Christine ?

carré 35 2

Et puis, à quel âge est-elle décédée ? 3 Ans ou 6 mois ? La version 3 ans est soutenue par la mère et ne souffre pour elle aucun doute. Pourtant un autre membre de la famille parle de 6 mois.

Et surtout, de quoi est-elle morte. De la « maladie bleue », une malformation cardiaque congénitale ? Là aussi cette version est pour la mère une vérité incontestable. Et pourtant. Il est fait mention dans le film du fait que Christine était trisomique. Le cinéaste parle alors du déni de sa mère. Elle n’a jamais accepté la possibilité que sa fille ait pu être « anormale ».

Ainsi, de fausses certitudes en dénis, le cinéaste questionne-t-il la mémoire familiale. La mort d’un enfant, même très jeune, même porteur d’une malformation souvent fatale, même handicapé, est toujours un drame. Le sujet du film devient alors la façon dont la famille, et les parents en particulier, ont fait le deuil de cet enfant, comment ils ont pu continuer à vivre, avec en eux le souvenir de ce qu’il était, souvenir que le temps n’efface pas mais qu’il peut très bien transformer.

Continuer à vivre, retrouver le souvenir de cette sœur morte, c’est pour le cinéaste retracer cinématographiquement, à partir d’archives donc, la période historique où se situait sa courte vie, la conquête de l’indépendance, au Maroc et en Algérie. Une guerre dont personne à l’époque, et surtout pas les autorités françaises, ne disait que c’était une guerre. La grande Histoire devient ainsi la métaphore de l’histoire familiale.

Une séquence particulièrement forte, serait alors le centre  du film : sur des images- insoutenables – d’exécutions sommaires, une voix off (la radio de l’époque) évoque l’action pacificatrice, de culture et de progrès, de la France au Maghreb.