La Tempête d’images. Johan Van der Keuken. Pays Bas, 1982, 82 minutes.
La « Voie lactée » est dans les années 80 le haut lieu de l’art et de la création à Amsterdam. S’y retrouve tout ce que la ville peut offrir en matière d’underground. Musique bien sûr, du punk au jazz, en passant par la musique du monde et toutes formes d’improvisation. Mais aussi la poésie, le théâtre et ces spectacles vivants qu’il est bien difficile de faire entrer dans une catégorie. C’est cette profusion créative que Van der Keuken filme dans La Tempête d’images. Une occasion pour lui de monter sur scène avec sa caméra, mais aussi de rencontrer quelques uns des marginaux qui hantent le lieu et lui donne son âme.
Van der Keuken filme d’abord les spectacles, sur scène, au plus près des musiciens dans les concerts, guitaristes et chanteurs. Mais aussi dans la salle, avec ceux qui sautent sur place filmés en gros plans avec un petit mouvement latéral faisant un va et vient entre deux jeunes femmes. Il filme aussi les poètes venus lire leurs textes et des extraits de pièces de théâtre dans lesquelles il est souvent question de domination. Dans tous les cas on sent le public participer, vibrer, même lorsqu’il n’est pas présent à l’image. Un public toujours nombreux, comme l’atteste le plan récurrent dans le film donnant à voir en plongée presque verticale les caisses d’entrée assaillies par la foule des spectateurs.
Van der Keuken alterne dans son film ces extraits de spectacles avec des entretiens présentant quelques artistes qui font vivre cette ancienne laiterie reconvertie. Si le regard qu’il porte sur l’art est dominé par le pluralisme, voire l’éclectisme, ici c’est le mélange interculturel qui est mis en avant. Pas étonnant au fond dans une ville aussi cosmopolite qu’Amsterdam. On rencontre donc des artistes originaires de Grande Bretagne et d’Allemagne ou même du Surinam. Le rapport entre blancs et noirs devient alors le point central de la discussion. Pas seulement pour dénoncer le racisme, mais plutôt pour mettre en évidence la richesse qu’offre le métissage, en particulier dans le domaine artistique.
Le film a aussi une teneur politique très marquée à travers le compte-rendu qu’il offre des manifestations contre l’armement nucléaire venant perturber un meeting aérien où l’US Air Force tient la vedette. D’ailleurs filmer ces punks qui rejettent la société existante et expérimentent de nouveaux modes de vie communautaires est en soi un acte politique.
Film exaltant la création artistique sous toutes ses formes, La Tempête d’images se devait aussi d’être riche au niveau de la recherche cinématographique. Van der Keuken multiplie les jeux avec les images, parsemant son film d’images récurrentes, un pont transporteur par exemple ou une vue d’une salle vide de la Voie lactée filmée dans un cadrage surprenant laissant entrevoir un escalier descendu par une silhouette quasi évanescente.
Aujourd’hui, La Voie lactée existe toujours Mais elle a perdu son caractère underground et hippie pour devenir plus « fréquentable ». C’est un des intérêts du film de Van der Keuken de nous permettre de garder le souvenir de cette époque où la création artistique était en soi une contestation de la société.
