P COMME PHOTOGRAPHE – Studio.

To Sang Photostudio. Johan Van der Keuken. Pays Bas, 1997, 32 minutes.

         Johan Van der Keuken était photographe avant de devenir cinéaste et il l’est resté. Ce film est un hommage à la photographie et aux photographes à travers le travail d’un photographe chinois immigré aux Pays Bas et qui a ouvert un studio de photos dans un des quartiers les plus cosmopolites d’Amsterdam. Depuis des années, il fait des portraits, surtout des habitants du quartier, des immigrés comme lui, venus des quatre coins de la planète. Un métier qu’il exerce toujours avec la même rigueur et la même passion.  Faire de belles photos est un travail de précision, et l’on sent dans la façon dont Van der Keuken le film qu’il n’est pas loin d’y voir une dimension artistique importante.

         Le film commence par une visite rapide du quartier, un long travelling sur les façades des boutiques de toutes sortes qui se succèdent, offrant un véritable tour du monde en une seule rue. Toujours attentif aux personnes qu’il rencontre Johan Van der Keuken réalisera d’ailleurs de petits portraits de ces habitants d’Amsterdam, parfois arrivés depuis de nombreuses années, ayant ouvert des boutiques en relation avec leur pays d’origine, mais parlant plus ou moins bien la langue de leur pays d’accueil. C’est le cas d’ailleurs de To Sang, le personnage principal du film. Alors c’est Van der Keuken lui-même qui va faire le récit résumé de sa vie. Une vie entièrement dominé par le travail photographique.

         Le dispositif utilisé par Van der Keuken a beau être répétitif, il n’a rien d’ennuyeux dans la mesure prend soin d’introduire une grande variété dans les personnages qu’il filme. Il entre d’abord dans une des boutiques de la rue où se trouve le studio de To Sang. Il filme l’activité qui s’y déroule, l’essayage de perruques chez la coiffeuse, la préparation de la cuisine dans le restaurant kurde, une conversation téléphonique dans l’agence de voyage, l’enregistrement des achats des clients à la caisse de la superette. La caméra s’attarde sur le décor, l’étalage des colliers et bracelets en  or dans la bijouterie ou l’aquarium de poissons. A chaque fois il y a un moment de discussion qui permet d’appréhender une réalité vécue, la répression des kurdes en Turquie par exemple ou l’itinéraire qui a conduit la bijoutière des Hong Kong à Amsterdam. Puis les personnes dont nous venons de faire connaissance sortent dans la rue, marchent un moment sur le trottoir et entre dans le studio de To Sang. Ils y sont accueillis par la même formule : vous venez pour une photo, quel format, noir et blanc ou couleurs ?

Dans le studio proprement dit, Van der Keuken met évidence les différentes phases du travail du photographe, un rituel qui semble immuable, mais qui pourtant donnera un résultat chaque fois nouveau. Réglage de la lumière, installation des personnes (en couple, à trois ou seul) et rectification de la pose,  la position de la tête ou celle d’un pied, réglage de l’appareil photo. Souriez ! Van der Keuken introduit toujours une vue du résultat final au moment où To sang appuie sur le déclic. Des tirages forts travaillés, dans un cadre en drapé et souvent un fond avec des fleurs. To Sang donne ce qui peut bien être le credo photographique de Van der Keuken : « l’image doit sortir de ton esprit ».

         Le film se termine par un renversement des rôles, le photographe photographié. Van der Keuken fait le portait de To Sang et de son assistante. La caméra zoom lentement sur les visages, cherchant le meilleur cadre. Nous ne verrons pas le portait du couple. C’est tout le film qui en tient lieu.

A COMME ABECEDAIRE – Johan Van der Keuken.

Une œuvre qu’on n’en fini pas de découvrir et redécouvrir, une œuvre inépuisable.

Afrique

Le Ghana par exemple, dans Cuivres débridés.

Amérique latine

La Bolivie plus exactement, où il suivra Roberto, rencontré à Amsterdam, pour un voyage dans son village, perdu dans les montagnes, où la vie est particulièrement dure.

Amsterdam

Sa ville. Celle où il est né. Celle où il repose pour l’éternité. Celle où il revient toujours. Pour repartir explorer le monde. Sa ville c’est LA ville. Le « village global », image de l’universel, du cosmopolitisme, de la diversité, de la richesse de ses différences.

Argent

L’argent roi, c’est le thème de I love $, la monnaie universelle. Une dénonciation du pouvoir des banques.

Art

La peinture, la poésie, la musique…et bien sûr le cinéma

Canaux

Ceux d’Amsterdam, bien sûr, particulièrement encombrés les jours de fête.

Cancer

Il en fut la victime.

Cécité

Deux enfants, aveugles de naissance, personnages de  deux de ses premiers films.

Enfants

Il filma toujours les enfants avec beaucoup d’affection, Beppie ou son propre fils dans Les Vacances du cinéaste, film où il évoque aussi sa propre enfance.

Engagement

Au côté des Palestiniens, auxquels il consacre un film en 1975.

Famille

La sienne filmée en vacances dans le sud de la France, mais celles aussi qu’il rencontre par exemple en Bolivie ou en Tchétchénie (Amsterdam, Global Village)

Inde

Un de ses buts de voyage favori. Il  réalisa  en particulier un film dans le Karala, L’œil au-dessus du puits.

Lecture

Une leçon, l’occasion de filmer l’école et les enfants.

Maladie

Celle de sa sœur, ou celle qui lui sera fatale et contre laquelle il combattra par tous les moyens (Vacances prolongées)

Mer

Et cette terre conquise sur la mer, le Waden, au nord-est des Pays-Bas, dont il filme bien des aspects dans La jungle plate.

Mort

Son cinéma, jusqu’à la fin, restera résolument optimiste.

Musique

Le swing, grâce aux cuivres.

Peinture

Hommage à son ami, Lucebert, peintre et poète néerlandais, mort en 1994.

Photographie

Il fut et resta photographe.

Poésie

« Si tu sais où je suis, cherche moi » ; « Sans me chercher tu me trouveras » Lucebert.

Révolution Française.

Lors de la célébration du bicentenaire, à Paris, le portrait d’un SDF.

Squatters

Une manifestation à Amsterdam

Sud

Du nord au sud, on peut avoir l’impression de changer d’univers.

Tchétchénie.

Un voyage avec Borz-Ali, rencontré à Amsterdam, dans ce pays où les traces de la guerre sont encore bien visibles.

Vacances

Dans le sud de la France, en famille. Le repos, le calme, l’oisiveté, le soleil et le plaisir des bains dans la rivière.

Villes.

Amsterdam bien sûr, mais aussi Paris, Le Caire, Rome  et même New York. Son cinéma n’est pas qu’urbain, mais les villes y tiennent une bonne place.

Voyages

Toujours, filmer l’autre, l’étranger, le différent. Et aller à sa rencontre.