Enfant violé.

Ceci est mon corps. Jérôme Clément-Wilz, 2024, 64 minutes.

Qu’il est dur de se plonger dans son passé. Surtout lorsque ce passé est pénible, traumatisant. Qu’il est difficile de retrouver des faits dérangeants, inacceptables, qu’il est pourtant indispensable de ramener au grand jour.

Enfant, Jérôme a été victime d’attouchements, d’agressions sexuelles, de viols, de la part d’un prêtre bien connu dans la ville d’Orléans. Et dont la pédophilie devait être connue de beaucoup.

Devenu cinéaste, Jérôme va consacrer une grande partie de sa vie d’adulte à faire le jour sur ces événements passés. Et le film qu’il présente aujourd’hui fait partie de cette quête de vérité. S’attachant aux faits, et surtout essayant d’en dégager toute l’horreur. Une quête douloureuse mais indispensable pour se reconstruire. Un film qui est une plongée dans l’intimité personnelle, l’autoportrait d’un être en souffrance.

Première difficulté que Jérôme rencontre, les défaillances de sa mémoire. Combien de fois a-t-il été violé et depuis quel âge ? Il n’a pas tout oublié, mais il y a tant de faits dont sa mémoire n’a pas vraiment gardé la trace. Alors il se lance dans une enquête, il explore les photos de famille et tente d’établir une chronologie précise de sa vie telle qu’elle peut être établie à partir d’agendas. Combien de fois est-il parti en camp de vacances avec celui que tout le monde autour de lui appelle simplement Olivier. Des découvertes de plus en plus précises, qui ne pourront que le conforter dans sa décision de porter plainte.

Deuxième difficulté, la relation avec ses parents. Son père et sa mère savaient-ils ? Ils reconnaissent que oui. Mais cela ne suffit pas pour Jérôme, il lui faut mettre au clair leur réaction. Pourquoi n’ont-ils rien dit, rien fait ? Leur silence et leur embarras devant les questions de Jérôme sont particulièrement pénibles. N’auraient-ils pas tendance, ne serait-ce que de courts moments, à se ranger du côté de l’agresseur ?

Aux longues conversations avec les parents succèdent celles avec les avocats en préparation du procès annoncé. Un procès pour viol, des faits non prescrits et dénoncés par quatre enfants dont Jérôme. L’accusé reconnaîtra-t-il les faits ? Niera-t-il toute accusation en bloc ? Comment se préparer à faire face à cette éventualité ?

Le film de Jérôme n’a pas pour visée de se pencher sur le fonctionnement de la justice. Même si cela ne peut pas être totalement laissé de côté. Son titre dit clairement qu’il s’agit plutôt d’une démarche personnelle, la recherche de la vérité, qui doit aider les victimes à vivre, à survivre, que l’accusé soit ou non condamné.

Un film important dans la dénonciation sociale de la culture du viol.

Fipadoc, Biarritz 2025.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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