Soulèvements. Thomas Lacoste, 2025 105 minutes
Après les luttes basques dans l’Hypothèse démocratique, Thomas Lacoste s’intéresse dans son dernier film aux soulèvements de la Terre. Ces mouvements contestataires qui luttent contre toutes les attaques portées contre la nature, des arbres coupés pour construire une autoroute contestée aux glaciers des Alpes menacés par l’extension d’un téléphérique, en passant par la défense systématique de l’eau, ce bien commun que les intérêts d’argent veulent s’accaparer.

Soulèvements est un film de témoignages, de prises de parole de ces nouveaux militants et militantes, souvent très jeunes, mais présents à l’image en compagnie d’un aîné, leur père le plus souvent, façon de souligner la dimension intergénérationnelle des luttes. Façon aussi de dire que ces luttes viennent souvent de loin. En tout cas, elles ne sont pas nées de la dernière pluie, même si la nécessité de la défense de ces zones, les ZAD, s’est révélée accrue ces dernières années.

Thomas Lacoste nous propose donc un panorama, une sorte de petite anthologie des mouvements regroupés sous l’appellation commune de Soulèvements de la Terre. Depuis leur création dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, jusqu’aux actions moins connues, mois médiatisées, sur des territoires situés aux quatre coins de l’Hexagone, ce qui montre bien que nous sommes tous concernés et qu’aujourd’hui, il n’est plus possible de fermer les yeux.

Une parole recueillie par une caméra peu invasive, respectueuse des interlocuteurs. Refusant tout effet pour se contenter d’un cadrage frontal. Pour que la parole, souvent très simple mais toujours si expressive, soit reçue le plus directement possible. Une façon de faire du cinéma engagé et toujours signifiant qui ne s’adresse pas qu’aux convaincus, aux compagnons de route, mais qui peut toucher tous ceux qui regardent le monde actuel sans préjugés et sans arrière-pensée politique ? Des témoignages tous plus sincères les uns que les autres, mais aussi si précis et concrets qu’on ne peut qu’en louer l’authenticité.

Le grand mérite du film, en plus de la connaissance concrète de ces mouvements est de dépasser systématiquement la morosité ambiante, de nous montrer qu’il est encore possible de faire bouger bien des choses et qu’il ne sert à rien de répéter que nous allons dans le mur si nous ne levons pas le petit doigt pour freiner ou finir par arrêter ce mouvement. Ici, nous sommes loin de la politique du Colibri où chacun dans son coin apporte sa petite goutte d’eau. Est-ce suffisant pour éteindre l’incendie ? Les soulèvements de la terre se situent dans un contexte bien différent. Qui débouche sur une nouvelle forme de militantisme, un engagement collectif quotidien, exaltant. Et particulièrement émouvant.
