Chansons de réfugiés.

Le chant des vivants. Cécile Allégra, 2022, 82 minutes.

Ils sont vivants, mais ils reviennent de loin. Des survivants, donc. Après cette traversée de tous les dangers. La traversée du désert, la traversée de la Libye avec ses prisons et ses tortures. La traversée de la Méditerranée avec ses naufrages. Un parcours qui a été maintes fois décrit, mais ici il apparait particulièrement difficile de le raconter. Sans s’effondrer au souvenir des souffrances insupportables, inoubliables. Pourtant, la vie reprend son cours. Grâce à des associations, grâce à l’aide aussi d’une cinéaste. Son film est un secours, un moyen de faire le deuil de ceux qui n’ont pas réussi les traversées. Un outil pour se reconstruire et partir sur un autre chemin. Un nouveau chemin.

Nous sommes donc dans l’Aveyron, dans un village, Conques, où une association (Limbo) héberge des réfugiés, hommes et femmes encore jeunes venus du Soudan, d’Érythrée, de Somalie ou d’autres pays invivables, chassés par la guerre et la misère, par l’absence aussi d’espoir de lendemain, d’avenir.

Toutes ces situations, plus dramatiques les unes que les autres, sont évoquées dans le film de Cécile Allegra avec beaucoup de pudeur et de retenue. Le film nous montre comment il est nécessaire d’aider ces blessés de la vie. Les aider à pouvoir s’exprimer pour commencer à se reconstruire. Par des groupes de parole et d’écriture de poèmes et de chansons. Et leur mise en musique pour pouvoir les chanter. Ces chants sont toujours chargés d’émotion. Ils disent tout du vécu de ces réfugiés, de leur souffrance et de leur ressenti. Ont-ils retrouvé l’espoir en l’avenir dans ce village de l’Aveyron. Au milieu d’une population locale accueillante, ils peuvent entrevoir une vie paisible, apaisée. Grâce au contact avec une nature intacte et au soutien de ceux qu’on pourrait appeler des militants de l’aide et de la solidarité.

Le film de Cécile Allegra n’est pas un reportage, un regard posé de l’extérieur sur une réalité étrangère. La cinéaste et elle-même impliquée dans l’association d’aide aux réfugiés. Elle les accueille avec une bienveillance exemplaire. Et les aide à exprimer leur vécu traumatisant et à écrire quelques lignes, quelques vers qui deviendront des chansons.

Un film d’une profonde humanité.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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