M COMME MUSIQUE – américaine

Bungalow session, Nicolas Drolc, 2018, 69 minutes.

Vous aimez la musique américaine ? Et pas seulement celle des méga-groupe et des superstars. Pas uniquement la pop ou le rock. Mais aussi le blues, la country ou le gospel. Cette musique des petits-fils de Muddy Waters ou de Bo Diddley, entre autres.

Andy Dale Petty, Dany Kroha, Reverend Deadeye, The Dad Horse Expérience, Willy Tea Taylor, Possessed by Paul James, ces noms ne vous dissent rien? Et bien Nicolas Drolc les a rencontrés et les a filmés pour vous, à Nancy, lors d’une tournée européenne. Son film est un film de musique, d’images de musique, et aussi d’images de musiciens. Des musiciens bien vivants, comme leur musique. Et le film de Drolc – un hommage vibrant à une musique vivante – regorge de la même vitalité, de la même intensité que nous percevons immédiatement dans les chansons que ces musiciens nous offrent.

Car ces musiciens interprètent spécialement pour le film une ou deux chansons, que nous avons la chance de pouvoir écouter du début à la fin, sans interruption, sans coupure. Ils sont filmés comme en direct, en une seule prise. Ils s’accompagnent simplement avec leur guitare – ou un banjo, une mandoline ou même un violon. Les images sont en noir et blanc – un noir et blanc particulièrement expressif. Un noir et blanc qui renforce l’intimité de la rencontre avec le musicien, comme l’ensemble du filmage d’ailleurs. Drolc multiplie les gros plans, montrant les doigts sur les cordes de l’instrument, et s’arrêtant sur les visages, les barbes, les lunettes, les bagues aux doigts. Lorsqu’ils chantent les musiciens sont souvent filmés en légère contre-plongée. Nous sommes très près d’eux, mais il y a aussi dans certains plans, cette distance qui permet à la musique et à la voix de cheminer jusqu’à nous, nous laissant l’espace – et le temps – nécessaire pour la saisir, pour l’appréhender et la faire notre. Le film ne s’adresse pas aux spécialistes. Il se situe plutôt du côté de la découverte pour les plus jeunes, ou de la réminiscence pour ceux qui n’ont pas tout à fait oublié les vinyles d’antan. Mais un tel film, véritablement à contre-courant de toutes les modes, il fallait une grande détermination pour l’entreprendre, et une persévérance sans faille pour le mener à son terme.

Entre les chansons, Drolc s’entretient avec les musiciens. Et leurs propos sont aussi passionnants que leur musique. Ils évoquent d’abord leurs chansons, car ce sont toujours des compositions originales. Leurs références littéraires peuvent aller de soi (Steinbeck), mais peuvent aussi surprendre, Kierkegaard par exemple. Certains se sont consacrés à la musique après avoir quitté leur ancien job, des boulots plutôt manuels, sur des chantiers de construction. Tous partagent un engagement social, du côté de la culture ouvrière dont ils sont issus et qu’ils veulent contribuer à préserver. Le plus engagé est incontestablement Paul James. Instituteur auprès d’enfants handicapés, il a commencé à faire des concerts pour « mettre du beurre dans les épinards » comme il dit. Très critique de la société américaine actuelle, il se déclare « progressist » politiquement, c’est-à-dire d’extrême-gauche précise-t-il. Aucun ne recherche la gloire. Devenir une star ne les intéresse pas. La musique pour eux n’a rien d’un commerce ou d’une industrie. La musique, c’est leur âme. Elle doit avant tout être sincère. Pour pouvoir partager des émotions avec leur public.

Une sincérité que le cinéaste a su capter. Son film est aussi un partage.

C COMME CHAVELA VARGAS.

CHAVELA VARGAS.

Film de Catherine Gund et Daresha Khy, 2017, 1H30

Connaissez-vous Chavela Vargas ? Si vous êtes hispanophone, amoureux du Mexique et de sa musique, certainement ! Vous avez sûrement déjà entendu cette chanteuse à la voix grave et aux chansons tristes, parlant souvent de solitude, de séparation et de rupture. Une véritable idole dans son pays. En Espagne aussi d’ailleurs. Grâce à ce film, vous ne serez plus les seuls à l’aimer.

Chavela vargas

Le film que Catherine Gund et Daresha Khy lui consacrent est d’abord un portrait. Un portrait chaleureux, empathique, où l’on sent l’admiration que suscite la chanteuse. Il lui fait d’ailleurs la part belle, à travers un long entretien réalisé il y a quelques années où elle évoque chronologiquement  toutes les étapes de sa carrière mais aussi de sa vie. Sans rien cacher.  Comme son homosexualité qu’elle affiche avec courage dans ce pays plutôt sexiste. Comme sa séparation, adolescente, d’avec sa famille et sa conquête de la liberté. Comme la longue interruption de sa carrière à la suite de la dépression qu’elle traversa  due à son alcoolisme. Et lors de  son retour sur scène, sa conquête de Madrid  et son triomphe dans un concert à Paris où elle voulait absolument chanter à l’Olympia. Un pari qui était loin d’être gagné d’avance, puisqu’elle était totalement inconnue en France. Mais ses amis prirent les choses en main, dont un certain Almodovar (elle est une de ses amies personnelles et figure dans plusieurs de ses films) qui se démena tant et plus pour faire que la salle soit comble. Ses amis et ses proches contribuent bien sûr à alimenter ce portait, de faits et gestes plus ou moins publics et d’anecdotes plus ou moins intimes. Un portrait haut en couleur, mais toujours nuancé. Et qui ne tombe jamais dans la glorification gratuite.

Le film est donc aussi un hommage. A la chanteuse plutôt qu’à la femme. A sa voix. A ses chansons, qui d’ailleurs sont traduites sur l’écran, ce que ceux qui ne parlent pas espagnols apprécieront. A sa carrière particulièrement longue. Elle chanta d’abord dans la rue. Puis dans des cabarets avant de pouvoir enfin pouvoir se produire dans des théâtres. Nous la voyons alors sur ces scènes prestigieuses, au Mexique et dans le monde entier. Une présence imposante, jusque dans ses dernières apparitions où la vieillesse lui  rendait difficile les déplacements.

chavela vargas 3

Elle aurait aimé mourir sur scène. Ce ne fut pas le cas. Elle s’éteignit en 2012, à plus de 90 ans. Ses funérailles, en grande pompe, nous montre une foule d’admirateurs en larmes lors de l’exposition de son cercueil. L’hommage particulièrement émouvant de toute une population. Il nous reste sa voix, ses chansons. Et ce film qui nous aide à la découvrir.

Festival Viva Mexico, Paris