François Mitterrand, une autre vie possible. Catherine Aventurier, 2025, 60 minutes.
Encore un film sur Mitterrand ? Fiction ou documentaire n’aura t-on pas déjà tout vu, tout dit, de sa vie politique et de sa vie familiale ? L’existence de sa fille cachée, Mazarine, n’est plus un secret depuis déjà longtemps. Alors le film de Catherine Aventurier écrit par Mazarine Pingeot n’est-il qu’un le film de circonstance, pour la célébration de la mort de l’ancien président, 30 ans ? Pas vraiment.
Ce François Mitterrand, une autre vie possible mérite l’intérêt pour plusieurs raisons. D’abord parce que la vie politique n’est qu’effleurée. Ce n’est pas le sujet du film. Donc le débat sur le bilan de Mitterrand président n’est pas abordé. Le film n’a pas vraiment une portée historique au sens de l’Histoire des présidents de la 5e République. Et du coup, on peut dire que c’est vraiment un tour de force de faire un film sur Mitterrand sans utiliser les clichés usés presque jusqu’à la corde sur le parti socialiste au pouvoir et toutes les difficultés rencontrées par la gauche dans un monde capitaliste.
Donc le film écrit par Mazarine Pingeot, ou plus exactement c’est le livre qu’elle a écrit sur ses relations à son président de père qui va constituer le fil directeur du film. L’écrit de Mazarine sert de bande-son du film oralisé, par l’autrice elle-même.
Sa voix n’est pourtant pas toujours en off car, et c’est là la principale originalité du film, du travail de réalisation de Catherine Aventurier, Mazarine est filmée dans le studio où elle enregistre cette bande son. Elle fait donc partie du film par l’image aussi, une présence particulièrement importante pour personnaliser cette relation paternelle intéressante en elle-même et non en tant qu’elle se situe dans le cadre d’un secret d’État. La relation que Mazarine décrit dans son texte constitue un portrait de son père où c’est essentiellement sa dimension littéraire qui compte. Elle n’aborde que très peu l’homme politique et dans le fond presque pas le père qu’il fût pour elle. Son angle d’approche est la littérature, la passion de Mitterrand pour les livres. Mitterrand, lecteur donc, mais aussi auteur non pas de fiction mais de livre qui connurent un succès certain, par exemple, le pamphlet politique -le Coup d’État permanent – ou comme chronique d’une époque dans l’Abeille et l’architecte.
Un film donc, qui se démarque nettement de la série des portraits d’hommes politiques. Il faut en remercier Mazarine Pingeot, bien sûr, mais aussi la réalisatrice, Catherine Aventurier, à qui l’on doit d’autres beaux portraits d’écrivains, ou plutôt d’écrivaine, Marguerite Yourcenar par exemple, ou Virginia Woolf ?
