Parcours d’une réfugiée afghane.

Un renard sous une lune rose. Mehrdad Oskouei, Soraya Akhalaghi, Iran, Danemark, 2025, 76 minutes.

Soraya, 16 ans, a fui l’Afghanistan. Pour l’Iran. De là, elle espère rejoindre sa mère en Autriche. Le film relatera ses multiples tentatives, bien périlleuses.

Cette jeune fille énergique et déterminée est une artiste. Elle dessine depuis son plus jeune âge. Des dessins très colorés, impressionnants. Comme ses sculptures réalisées avec de la boue ou des boîtes à œuf imbibées d’eau. Elle tisse aussi des vêtements traditionnels de 1000 couleurs. Toutes ces créations expriment ses angoisses, ses peurs et ses espoirs et résume le drame de sa vie.

Le drame de sa vie se comprend aisément à travers la situation faite aux femmes dans son pays. Elle désire aussi fuir un mari violent. Nous la voyons souvent avec des plaies au visage et sur les bras. Mais le film reste discret sur ce point. On peut cependant imaginer le pire.

Le film suit sur le terrain les nombreuses tentatives de Soraya pour passer les frontières. Elle appelle ça le » Game ». Un jeu bien dangereux. Qui n’aboutit pas, le plus souvent. Les passeurs grassement payés sont souvent véreux. Ils abandonnent les minibus où s’entassent des dizaines de réfugiés au beau milieu du désert. Dans une autre tentative en mer, le bateau pneumatique prend l’eau et finit par couler. D’autres tentatives s’effectuent à pied. Il faut marcher la nuit dans les montagnes, jusqu’à l’épuisement. Soraya finira par réussir à fuir seule, en quittant son mari, après tant d’efforts et de douleurs.

Le film est très riche au niveau formel. Aux dessins de Soraya filmés plein cadre, s’ajoutent des animations en surimpression. Notamment sur les plans où apparaît son visage. Dans ces animations, on retrouve le renard du titre. Un animal fétiche en quelque sorte.

Ce film a une autre particularité. C’est d’être pour partie une auto-réalisation. Coréalisateur, Mehrdad Oskouei est aussi le protecteur de Soraya. C’est lui qui lui confie un téléphone portable pour qu’elle se filme, dans sa vie en Iran et dans ses tentatives d’évasion. Il lui confit aussi d’un disque dur pour qu’elle puisse enregistrer ce qu’elle filme à l’insu de son mari et des passeurs.

 Un film donc très inventif dans sa forme. Et très émouvant dans son contenu. Avec un beau titre, merveilleusement poétique.

Soraya, une femme d’exception. Une artiste qui mérite d’être reconnue.  

Fipadoc, Biarritz, 2026

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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