T COMME TILO KOTO

Tilo Koto. Sophie Bachelier et Valérie Malek, 2021, 65 minutes.

L’immigration encore et toujours. Le départ d’Afrique, du Sénégal en l’occurrence. La vie en Afrique devenue invivable. Des conditions de vie, des conditions de survie plutôt, devenues de plus en plus difficiles, incertaines, précaires. Partir devient une nécessité. Partir ailleurs. Vers une vie meilleure. Partir pour survivre. Pour vivre vraiment.

Ailleurs c’est l’Europe. L’atteindre par tous les moyens. Même les plus dangereux. Même les plus incertains. Prendre une route secrète. Celle qui peut mener en Europe. Qui doit aboutir en Europe. Qui devrait y aboutir. En passant par le désert, le Burkina Faso, le Niger. Jusqu’en Libye.

Et en Libye, c’est l’enfer. La prison, la torture, le travail forcé, l’esclavage. Cet enfer de la Libye serait-il possible de l’éviter ?

Le film de Sophie Bachelier et Valérie Malek retrace les quatre tentatives de Yancouba  Badj pour gagner l’Europe depuis l’Afrique en passant par la Libye. Quatre tentatives qui se sont soldées toutes par des échecs. Quatre tentatives qui ont échoué en Libye, dans l’enfer de la Libye.

La première partie du film est consacrée au récit de Yancouba  Badj. Un récit noir, sans la moindre lueur d’espoir. Arrivé en Libye, le voyage ne peut que s’interrompre, s’arrêter de la manière la plus tragique qui soit. Un récit qui peut se résumer dans un avertissement, un cri pour prévenir, pour mettre en garde. Ne venez pas en Libye. Fuyez la Libye. Évitez la Libye coûte que coûte. La Libye ne sera pour vous tous, frères immigrés, qu’une terre de malheur.

Atteindre l’Italie depuis la Libye, par la mer, en traversant la Méditerranée, si peu y parviennent. Et le prix demandé par les passeurs est de plus en plus exorbitant. En Libye il est de plus en plus difficile, de plus en plus long, de rassembler cet argent, de plus en plus incertain de pouvoir réunir cet argent. Alors, pourquoi rester en Libye ? Pourquoi ne pas revenir au pays ?

Après quatre tentatives, quatre échecs, c’est ce que va faire …Revenir à son point de départ. Qu’il n’aurait jamais dû quitter.

Et c’est là que le film de Sophie Bachelier et Valérie Malek est vraiment original. Dénonçant les conditions inhumaines faites aux migrants en Libye, Yancouba  Badj en vient à dénoncer le fait de migrer lui-même.

Un changement de perspective qui s’effectue en deux temps.

1 Si l’on ne réussit pas à passer en Italie, ce n’est pas honteux, au contraire c’est une marque de courage, de ne pas rester en Libye et de revenir au pays.

2 Mieux, plutôt que de s’épuiser en vain dans des tentatives infructueuses, il faut renoncer à l’idée même de migration. Ne plus rêver à ce Graal inaccessible ou que si peu parviennent à atteindre. Rester au pays et s’y battre pour construire les conditions d’une vie meilleure.

Pour informer et convaincre, Yancouba  Badj a une arme : la peinture. Depuis son départ de sa Casamance natale, il s’exprime par l’art. Et il semble bien que ce soit efficace. Preuve, le centre culturel qu’il a créé et qu’il a nommé Tolo Koto, « sous le soleil ». Peu à peu, c’est une véritable révolution des mentalités qui s’opère. L’avenir n’est plus uniquement dans cette Europe qui se révèle en fait un mirage.

Tilo Koto : la renaissance de l’espoir.

A COMME ABECEDAIRE – Mariana Economou

Cinéaste grecque.

Agriculture

Quand les tomates rencontrent Wagner

Cuisine

Quand les tomates rencontrent Wagner

Danemark

Terminus Paradis

Europe

Europe, connais pas !

Grèce

Quand les tomates rencontrent Wagner

Galères grecques

Terminus Paradis

Identité nationale

Europe, connais pas !

Jeunesse

Le Difficile Chemin vers l’Europe

Justice

Le Difficile Chemin vers l’Europe

Migration

Le Difficile Chemin vers l’Europe

Terminus Paradis

Musique

Quand les tomates rencontrent Wagner

Passeurs

Le Difficile Chemin vers l’Europe

Portrait

Le Difficile Chemin vers l’Europe

Prison

Le Difficile Chemin vers l’Europe

Réfugiés

Le Difficile Chemin vers l’Europe

Ruralité

Quand les tomates rencontrent Wagner

Terminus Paradis

Tomates

Quand les tomates rencontrent Wagner

Union Européenne

Europe, connais pas !

A COMME ABECEDAIRE -Valérie Malek

Algérie

Les Vendredis

Architecture

Un autre monde dans tes yeux

Bain

Ajsad wa shalat, corps et voiles

Banlieue

Itinéraires à l’Iroise

Contestation

Ma cabane au paradis

Côte d’Armor

Itinéraires à l’Iroise

Ma cabane au paradis

Création

Tilo Koto – Sous le soleil

Femme

Un autre monde dans tes yeux

Ajsad wa shalat, corps et voiles

Frontière

Tilo Koto – Sous le soleil

Grand-mère

Les Vendredis

Jordanie

Un autre monde dans tes yeux

Ajsad wa shalat, corps et voiles

Logement

Itinéraires à l’Iroise

Loi

Ma cabane au paradis

Méditerranée

Tilo Koto – Sous le soleil

Mémoire

Les Vendredis

Migration

Tilo Koto – Sous le soleil

Palestiniens

Un autre monde dans tes yeux

Peinture

Tilo Koto – Sous le soleil

Plage

Ma cabane au paradis

Ajsad wa shalat, corps et voiles

Portrait

Tilo Koto – Sous le soleil

Réfugié

Tilo Koto – Sous le soleil

Un autre monde dans tes yeux

Travail

Itinéraires à l’Iroise

Urbanisme

Itinéraires à l’Iroise

Vacances

Ma cabane au paradis

Vieillesse

Les Vendredis

Ville

Itinéraires à l’Iroise

C COMME CLASSE – Allemagne.

M Bachman et sa classe. Maria Speth, 2021, 217 minutes.

Si le cinéma documentaire s’est toujours intéressé au monde scolaire, les films entrant dans une classe pour capter la vie des élèves et de leur enseignant sont finalement plutôt rares. On pense bien sûr à Dis maitresse de Jean Paul Julliand pour la maternelle, Être et avoir de Nicolas Philibert pour l’élémentaire ou Entre les murs de Laurent Cantet pour le secondaire, pour ne citer que les plus réussis. A ces films célèbres il faut maintenant ajouter M Bachman et sa classe de Maria Speth.

Le film correspond parfaitement à son titre. D’un côté un enseignant ; de l’autre des élèves. Mais il ne s’agit nullement d’une opposition. D’une complémentarité plutôt, tant il apparait clairement tout au long du film que chaque côté de la relation ne va pas sans l’autre. Que serait M Bachman sans ses élèves, sans son métier auquel il consacre toute son énergie. Et que seraient ces élèves sans un enseignant qui se penche avec bienveillance sur leur présent et les aide à préparer leur avenir ?

La classe de M Bachman est une classe particulière – le film ne prétend absolument pas à être une vision de l’ensemble du système scolaire allemand, même si la connaissance de celui-ci permet de mieux comprendre certains des enjeux de l’avenir des élèves. Elle est composée exclusivement d’enfants – ou d’adolescents – issus de l’immigration. Ils sont arrivés de Turquie, de Bulgarie, de Roumanie ou de Russie, il y a plus ou moins longtemps. A leur arrivée ils ne parlaient pas allemand. Au moment où débute le film leur maîtrise de la langue est extrêmement disparate. Certains ont encore beaucoup de difficulté, à l’oral comme à l’écrit. Alors que d’autre ont acquis un niveau de langue qui ne les handicape plus trop dans leur scolarité. Mais tous sont là pour progresser. Et après plus de trois heures de film, il est clair que tous ont réalisé les progrès qui étaient à leur portée.

 Car la majorité des activités scolaires qui nous sont montrées concernent la langue, l’oral surtout. Le temps passé à des conversations sur des sujets variés, mais toujours en prise avec le vécu et l’histoire de ces jeunes, est l’essentiel des journées de classe. Il est aussi beaucoup fait appel à l’imaginaire, à la créativité de chacun, pour raconter des histoires et des contes. Et il s’agit toujours de les oraliser devant les autres à qui il est demandé une écoute attentive. Prendre la parole dans un groupe n’est pas toujours chose facile, surtout pour les filles. Mais le climat d’entente et de solidarité qui s’est établi dans la classe – un climat qui n’a pas toujours existé tant les garçons en particulier pouvaient être pétris des préjugés de leur culture d’origine – est un facteur essentiel, et indispensable, à la réalisation des apprentissages.

Le film ne propose pas de modèle pédagogique. D’ailleurs il est très peu question de pédagogie. M Bachman ne présente pas ses méthodes de travail. Ce qui pourrait donner à penser qu’il n’en a pas, ou si peu. Mais ce n’est bien sûr qu’une apparence. Etant près de la retraite, il n’a plus besoin de justifier les fondements de son travail. De toute façon on pourrait très bien résumer ses options pédagogiques en un mot : confiance. Faire confiance aux élèves pour qu’il fasse confiance au maître et qu’ils aient confiance en eux-mêmes et à leur possibilité de progression.

On fait beaucoup de musique dans la classe de M Bachman. On joue de la guitare, de la basse et même de la batterie. Et on chante. Le tout dans une ambiance joyeuse. Le film nous montre plus de séances de musique que de maths. Pourtant ces dernières font bien l’objet d’évaluations notées. On n’assiste pas au conseil de classe mais les élèves reçoivent un bulletin scolaire qui fait le bilan de leur année. Bref, par bien des aspects, la classe se situe dans un contexte qui reste plutôt traditionnel. Il n’est nullement question dans le film de révolutionner la pédagogie ou de contester le système scolaire.

Mais le plus intéressant – le point fort du film – c’est le portrait de monsieur Bachman, un enseignant hors du commun. Toujours coiffé d’un bonnet de laine, il ne correspond pas à l’image de l’enseignant lambda. Toujours clame et posé, il semble ne jamais perdre son sang-froid, même dans les situations les plus tendues. Nous suivons les entretiens qu’il réalise avec les élèves, en présence parfois de leurs parents. Toujours c’est la bienveillance qui domine. Et la sincérité. D’ailleurs c’est bien ce qu’il demande avant tout à ses élèves : dire toujours ce que l’on pense et ressent. Et ne jamais céder aux pressions des uns ou des autres. Une construction du « vire ensemble » en acte.

La classe verte marque la fin du film, et de l’année scolaire. Les élèves de la classe de M Bachman vont se disperser. La cinéaste les retrouvera-t-elle un jour dans la vie active ? Bien des spectateurs garderont sans doute un souvenir ému de leur rencontre. Le film les a rendus si attachants.

Un film qui n’a rien de tapageur mais qui pourrait bien faire quelque bruit dans le monde de l’éducation.

Festival International du Film Indépendant de Bordeaux.

U COMME UBIQUITÉ.

Ailleurs, partout. Isabelle Ingold, Vivianne Perelmuter, Belgique, 2020, 63 minutes.

Internet abolit les contraintes liées à l’espace. Sans bouger de devant mon écran, je peux être ici et ailleurs, là et partout. Parcourir le vaste monde en quelques clics. Un voyage qui vise toujours l’instantanéité, mais qui peut devenir addictif et manger alors beaucoup de temps.

Le film de Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter ne nous explique pas cette capacité d’être présent en plusieurs lieux simultanément, mais il nous la fait vivre. Par un choix d’images issues du Net, des webcams ou des caméras de surveillance peut-être. Des images pas toujours très lumineuses. Certaines sont d’un gris assez terne. Et les images couleurs sont peu fréquentes. Mais qu’importe si elles n’ont pratiquement pas de teneur esthétique. Elles ne sont pas faites pour plaire. Et le choix des cinéastes ne vise pas à constituer un florilège de la beauté en ligne.

Ce choix nous propose un voyage dont il est impossible d’identifier le point de départ ou le point d’arrivée, pas plus que les différentes étapes. Un voyage donc dont nous ne maîtrisons ni les tenants ni les aboutissants. Devant notre écran, nous pouvons très vite être perdus, ne plus savoir où nous sommes. Il nous faut alors accepter d’être guidés pas à pas, image par image. S’il y a du sens dans ce voyage-là, il ne peut être que dans le fait de voyager lui-même.

Mais le film nous propose un deuxième voyage, qui lui ne se situe pas dans la sphère du virtuel. Il s’agit du parcours d’un jeune réfugié iranien venu demander l’exil en Europe, Shahin. Un parcours qui lui aussi ignore les contraintes géographiques, les frontières puisqu’il faut les franchir clandestinement, la mer qui peut devenir à chaque instant une tombe.

Le récit du voyage de Shahin se superpose donc aux images en utilisant plusieurs outils narratifs différents.

 Une conversation téléphonique d’abord avec sa mère restée en Iran. Un dialogue où pointe l’inquiétude maternelle et la tentative de la rassurée. Des propos de forte intensité émotive donc.

Ensuite les questions du bureau de l’immigration. Pourquoi avoir quitté l’Iran. Par quels moyens de transport est-il arrivé en Angleterre ? Les réponses sont courtes, toujours factuelles, sans épaisseur. Elles ne peuvent pas vraiment nous apprendre quelque chose d’important.

Enfin, et c’est le plus important, tout au long du film une voix féminine développe le récit de la rencontre avec Shahin. Un accompagnement dans son voyage. Une voix pleine de retenue, mais où transparait beaucoup de chaleur affective. On pense à Chris Marker, celui de La Jetée et de Sans Soleil. Les images d’Internet prennent alors une véritable teneur littéraire.

Les films réalisés à partir de ces ressources inépuisables que propose Internet, sans être omniprésents sur nos écrans, ne sont plus des raretés ayant un simple intérêt de curiosité. On peut par exemple citer le film de Gabrielle Stemmer, Clean with me (After dark)réalisé à partir des chaînes Youtube sur ces ménagères américaines qui vantent leurs compétences dans le ménage mais dont on peut aussi entendre le cri de souffrance dans une solitude insupportable. Ici, Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter semblent ne pas prendre position quant à l’intérêt des images qu’elles nous proposent, ni même quant à leur signification. Mais leur film ne peut pas être perçu autrement que comme un soutien aux exilés qui fuient leur pays dans des conditions toujours particulièrement difficiles. Le virtuel aussi est politique.

M COMME MELILLA

Frontière sud. Joseph Gordillo, France, 2020, 73 minutes.       ,

Il existe au nord du Maroc deux enclaves espagnoles, Ceuta et Melilla, deux petits morceaux d’Europe en terre africaine. Deux villes qui ne peuvent qu’attirer les jeunes marocains rêvant d’une vie meilleure en Europe et décidés de quitter leur famille, leur pays et une vie sans travail, sans avenir, sans espoir. Atteindre ces terres espagnoles est déjà des plus périlleux. Mais le plus dur reste à faire. S’embarquer à bord d’un camion qui franchira la mer et leur ouvrira la porte du bonheur. Du moins le croient-ils.

Les Escales documentaires de La Rochelle 2020 avaient projeté Vidas minores d’Alfredo Torrescalles, filmé à Ceuta et montrant ces jeunes marocains mineurs survivant tant bien que mal derrière les murs qui les enfermaient dans un bout d’Espagne mais qui leur interdisaient le passage sur le continent européen.

Au Fipadoc de Biarritz, c’est à Melilla que nous rencontrons ces jeunes marocains mus par le même désir de partir et mettant toute leur énergie à chercher le moyen d’y parvenir.

Tous font le « risky ». Pas vraiment un sport, tant les solutions envisagées -sous les roues des camions – sont dangereuses. Ils sont en plus exposés à la répression de la garde civile qui les traque sans relâche avec leurs chiens dressés à les débusquer dans la moindre cachette. Un jeu de cache-cache dont ils sont le plus souvent perdants.

Joseph Gordillo dans Frontière sud filme longuement les hautes barrières qui entourent Melilla. Des vues impressionnantes. Malgré le soleil, la mer, le ciel bleu, ces jeunes Marocains sont bien en prison.

Séquence tout aussi frappante – et visuellement remarquable – toutes ces femmes qui portent sur le dos ou poussent devant elles, de gros ballot de marchandise (le film ne dit pas de quoi il s’agit exactement) qui échappe, parce qu’elles sont portées à pied, à la taxe marocaine. Un labeur quotidien particulièrement mal payé.

Si les jeunes marocains sont livrés à eux-mêmes à Melilla, il y a quand même un peu d’entraide dans la ville. Des distributions de nourriture ont lieu. Et surtout, le film montre une femme qui soigne sur la plage les plaies dues au risky – ou aux matraques de la police. Une solidarité qui tranche par rapport à l’indifférence générale qui règne par ailleurs dans la ville.

Fipadoc 2021

Vidas minores

E COMME ÉMIGRATION – Côte d’Ivoire.

Tidiane. Laure-Anne Bomati, 2019, 56 minutes.

Un portrait d’un africain en France, nous en avons déjà vu au cinéma. Par exemple, le récent Mallé en son exil, de Denis Gheerbrant qui filme un malien immigré en France depuis une vingtaine d’années. Il vit dans un foyer et travaille à Paris, dans des immeubles des « beaux quartiers » où il fait le ménage du hall et des couloirs et où une bonne partie de son temps est occupée à sortir et rentrer les poubelles. Tidiane, lui, est Ivoirien. Il a fui la guerre dans son pays et demande l’asile en France. Une demande qui tarde à aboutir et qu’il abandonnera lorsqu’il va obtenir une carte de séjour qui reste, d’année en année, temporaire.

La différence entre ces deux portraits, c’est que celui de Tidiane repose sur une relation beaucoup plus étroite – on pourrait même dire qu’il s’agit d’une relation d’amitié – entre le la cinéaste et son personnage. Alors que Gheerbrant prenait nettement ses distances par rapport aux positions culturelles de Mallé (à propos de la polygamie et de l’excision en particulier, Bomati aborde très peu avec Tidiane ses options culturelles et sa vie personnelle en Afrique. Nous savons seulement qu’il a laissé deux enfants et il garde contact avec sa famille par l’intermédiaire d’un frère.

Ce qui préoccupe essentiellement Tidiane – et on le comprend – ce sont les problèmes du logement et du travail. Il a d’abord résidé dans le squat de Cachan avant d’être expulsé avec le millier d’exilé qui vivait là. Depuis il a une chambre d’hôtel et se rend souvent au gymnase de Cachan soutenir les grévistes de la faim. Côté travail il lui faut d’abord obtenir un titre de séjour. Ce qui sera long, très long.

Tidiane finira par trouver un emploi. Il se mariera, aura des enfants, un grand appartement.  Beaucoup de chose pour être heureux, un bonheur bien mérité bien sûr, après toutes ces années de galère, que le film n’approfondit pas, mais qui reste très présentes jusqu’au plan final.

La cinéaste est très présente dans son film, du moins dans la bande son, en voix off ou au cours de dialogue avec son personnage. Un portrait participatif donc, qui n’apporte pas vraiment de révélations sur la vie des immigrés en France, mais qui a le mérite de nous faire partager l’intimité de l’un d’eux.

ÉMIGRATION – Maroc

Vidas minores. Alfredo Torrescalles. Espagne, 2019, 82 minutes.

Rester au Maroc, y passer toute sa vie, et surtout sa jeunesse, cela semble totalement impossible pour tant de jeunes marocains. Dès 13-14 ans ils n’ont qu’une idée, partir. Partir en Europe, en Espagne, en France, en Suède. N’importe où. Parce qu’au Maroc, il n’y a aucun avenir. Alors ils vont faire le « risky ». Risquer leur vie pour passer les frontières. A Ceuta d’abord. Une porte vers une autre vie. Vers une vie meilleure. Ils le croient tous…

Ils sont de plus en plus nombreux, ces jeunes marocains mineurs, à être candidats à l’émigration. Le film va suivre un petit groupe d’entre eux pendant une année, dans une grande partie de l’Europe. De Ceuta à Madrid ou Barcelone, de Bilbao à Saint Sébastien puis Hendaye et la France. Une courte séquence en Allemagne puis la Suède. Et tout au long de ces longues pérégrinations, nous retournons au Maroc, retrouver la famille – les mères surtout – de ces enfants. Souvent ils restent en contacts avec elles. Et elles, elles ne peuvent les oublier, ne pouvant que demander à Dieu qu’ils réussissent dans leur voyage.

Vidas minores est un portrait de groupe, le portrait de toute une génération. Ils n’hésitent pas à parler à la caméra, à confier leurs espoirs et leur souffrance. Beaucoup refuse d’aller dans les centres pour mineurs qui, à Ceuta et ensuite en Espagne, ont pourtant les moyens de les accueillir. Ils préfèrent rester dans la rue, profitant de la solidarité de groupe en cas de coup dur. A Ceuta, où nous restons une bonne partie du film, ils n’hésitent pas à tenter de se faufiler sous les camions. Certains y laissent leur vie. Tout se passe comme à Calais. Sauf qu’ici il y a du soleil. Et qu’on ne parle pas de l’Angleterre.

En Espagne, l’essentiel sera d’essayer d’obtenir des papiers. Sans papier pas de travail. Pourtant ceux que l’on suit ne semble pas réussir à s’établir. Ils semblent tous condamnés à l’errance sans fin. Un seul revient au Maroc. Est-ce un échec ? Sa situation n’est certes pas donnée en exemple. Pourtant il y a quand même dans le film des moments de bonheur, les retrouvailles par exemple d’Ismaël avec sa mère.  Et le jour de ses 18 ans le directeur du centre qui l’héberge lui annonce qu’il a obtenu des papiers. Il pourra partir en Espagne (en hélicoptère !) après avoir partagé son gâteau d’anniversaire avec ses amis.

Le cinéaste réussit à nous montrer ces jeunes mineurs sans fausse pudeur. Sans compassion non plus. Il y a dans son film de vrais moments d’intimité avec eux. De connivence même. Plus qu’une simple sympathie. Dans des moments plutôt scabreux (par rapport à la police par exemple, ou sur le problème de la drogue), certains s’insurgent contre la présence de la caméra. Si le cinéaste insiste – pas trop quand même – ce n’est pas par voyeurisme. De toute façon il ne montre rien qui leur soit dommageable. Son regard de cinéaste est aussi un regard d’ami.

Escales documentaires, La Rochelle, 2020.

P COMME PALAIS DE TOKYO.

Pour votre confort et votre sécurité. Frédéric Mainçon, 2020, 59 minutes.

Filmer un musée. La vie d’un musée. Tous les aspects de cette vie. Parce qu’un musée est vivant. Grâce à ceux qui y travaille. Beaucoup plus que par les œuvres qui y sont exposées. Même si ces œuvres sont contemporaines, réalisées par les artistes vivants, mais qui ne sont plus nécessairement là, sur place, dans le musée, avec leurs œuvres, qu’ils abandonnent donc aux visiteurs, ou à ceux qui sont là tous les jours, qui ne font pas que passer, les gardiens de musée.

Dans le « genre » film de musée, il y a deux grandes références, très différentes l’une de l’autre, mais auxquelles on ne peut pas ne pas penser quand un cinéaste se propose de filmer un de ces lieux de l’art. Wiseman et la National Gallery à Londres et Philibert et sa Ville Louvre. Ce dernier ayant l’originalité de nous montrer en quelque sorte l’envers du décor, tous ceux qui travaillent pour que le musée soit visitable, pour que le public puisse rencontrer des œuvres. Mais ces œuvres, justement, ce n’est pas le propos du film de nous les montrer, contrairement à Wiseman qui lui n’hésite pas à filmer des tableaux plein cadre et de suivre des guides qui en parlent, et des spectateurs qui les admirent.

Au Palais de Tokyo, Frédéric Mainçon nous propose une approche bien à lui, en se centrant sur les membres du service de sécurité, ces personnels qui accueillent les visiteurs pour les fouiller et qui les surveillent, sans en avoir l’air, dans chaque salle.

Et des salles dans le Palais de Tokyo, à Paris, ce haut lieu de l’art contemporaine, il y en a à profusion, de quoi se perdre dans ces espaces presque infinis. Ces gardiens nous les entendons en voix off, et nous les apercevons dans les salles (mais jamais ils ne s’adressent à la caméra) faire leur travail, c’est-à-dire essentiellement être là, et intervenir en cas de besoin, en particulier si un visiteur ne peut pas résister à l’envie de toucher une œuvre. Une envie que l’on peut parfaitement comprendre dans bien des cas, alors qu’il ne viendrait jamais à l’esprit de qui que ce soit d’essayer de toucher la Joconde. De toute façon elle est parfaitement inaccessible.

Que nous disent ces travailleurs du musée ? Ils nous parlent de leur métier bien sûr, de leur mission, « surveiller et protéger ». Ils nous parlent aussi de l’art, de ces œuvres qu’ils sont chargés de surveiller et protéger donc, cet art contemporain que certains – et ils sont plus nombreux qu’on ne pense, même au Palais de Tokyo – sont plutôt réticents à le considérer comme de l’art. Mais surtout, ils nous parlent d’eux.

La particularité du service de sécurité au Palais de Tokyo, c’est que ses membres sont presque tous originaires d’Afrique. D’où leurs propos sur la relation des noirs et des non- noirs (dans les bureaux nous dit l’un d’eux, il n’y a que des blancs), non pas précisément en termes de racisme – ce qui n’est pourtant pas totalement absent – mais plutôt en termes de stéréotypes ou de fantasmes. Les noirs ne sont-ils pas particulièrement adaptés à ces métiers de sécurité, puisqu’ils sont tous particulièrement forts ? Et puis ce qu’on leur demande ici, c’est « d’être bêtes et disciplinés », dans un travail où il ne faut surtout pas qu’ils prennent des initiatives. Respecter le règlement, voilà ce qu’on leur demande, un point c’est tout. Et le film devient ainsi à travers ces propos, une approche de la situation des travailleurs immigrés (selon la terminologie courante), même si nous ne sommes pas dans une usine ou dans un service de nettoyage.

Mais travailler dans un musée – ou un centre d’art contemporain – c’est côtoyer l’art quotidiennement, c’est avoir avec les œuvres exposées un rapport, un contact, particulier, qu’aucun visiteur ne peut avoir. Et c’est bien ce que nous dit un de ces « surveillants ». Une revanche en quelque sorte, par rapport à la dévalorisation de son travail.

Le film nous fait entendre ces propos en nous promenant dans les salles du Palais de Tokyo, au milieu des visiteurs (il y a même dans une séquence des enfants qui s’amusent bien en courant dans tous les sens), sans jamais avoir l’air de s’arrêter sur une œuvre particulière, mais en nous donnant l’occasion quand même, par le seul fait de circuler dans les salles, de les appréhender. Car l’ensemble du film – sauf deux courtes séquences – est réalisé au ralenti. Comme si le réalisateur voulait nous donner le temps de regarder, et peut-être de contempler – ce qui est là exposé, installé pour être regardé, ou peut-être même contemplé. Ce filmage nous donne donc l’impression d’être tout simplement un de ces visiteurs que nous croisons, de déambuler, en piétinant souvent, sans se presser, dans ces espaces dévolus à l’art contemporain. Car bien évidemment une visite au Palais de Tokyo, ça n’a rien à voir avec une visite au Louvre par exemple, surtout si elle est effectuée en courant (sacré Godard) !

États généraux du film documentaire 2020, sur Tënk.

A COMME ABECEDAIRE – Manuela Frésil

Abattoir

Entrée du personnel

Administration

Les Nuits de la préfecture

Agriculture

Si loin des bêtes

Amitié

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

Animaux

Entrée du personnel

Si loin des bêtes

Bonheur

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

Enfance

Le Bon Grain et l’Ivraie

Pour de vrai

Elevage

Si loin des bêtes

Exil

Les Nuits de la préfecture

Intégration

Le Bon Grain et l’Ivraie

Jeu

Pour de vrai

Migration

Le Bon Grain et l’Ivraie

Les Nuits de la préfecture

Musique

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

Pauvreté

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

Poupée

Pour de vrai

Rue

Le Bon Grain et l’Ivraie

Ruralité

Si loin des bêtes

Notre campagne

Souffrance

Entrée du personnel

Travail

Entrée du personnel

Village

Notre campagne

Ville

L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

B COMME BREL Jacques

Que l’amour. Laetitia Mikles, 2019, 79 minutes.

Un film sur Brel ? Non. Un film sur les chansons de Brel ? Pas exactement non plus. Même s’il y a là une excellente occasion de découvrir – pour les plus jeunes – quelques-unes des chansons parmi les plus célèbres du chanteur belge, du Plat pays à Ne me quitte pas en passant par Madeleine ou Jeff.

Ces chansons, elles sont interprétées par Abdel, un immigré algérien qui découvre un jour les chansons de Brel et qui tombe sous le charme. Il n’a alors de cesse de chanter Brel, si possible devant un public, même peu nombreux (il raconte comment il a un jour chanté devant quatre personnes, dont deux étaient des amis).  Alors il répète sans cesse, avec trois musiciens (pas d’accordéon, et son Vesoul trouve quand même le moyen de « chauffer », grâce à la guitare), parcourt une bonne partie de la France, du Pays Basque jusqu’en Bretagne en passant par le Périgord, de petites salles communales en restaurants et jusque dans les salons privés.

Le film de Laetitia Mikles est le récit de cette passion, une aventure qui tient du rêve – ou de la folie. Et c’est bien sûr le portrait de cet homme hors du commun, même s’il reste toujours étonnamment modeste. Abdel ne joue pas les vedettes. Il n’est pas une star de la chanson, et il le sait. Il se contente de vivre sa passion. Et ça remplit parfaitement sa vie.

Nous le suivons dans sa vie professionnelle. Il évoque sa vie personnelle, sa femme par exemple (mais elle est absente du film), son père et sa mère qu’il retrouve en Algérie, où comme Brel, il va chanter. L’occasion pour la cinéaste de nous offrir de belle vue d’Alger, et d’évoquer la situation d’immigré d’Abdel.

Mais l’essentiel du film concerne le rapport d’Abdel avec Brel, avec le personnage de Brel, par chansons interposées.

Abdel ne cherche pas à imiter Brel, même si la cinéaste se plait à souligner un certain mimétisme, par exemple dans des gros plans des mains du chanteur devant son micro. Mais il ne renonce jamais à sa propre personnalité. Et si l’on peut dire qu’il s’approprie Brel, le chanteur et le poète, c’est uniquement dans l’interprétation des chansons. On est loin de cette mode des sosies qui essaient de redonner vie à des chanteurs disparus en jouant tout sur le physique.

De Brel lui-même on ne verra dans le film que quelques images, muettes parfois, un court extrait d’interview où le journaliste ne laisse pas parler le chanteur, et on l’entendra enfin, dans la clôture du film, dans l’interprétation de Quand on n’a que l’amour, qui a inspiré le titre du film.

Abdel ne chante pas Amsterdam, et la cinéaste ne filme pas de port. Par contre il évoque à plusieurs reprises une des premières chansons de Brel, Les Fenêtres, et Mikles nous offre de magnifiques plans de façades d’immeubles de nuit. Il y a dans ces choix la marque de l’authenticité du film et de son personnage.

B COMME BANLIEUE – Val Fourré.

Chroniques d’une banlieue ordinaire. Dominique Cabréra, 1992, 55 minutes.

         Cette banlieue, c’est le Val Fourré. Une banlieue idéale. Du moins si l’on en croit les images d’archive que la cinéaste place en pré-générique de son film. Des images qui devaient faire rêver. Le commentaire, grandiloquent, vante la modernité de ce nouveau quartier où tout a été pensé, les espaces verts à l’extérieur, les jeux pour enfants, les parkings. Les immeubles HLM, les tours, les appartements flambant neufs, vont permettre de vivre dans le plus grand confort. La cité représente alors la promesse d’une vie meilleure. Des images qui surprennent aujourd’hui, mais qui nous replacent dans le contexte d’une époque que l’histoire récente des banlieues rend bien difficile à imaginer et à comprendre.

         Qui étaient ceux qui sont venus vivre dans cet eldorado si bien vanté par la publicité promotionnelle ? Et comment y ont-ils vécus ? Au moment de la réalisation du film, 1992, les tours du Val Fourré viennent d’être fermées, abandonnées, vidées de leurs habitants en dehors de quelques squatters. Et le film s’achèvera sur les images de leur destruction.

         Dominique Cabréra retrouve ces anciens locataires, des hommes, des femmes, des enfants, de tout âge, de toute origine. Des arabes, des africaines, des travailleurs français. Tous ont vécus de longues années dans ces tours. Tous y ont leurs souvenirs, qu’ils évoquent avec beaucoup d’émotion. Ils nous montrent les différentes pièces de leurs anciens appartements, la cuisine, les chambres, la place de la télé dans le salon, les papiers peints qu’ils avaient remplacés, la vue par les fenêtres ou le balcon, plongeant sur le quartier. Se replonger dans son passé, c’est revenir vingt ans en arrière, une autre époque, une autre vie. Pour beaucoup, c’était l’époque de leur jeunesse. Cela ne s’oublie pas.

         En vingt ans, la vie a changé, le quartier a changé, et eux aussi ont changé. Au début, la vie dans les tours, c’était vraiment bien. Il y avait un esprit de communauté Tous se connaissaient et les voisins étaient des amis. Il y avait beaucoup de français, et même des riches. Et puis, peu à peu, cette mixité sociale a disparu. Les plus aisés sont partis les premiers. A la fin il n’est resté là que ceux qui ne pouvaient pas aller ailleurs. Les tours se sont dégradés. Plus rien ne fonctionnait. Même les ampoules des paliers étaient volées. Comme le dit le médecin qui avait là son cabinet, c’était devenu invivable. Et le seul couple de français (c’est comme cela qu’ils se présentent) qui habite encore dans le quartier se sent bien isolé.

         A travers ces rencontres, c’est toute l’histoire des banlieues qui est retracée. La lente dégradation des conditions de vie. La naissance des ghettos. Dans une des dernières séquences, Cabréra filme une enseignante et ses élèves réunis sur une terrasse. Un de leur camarade est mort au poste de police par manque de soin. Un des garçons présents évoque les émeutes qui suivirent : tout casser pour se venger. Une séquence prémonitoire.

G COMME GRAND-MERE – Algérienne.

Mes voix de Sonia Franco, 2019, 50 minutes.

Les voix du titre, ce ne sont sûrement pas celles que l’héroïne du film entendrait dans sa tête, mais plutôt celles qui résonnent dans le théâtre où elle prépare et réalise une performance, et aussi celle des bavardages intimes avec sa grand-mère.

Le film montre donc la relation qu’une jeune femme entretient avec sa grand-mère. Façon d’aborder la confrontation de deux générations bien différentes, mais aussi deux cultures qui se sont éloignées au fil du temps malgré des origines communes que l’une et l’autre s’efforcent de préserver. Un film donc sur la fuite du temps, vue à travers les évolutions historiques. Mais s’il y a quelque chose sur lequel le temps n’a pas de prise, c’est bien l’affection réciproque qui lie ces deux femmes.

La grand-mère représente bien sûr les traditions. Algérienne, elle n’a jamais voulu apprendre le français, mais elle a appris l’arabe à sa petite fille. Le plus souvent elle est tournée vers le passé, mais son regard se porte aussi vers l’avenir, celui de sa petite fille et de son mariage en particulier.

La petite fille est comédienne et travaille dans un théâtre de la banlieue parisienne. Elle fréquente les boites de nuit et sa vie semble bien loin des traditions, surtout religieuses, de son pays d’origine. Elle écrit un texte à dimension autobiographique où sa grand-mère tient la première place. Nous la voyons questionner sa grand-mère, la mère de son père, sur la vie de la famille, façon d’alimenter son écriture. Nous la suivons lors des répétitions du spectacle et le film nous propose aussi quelques aperçus de sa réalisation. Mais le théâtre n’est pas sa seule préoccupation dans le film. Il est beaucoup question de son mariage – la grande affaire d’une vie selon la grand-mère. Coiffure, maquillage, choix de la robe, les préparatifs tiennent une grande place dans le film, mais il ne nous montrera pas la cérémonie elle-même.

Un film portrait. Un portrait croisé de deux femmes liées par une affection profonde, que le temps ne semble pas pouvoir altérer. Les gros plans qu’il nous propose de l’une et de l’autre, ou qui les réunissent dans des moments de grande intimité, véhiculent beaucoup d’émotion. Et sans qu’il en soit question ouvertement, c’est bien touts une vision de l’immigration qu’il nous propose.

Côté court 2020.

T COMME TRAIN – de nuit.

Il passaggio della linea. Pietro Marcello, Italie, 2007, 60 minutes.

Un train qui traverse toute l’Italie, du sud au nord. Pas vraiment un voyage touristique.

Un voyage dans la nuit, du soir tombant au lever de soleil. Pas vraiment l’occasion d’admirer le paysage. Plutôt les lumières de la nuit. Ou alors au petit matin, avec les premiers rayons du soleil, la mer que l’on longe et les cimes des montagnes enneigées.

Un film de voyage donc. Pas étonnant que les travellings dominent. Par la vue des fenêtres, c’est tout un pays qui défile. Ou bien ces autres trains que l’on croise. Mais la vitesse fait qu’il est bien difficile de distinguer quoi que ce soit. En dehors des trainées de lumières.

Heureusement il y a les gares. Pour prendre un peu de repos. De courtes haltes, avec toujours les mêmes mouvements. Ceux qui descendent du train et qui, sur les quais, se dirigent vers la sortie. Et ceux qui montent dans les wagons. Sur les quais les cheminots peuvent renseigner les voyageurs.

Tout le film, nous restons dans le train. Lorsque l’extérieur ne nous est pas donné à voir, nous pouvons épier les compartiments. Ou le plus souvent errer dans les couloirs. Au fur et à mesure du voyage, le train semble de plus en plus bondé. Au point que beaucoup s’entassent dans les couloirs, essayant de dormir sur leur bagage.

Au début, personne ne dort. Nous captons quelques bribes de conversations. Des phrases qui se succèdent sans vraiment s’enchainer. Presque des bruits de fond.

Pourtant peu à peu, comme si nous avons eu le temps de faire connaissance, nous retrouvons quelques-uns des voyages pour écouter leur histoire personnelle. Car le voyage est propice à la confidence, au récit de vie, même fragmenté. Comme pour ce napolitain qui n’en est pas à son premier aller-retour vers le nord, suivant les fluctuations des emplois. Ou bien cet homme âgé qui semble vivre dans les trains, en profitant de son abonnement. Une vie mouvementée dont il est fier de raconter les péripéties. Et le cinéaste ne peut faire autrement que de s’arrêter un instant pour l’écouter.

Ces voyageurs qui finissent par s’endormir, ce sont surtout des hommes, des travailleurs, des migrants intérieurs ou même venus de plus loin, d’au-delà de la mer. Décidément voyager de nuit n’est pas une partie de plaisir. Et ce train qui s’arrête souvent n’a pas le confort des plus modernes trains à grande vitesse.

Comme tout film, ce Passage de la ligne a un début et une fin, ici un embarquement et un terminus. Nous ne pouvons aller plus loin, si ce n’est un voyage de retour. Mais personne ne semble souhaiter revenir à son point de départ. Ce train, il est fait pour partir, aller de l’avant, sans regarder derrière soi, sans regrets pour ce que l’on quitte. Une transition entre deux régions, deux vies. Vers l’inconnu, comme lorsque le train s’engouffre dans un tunnel.

A COMME AMITIÉ.

Green boys. Ariane Doublet, 2018, 71 minutes.

Un film d’une simplicité extrême, d’une simplicité absolue.

Un film qui nous dit ce qu’il a à dire sans détour, directement, sans sous-entendus, sans fausse piste.

Ce qu’il nous dit, c’est que l’amitié abolit la distance entre les êtres. Ici, deux garçons que rien ne destinait à ce qu’ils se rencontrent, à ce qu’ils passent une partie de leur vie ensemble. Parce que l’un croit aux diables et pas l’autre. Parce qu’ils ne sont pas nés sous les mêmes étoiles.

Alhassane a 17 ans. Il est noir. Il vient de Guinée. Il en est parti seul, pour émigrer en Europe. Il est arrivé en France après ce long voyage plein de difficultés et de dangers que l’on a toujours du mal à imaginer. Il a été pris en charge par une association. Et accueilli par en famille en Normandie. Il répond à la double étiquette de migrant et de mineur isolé. Son sort dépend en grande partie de l’administration de notre pays. Une administration qui se montre tatillonne, fidèle en cela à sa réputation. N’a-t-il vraiment que 17 ans, alors qu’il est grand de taille et qu’il commence, comme on dit, à avoir du poil au menton. Peut-il rester sur ce territoire où il commence à faire sa place, en particulier en tissant des liens d’amitié avec Louka.

Louka a 13 ans. Il vit chez ses parents en Normandie, pas loin de la mer. De sa vie familiale, on ne saura presque rien et il en sera de même pour sa vie sociale. Il est en vacances comme tous les collégiens en été. Il passe la plus grande partie de ses journées dehors, avec Alhassane.

Des journées remplies de petits riens. Grimper dans les arbres ou pêcher les crevettes. Des moments calmes, qui se déroulent lentement, sans éclats. Où les rires ont un petit goût de bonheur.

Portant, il y a une grande aventure dans leur été. C’est la construction d’une cabane « africaine » sur une falaise qui domaine la mer. Elle fera l’admiration des rares promeneurs qui passent par là. Louka voudrait bien y dormir une nuit. Alhassane n’en a pas particulièrement envie. Pour lui ce ne sera pas une bien grande aventure. Après ce qu’il a vécu.

Ce qu’il a vécu, son voyage de migrant, nous y avons accès grâce au récit qu’il en fait en voix off, des souvenirs encore bien présents en lui, qui occupent toutes ses pensées. Pourtant son avenir est bien sûr préoccupant. La fin du film le montrera en apprentissage dans un garage automobile. La cabane, l’amitié avec Louka, l’été et les vacances, tout cela n’a-t-il été qu’une parenthèse ?

R COMME REFUGIES – Naufrage.

Purple sea. Amel Alzakout, Khaled Abdulwahed, Allemagne, 2020, 67 minutes.

Un film surprenant, original. Vraiment original. C’est-à-dire unique. Dont on n’a pas vu d’équivalent. Dont il n’existe sans doute pas d’équivalent. Un film dont on se demande (si on n’a pas lu le synopsis ou une présentation) dès les premières images – et pas mal de temps par la suite – de quoi il s’agit.

Il s’agit d’un bateau – frêle embarcation, radeau de fortune – qui vient de faire naufrage et que la mer engloutit. Ses occupants, femmes, hommes, enfants, se retrouvent dans l’eau, essayant tant bien que mal de flotter grâce à leur bouée de sauvetage ou en s’agrippant aux quelques restes du bateau qui flottent autour d’eux. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Nous ne le saurons pas. Mais il suffit de voir ces naufragés essayer de ne pas se noyer en mer, pour qu’on pense aussitôt – ou plutôt au bout d’un moment plus ou moins long – qu’il s’agit de réfugiés et que nous sommes en Méditerranée.

Le film est fait d’un seul plan. En continu. Sans interruption. Un plan-séquence donc. La caméra est placée au milieu des personnes qui sont dans l’eau, essayant avec eux de ne pas sombrer. La plupart du temps elle est sous l’eau. Et par moment elle fait surface, révélant un peu des têtes de ceux dont on n’avait auparavant qu’entraperçu la partie inférieure du corps. Seul changement de cadrage. Mais s’agit-il vraiment d’un changement ?

Nous voyons toujours les mêmes images. Des images de couleurs vives. Des images tremblées, instables, mouvantes, mélangeant les formes et parfois les couleurs. Des images subjectives, incarnant un de ces naufragés qui se débat dans l’eau, qui coule, puis remonte à la surface pour respirer, avant de plonger à nouveau, ou plutôt avant de couler, de revenir sous l’eau, où nous finissons par identifier quelques formes, des jambes surtout. Comme dans les rares moments hors de l’eau, à l’air libre, nous voyons des têtes, une côte au loin et bientôt un hélicoptère qui survole la scène.

Longueur et durée du plan. Comme l’attente, interminable, des secours. Des secours incertains. Parce qu’ils tardent à venir. Parce qu’ils peuvent arriver trop tard.

Et la bande son ? D’abord du bruit, beaucoup de bruit, dont il est difficile d’identifier exactement la source. Mais des bruits comme étouffés par l’eau. Et qui deviennent plus clairs, plus assourdissants, lorsque la caméra fait surface, saute hors de l’eau. Et nous entendons alors des cris, des plaintes, des respirations heurtées, et les vagues, des battements dans l’eau, ceux de mouvements désordonnés, vifs malgré l’épuisement inévitable, progressif, inexorable. L’hélicoptère est trop haut, trop loin. Nous ne l’entendons pratiquement pas. A-t-il donné l’alerte ? Envoyé des moyens de secours ? On ne sait pas. Nous voyons seulement les efforts qu’il faut faire pour surnager, pour ne pas couler, pour rester en vie.

Et dans tout ça, émerge une voix. Une voix de femme, calme, posée, relativement monotone, en apparence du moins, car on sent la colère contenue, l’incompréhension de la lenteur des secours. Et l’inquiétude croissnte. Visiblement enregistrée après coup, elle parle en première personne. La voix d’une naufragée. D’une femme qui a vécu ce naufrage. Mais un récit inévitablement écrit en dehors de l’action, après le sauvetage. Cependant, ce n’est pas le récit du sauvetage. C’est le récit de l’attente du sauvetage.

Cette voix, celle femme, parle d’elle. De sa vie passée. De son futur, même hypothétique. Elle parle de Berlin, où elle est attendue. Elle parle de l’eau. De la survie. Elle se parle à elle-même. Pour tenir, pour ne pas renoncer à vivre.  Un récit d’une grande force poétique et émotionnelle. Malgré le tragique de la situation.

Après la mer en feu filmée par Gianfranco Rosi, cette mer violette restera une vision ineffaçable de la quête des réfugiés.

Visions du réel 2020.

M COMME MIGRANT – Portrait.

Traverser. Joël Richmond Mathieu Akafou, – France, Burkina Faso, Belgium, 2020 77 minutes

Partir. Traverser la mer. Traverser des frontières. Traverser des pays. Partir toujours. Traverser d’autres frontières, d’autres pays. Traverser les montagnes. Traverser la vie.

Traverser les épreuves. Traverser les souffrances. Traverser les difficultés. Traverser les apparences aussi, ce monde où le bonheur fuit sans cesse devant soi.

Ne faire que passer. Pour aller ailleurs. Pour aller plus loin. Là-bas, où la vie sera meilleure.

Le film de Mathieu Akafou fait le portrait de Junior, migrant qui ne vient pas d’un pays en guerre, l’Afghanistan ou la Syrie. Migrant parmi tant d’autres qui quittent l’Afrique avec le rêve de l’Europe en tête, simplement l’espoir d’une autre vie.

Junior a quitté sa mère, ses amis, sa famille en Côte d’Ivoire. Il a traversé la Méditerranée. Il a connu la prison en Lybie. Nous le retrouvons en Italie où il a une place d’hébergement dans un camp organisé par une association. Mais il ne peut pas rester. Il veut aller en France. Il doit aller en France. Le film se terminera à son arrivée à paris où il n’a pas d’hébergement. Il appelle au secours. Devra-t-il dormir dans la rue.

Junior est un garçon sensible. Très sensible. Nous le voyons souvent pleurer. Lors de l’enterrement qui ouvre le film en Afrique. Lorsqu’il parle avec sa mère une fois arrivé en Europe. Et puis il a des relations compliquées avec ses petites amies. Amanita, Michelle, Brigitte, son amie « blanche » comme il dit. Il passe de l’une à l’autre. Il est sans doute sincère lorsqu’il dit à Michele qu’il l’aime. Mais cela ne suffit pas. Il ne fait pas ce qu’il faut pour ne pas être abandonné.

Traverser est un film sur l’émigration africaine, réalisé par un cinéaste africain. L’émigration vue de l’intérieur. Il met plus l’accent sur le vécu intérieur que sur les conditions matérielles du voyage. Un voyage solitaire où le seul lien avec le monde est le téléphone portable. Qui permet de parler avec sa mère. La personne qui compte le plus pour lui, vers laquelle il se tourne sans cesse. Pour trouver auprès d’elle, le point d’appui qui lui manque si souvent.

Après Vivre riche, Traverser est le deuxième film réalisé par Mathieu Akafou où apparaît Touré Inza Junior. Il faisait alors parti d’un groupe de jeunes qui montaient des coups plutôt louches pour extorquer des européens. Des européennes plutôt d’ailleurs. Des situations souvent sans issue, qui ne pouvaient que laisser Junior insatisfait. Il n’est pas étonnant qu’il ne penser qu’à partir. La France lui apportera-t-elle le salut ?

Visions du réel 2020.

En 2017, Vivre Riche avait obtenu le Prix du meilleur moyen métrage à Visions du réel.

R COMME REVE – Afrique

Talking dreams. Bruno Rocchi, Italie, 2020, 38 minutes.

Dévoiler la signification des rêves, en Afrique, un art qui tient plus de la divination que de l’interprétation psychanalytique. Un art qui permet de prédire l’avenir. Si du moins le rêveur suit les conseils qui lui sont donnés et les prescriptions qui accompagnent toujours la révélation du sens de son rêve.

Ici, c’est une femme qui en a le pouvoir. Elle le fait dans une émission de radio assise à côté de l’animateur-présentateur de l’émission filmée toujours dans le même cadrage, ce qui tient lieu de studio. Les auditeurs appellent, racontent leur rêve. Sans hésitation, elle leur dit ce qu’il signifie.

Les récits de rêves qui sont proposés sont courts, souvent concrets, mais bien sûr toujours obscure au premier abord. Leur « interprétation » s’appuie sur une symbolique traditionnelle, mais aussi sur une sorte de bon sens renvoyant à la vie sociale quotidienne. Ey puis ce qui intéresse le rêveur, ce qui explique son appel à la radio, c’est de connaître son avenir. Sera-t-il faste ou néfaste ? Et comment l’affronter au mieux.

Ces séances radiophoniques sont montées en parallèle avec un autre récit, celui du désir de migration. Le rêve, au sens d’aspiration ou d’anticipation du futur, ce serait donc toujours de quitter l’Afrique, de gagner l’Europe, quelle que soit la difficulté de réalisation de ce projet. Les images que nous propose alors le cinéaste sont souvent banales et renvoyant à la quotidienneté de la vie africaine. Mais le film est aussi fait d’images beaucoup plus mystérieuses, qui échappent justement à cette quotidienneté.

Le film de Bruno Rocchi nous présente une Afrique où le mystère, voire le fantastique, imprègne toute réalité, même la plus triviale. Le rêve y occupe une place centrale, indiquant comment s’accommoder au mieux d’une condition matérielle et sociale qui n’offre guère de perspective d’avenir – et si possible d’y échapper.  

En Afrique comme ailleurs, il n’est pas possible de vivre sans rêver.

R COMME RÉFUGIÉ – Animation.

Tente 113, Idomèni. Henri Marbacher, Suisse, 2019, 18 minutes.

Un documentaire d’animation, en noir et blanc, d’une rare force d’évocation.

Une animation souvent très simple mais toujours évidente. Les cadrages sont plutôt larges. Pas de gros plans. Pas de recherche sur les visages. Comme dans la séquence finale montrant la modélisation d’un danseur de hip hop, ce sont les corps qui comptent. La place du corps du migrant dans les situations qu’il traverse et qui l’emportent.

Le récit d’un voyage de migration. Le récit en voix off, en première personne du voyage d’Agir, jeune kurde qui quitte la Syrie et qui aboutira en Suisse. Un voyage dont on connait bien les étapes, le passage des frontières. Ou plutôt les blocages aux frontières. La vie dans les camps, sous une tente, comme à Idomènie, lieu tristement célèbre par cette concentration de réfugiés qui attendent pour passer. Qui attendent un passeur. Pour passer « quoi qu’il en coûte », comme l’écrit Georges Didi-Huberman. Un récit sans emphase, récité presque toujours sur le même ton. Un récit dont on peut dire que bien des films nous l’ont déjà fait connaître. Mais ici, la présence des images d’animation et le rapport qu’il entretient plan par plan avec elles, lui donne une dramaturgie nouvelle.

Une dramaturgie qui s’inscrit de façon indélébile dans la mémoire de celui qui l’écoute, et qui le voit. Parce qu’il s’agit d’un film court. Où il n’y a rien de superflu. Où il n’y a rien à enlever. Mais rien à ajouter non plus. Le clin d’œil final – le retours pour une seconde de la vie « en live » – clôt la boucle du temps. Le passé est définitivement effacé de la mémoire du réfugié. Et il n’a pas d’avenir. La migration plonge l’histoire dans le néant.

R COMME REFUGIE AFGHAN

Begzor Begzar. Bijan Anquetil, France 59 minutes.

Un réfugié Afghan. Un parmi bien d’autres. Mais c’est lui que le cinéaste a rencontré. Maintenant ils se connaissent. Sobhan peut devenir le personnage central du film de Bijan Anquetil. Un film qui sera donc un portrait. Mais bien plus qu’un portrait.

Le film suit la vie de Sobhan pendant une durée s’étendant autour d’une année. Une vie d’errance puisque la demande d’asile déposée par Sobhan a été rejetée. Alors il est expulsé. Expulsé de France, mais il reviendra. A pied s’il le faut. Il ira en Autriche. En Italie. Mais pendant longtemps, son but, c’est l’Angleterre. Comme des centaines – ou des milliers – de réfugiés Afghans. Tous ceux qui se retrouvent à Calais dans l(attente d’une opportunité pour franchir la mer. Une attente longue. Et si la possibilité se présente de se cacher dans un camion, le voyage est des plus périlleux. Et incertain. Sobhan le réussira, une fois. Mais arrivé à Douvres, il sera expulsé d’Angleterre.

Le fil est constitué de longs entretiens entre Sobhan et le cinéaste qui parle Afghan. C’est d’abord bien sûr le récit des voyages de Sobhan. Depuis le trajet initial depuis l’Afghanistan, jusqu’aux déplacements en Europe dus au système d’expulsion. Sobhan a fait enregistrer ses empreintes digitales en Autriche. C’est là qu’il échouera. Et comme l’Italie ne lui déplait pas il tente de se faire enregistrer dans un commissariat. Un commissariat qui se révèlera introuvable au cours d’une nuit de recherche vaine. Comme si rien des projets quotidiens ne pouvait aboutir. Comme s’il devenait, au fil du temps, de plus en plus inutile de faire des projets.

Sobhan ne tombe pas pour autant dans la résignation. C’est vrai que le lien social tissé avec le cinéaste est visiblement une bouée de sauvetage pour lui. Anquetil le filme souvent en gros plan. Et l’on sent qu’il y a dans ce choix la volonté de nous le rendre sympathique et attachant. Leurs discutions ne tombent jamais dans le registre de la plainte. Ou de la colère. Et le cinéaste ne manifeste aucun apitoiement.

Le cinéma documentaire s’est beaucoup penché ces dernières années sur la situation des réfugiés, que ce soit dans la jungle de Calais, ou lors de leurs tentatives pour franchir des frontières que les Etats européens s’efforcent de rendre de plus en plus infranchissables. Le titre du livre de Georges Didi-Huberman consacré au film Les spectres hantent l’Europe de Maria Kourkouta et Niki Giannati , Passer quoi qu’il en coûte, est devenu le slogan de tout réfugié en Europe. Pourtant dans le film de Bijan Anquetil, il semble être hors de propos. Nulle attitude combative dans les errances et les voyages de Sobhan. Mais bien sûr ce n’est qu’une illusion. Car l’opiniâtreté qui est la sienne, quelle que soit sa situation, est tout le contraire du renoncement.

Le titre du film renvoie à une chanson Afghane que Sobhan évoque à la fin du film, « Laisse-moi et poursuit ton chemin ». Mais ce n’est pas vraiment une conclusion. L’errance de Sobhan n’a pas de fin. Et le film se termine uniquement parce qu’un jour il disparaît, sans prévenir le cinéaste, poursuivant son voyage sans la compagnie d’une caméra, sans le témoignage de la caméra. En dehors de l’œil un tant soit peu inquisiteur de la caméra.

Visions du réel 2020.

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