T COMME TRAIN – de nuit.

Il passaggio della linea. Pietro Marcello, Italie, 2007, 60 minutes.

Un train qui traverse toute l’Italie, du sud au nord. Pas vraiment un voyage touristique.

Un voyage dans la nuit, du soir tombant au lever de soleil. Pas vraiment l’occasion d’admirer le paysage. Plutôt les lumières de la nuit. Ou alors au petit matin, avec les premiers rayons du soleil, la mer que l’on longe et les cimes des montagnes enneigées.

Un film de voyage donc. Pas étonnant que les travellings dominent. Par la vue des fenêtres, c’est tout un pays qui défile. Ou bien ces autres trains que l’on croise. Mais la vitesse fait qu’il est bien difficile de distinguer quoi que ce soit. En dehors des trainées de lumières.

Heureusement il y a les gares. Pour prendre un peu de repos. De courtes haltes, avec toujours les mêmes mouvements. Ceux qui descendent du train et qui, sur les quais, se dirigent vers la sortie. Et ceux qui montent dans les wagons. Sur les quais les cheminots peuvent renseigner les voyageurs.

Tout le film, nous restons dans le train. Lorsque l’extérieur ne nous est pas donné à voir, nous pouvons épier les compartiments. Ou le plus souvent errer dans les couloirs. Au fur et à mesure du voyage, le train semble de plus en plus bondé. Au point que beaucoup s’entassent dans les couloirs, essayant de dormir sur leur bagage.

Au début, personne ne dort. Nous captons quelques bribes de conversations. Des phrases qui se succèdent sans vraiment s’enchainer. Presque des bruits de fond.

Pourtant peu à peu, comme si nous avons eu le temps de faire connaissance, nous retrouvons quelques-uns des voyages pour écouter leur histoire personnelle. Car le voyage est propice à la confidence, au récit de vie, même fragmenté. Comme pour ce napolitain qui n’en est pas à son premier aller-retour vers le nord, suivant les fluctuations des emplois. Ou bien cet homme âgé qui semble vivre dans les trains, en profitant de son abonnement. Une vie mouvementée dont il est fier de raconter les péripéties. Et le cinéaste ne peut faire autrement que de s’arrêter un instant pour l’écouter.

Ces voyageurs qui finissent par s’endormir, ce sont surtout des hommes, des travailleurs, des migrants intérieurs ou même venus de plus loin, d’au-delà de la mer. Décidément voyager de nuit n’est pas une partie de plaisir. Et ce train qui s’arrête souvent n’a pas le confort des plus modernes trains à grande vitesse.

Comme tout film, ce Passage de la ligne a un début et une fin, ici un embarquement et un terminus. Nous ne pouvons aller plus loin, si ce n’est un voyage de retour. Mais personne ne semble souhaiter revenir à son point de départ. Ce train, il est fait pour partir, aller de l’avant, sans regarder derrière soi, sans regrets pour ce que l’on quitte. Une transition entre deux régions, deux vies. Vers l’inconnu, comme lorsque le train s’engouffre dans un tunnel.

A COMME AMITIÉ.

Green boys. Ariane Doublet, 2018, 71 minutes.

Un film d’une simplicité extrême, d’une simplicité absolue.

Un film qui nous dit ce qu’il a à dire sans détour, directement, sans sous-entendus, sans fausse piste.

Ce qu’il nous dit, c’est que l’amitié abolit la distance entre les êtres. Ici, deux garçons que rien ne destinait à ce qu’ils se rencontrent, à ce qu’ils passent une partie de leur vie ensemble. Parce que l’un croit aux diables et pas l’autre. Parce qu’ils ne sont pas nés sous les mêmes étoiles.

Alhassane a 17 ans. Il est noir. Il vient de Guinée. Il en est parti seul, pour émigrer en Europe. Il est arrivé en France après ce long voyage plein de difficultés et de dangers que l’on a toujours du mal à imaginer. Il a été pris en charge par une association. Et accueilli par en famille en Normandie. Il répond à la double étiquette de migrant et de mineur isolé. Son sort dépend en grande partie de l’administration de notre pays. Une administration qui se montre tatillonne, fidèle en cela à sa réputation. N’a-t-il vraiment que 17 ans, alors qu’il est grand de taille et qu’il commence, comme on dit, à avoir du poil au menton. Peut-il rester sur ce territoire où il commence à faire sa place, en particulier en tissant des liens d’amitié avec Louka.

Louka a 13 ans. Il vit chez ses parents en Normandie, pas loin de la mer. De sa vie familiale, on ne saura presque rien et il en sera de même pour sa vie sociale. Il est en vacances comme tous les collégiens en été. Il passe la plus grande partie de ses journées dehors, avec Alhassane.

Des journées remplies de petits riens. Grimper dans les arbres ou pêcher les crevettes. Des moments calmes, qui se déroulent lentement, sans éclats. Où les rires ont un petit goût de bonheur.

Portant, il y a une grande aventure dans leur été. C’est la construction d’une cabane « africaine » sur une falaise qui domaine la mer. Elle fera l’admiration des rares promeneurs qui passent par là. Louka voudrait bien y dormir une nuit. Alhassane n’en a pas particulièrement envie. Pour lui ce ne sera pas une bien grande aventure. Après ce qu’il a vécu.

Ce qu’il a vécu, son voyage de migrant, nous y avons accès grâce au récit qu’il en fait en voix off, des souvenirs encore bien présents en lui, qui occupent toutes ses pensées. Pourtant son avenir est bien sûr préoccupant. La fin du film le montrera en apprentissage dans un garage automobile. La cabane, l’amitié avec Louka, l’été et les vacances, tout cela n’a-t-il été qu’une parenthèse ?

R COMME REFUGIES – Naufrage.

Purple sea. Amel Alzakout, Khaled Abdulwahed, Allemagne, 2020, 67 minutes.

Un film surprenant, original. Vraiment original. C’est-à-dire unique. Dont on n’a pas vu d’équivalent. Dont il n’existe sans doute pas d’équivalent. Un film dont on se demande (si on n’a pas lu le synopsis ou une présentation) dès les premières images – et pas mal de temps par la suite – de quoi il s’agit.

Il s’agit d’un bateau – frêle embarcation, radeau de fortune – qui vient de faire naufrage et que la mer engloutit. Ses occupants, femmes, hommes, enfants, se retrouvent dans l’eau, essayant tant bien que mal de flotter grâce à leur bouée de sauvetage ou en s’agrippant aux quelques restes du bateau qui flottent autour d’eux. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Nous ne le saurons pas. Mais il suffit de voir ces naufragés essayer de ne pas se noyer en mer, pour qu’on pense aussitôt – ou plutôt au bout d’un moment plus ou moins long – qu’il s’agit de réfugiés et que nous sommes en Méditerranée.

Le film est fait d’un seul plan. En continu. Sans interruption. Un plan-séquence donc. La caméra est placée au milieu des personnes qui sont dans l’eau, essayant avec eux de ne pas sombrer. La plupart du temps elle est sous l’eau. Et par moment elle fait surface, révélant un peu des têtes de ceux dont on n’avait auparavant qu’entraperçu la partie inférieure du corps. Seul changement de cadrage. Mais s’agit-il vraiment d’un changement ?

Nous voyons toujours les mêmes images. Des images de couleurs vives. Des images tremblées, instables, mouvantes, mélangeant les formes et parfois les couleurs. Des images subjectives, incarnant un de ces naufragés qui se débat dans l’eau, qui coule, puis remonte à la surface pour respirer, avant de plonger à nouveau, ou plutôt avant de couler, de revenir sous l’eau, où nous finissons par identifier quelques formes, des jambes surtout. Comme dans les rares moments hors de l’eau, à l’air libre, nous voyons des têtes, une côte au loin et bientôt un hélicoptère qui survole la scène.

Longueur et durée du plan. Comme l’attente, interminable, des secours. Des secours incertains. Parce qu’ils tardent à venir. Parce qu’ils peuvent arriver trop tard.

Et la bande son ? D’abord du bruit, beaucoup de bruit, dont il est difficile d’identifier exactement la source. Mais des bruits comme étouffés par l’eau. Et qui deviennent plus clairs, plus assourdissants, lorsque la caméra fait surface, saute hors de l’eau. Et nous entendons alors des cris, des plaintes, des respirations heurtées, et les vagues, des battements dans l’eau, ceux de mouvements désordonnés, vifs malgré l’épuisement inévitable, progressif, inexorable. L’hélicoptère est trop haut, trop loin. Nous ne l’entendons pratiquement pas. A-t-il donné l’alerte ? Envoyé des moyens de secours ? On ne sait pas. Nous voyons seulement les efforts qu’il faut faire pour surnager, pour ne pas couler, pour rester en vie.

Et dans tout ça, émerge une voix. Une voix de femme, calme, posée, relativement monotone, en apparence du moins, car on sent la colère contenue, l’incompréhension de la lenteur des secours. Et l’inquiétude croissnte. Visiblement enregistrée après coup, elle parle en première personne. La voix d’une naufragée. D’une femme qui a vécu ce naufrage. Mais un récit inévitablement écrit en dehors de l’action, après le sauvetage. Cependant, ce n’est pas le récit du sauvetage. C’est le récit de l’attente du sauvetage.

Cette voix, celle femme, parle d’elle. De sa vie passée. De son futur, même hypothétique. Elle parle de Berlin, où elle est attendue. Elle parle de l’eau. De la survie. Elle se parle à elle-même. Pour tenir, pour ne pas renoncer à vivre.  Un récit d’une grande force poétique et émotionnelle. Malgré le tragique de la situation.

Après la mer en feu filmée par Gianfranco Rosi, cette mer violette restera une vision ineffaçable de la quête des réfugiés.

Visions du réel 2020.

M COMME MIGRANT – Portrait.

Traverser. Joël Richmond Mathieu Akafou, – France, Burkina Faso, Belgium, 2020 77 minutes

Partir. Traverser la mer. Traverser des frontières. Traverser des pays. Partir toujours. Traverser d’autres frontières, d’autres pays. Traverser les montagnes. Traverser la vie.

Traverser les épreuves. Traverser les souffrances. Traverser les difficultés. Traverser les apparences aussi, ce monde où le bonheur fuit sans cesse devant soi.

Ne faire que passer. Pour aller ailleurs. Pour aller plus loin. Là-bas, où la vie sera meilleure.

Le film de Mathieu Akafou fait le portrait de Junior, migrant qui ne vient pas d’un pays en guerre, l’Afghanistan ou la Syrie. Migrant parmi tant d’autres qui quittent l’Afrique avec le rêve de l’Europe en tête, simplement l’espoir d’une autre vie.

Junior a quitté sa mère, ses amis, sa famille en Côte d’Ivoire. Il a traversé la Méditerranée. Il a connu la prison en Lybie. Nous le retrouvons en Italie où il a une place d’hébergement dans un camp organisé par une association. Mais il ne peut pas rester. Il veut aller en France. Il doit aller en France. Le film se terminera à son arrivée à paris où il n’a pas d’hébergement. Il appelle au secours. Devra-t-il dormir dans la rue.

Junior est un garçon sensible. Très sensible. Nous le voyons souvent pleurer. Lors de l’enterrement qui ouvre le film en Afrique. Lorsqu’il parle avec sa mère une fois arrivé en Europe. Et puis il a des relations compliquées avec ses petites amies. Amanita, Michelle, Brigitte, son amie « blanche » comme il dit. Il passe de l’une à l’autre. Il est sans doute sincère lorsqu’il dit à Michele qu’il l’aime. Mais cela ne suffit pas. Il ne fait pas ce qu’il faut pour ne pas être abandonné.

Traverser est un film sur l’émigration africaine, réalisé par un cinéaste africain. L’émigration vue de l’intérieur. Il met plus l’accent sur le vécu intérieur que sur les conditions matérielles du voyage. Un voyage solitaire où le seul lien avec le monde est le téléphone portable. Qui permet de parler avec sa mère. La personne qui compte le plus pour lui, vers laquelle il se tourne sans cesse. Pour trouver auprès d’elle, le point d’appui qui lui manque si souvent.

Après Vivre riche, Traverser est le deuxième film réalisé par Mathieu Akafou où apparaît Touré Inza Junior. Il faisait alors parti d’un groupe de jeunes qui montaient des coups plutôt louches pour extorquer des européens. Des européennes plutôt d’ailleurs. Des situations souvent sans issue, qui ne pouvaient que laisser Junior insatisfait. Il n’est pas étonnant qu’il ne penser qu’à partir. La France lui apportera-t-elle le salut ?

Visions du réel 2020.

En 2017, Vivre Riche avait obtenu le Prix du meilleur moyen métrage à Visions du réel.

R COMME REVE – Afrique

Talking dreams. Bruno Rocchi, Italie, 2020, 38 minutes.

Dévoiler la signification des rêves, en Afrique, un art qui tient plus de la divination que de l’interprétation psychanalytique. Un art qui permet de prédire l’avenir. Si du moins le rêveur suit les conseils qui lui sont donnés et les prescriptions qui accompagnent toujours la révélation du sens de son rêve.

Ici, c’est une femme qui en a le pouvoir. Elle le fait dans une émission de radio assise à côté de l’animateur-présentateur de l’émission filmée toujours dans le même cadrage, ce qui tient lieu de studio. Les auditeurs appellent, racontent leur rêve. Sans hésitation, elle leur dit ce qu’il signifie.

Les récits de rêves qui sont proposés sont courts, souvent concrets, mais bien sûr toujours obscure au premier abord. Leur « interprétation » s’appuie sur une symbolique traditionnelle, mais aussi sur une sorte de bon sens renvoyant à la vie sociale quotidienne. Ey puis ce qui intéresse le rêveur, ce qui explique son appel à la radio, c’est de connaître son avenir. Sera-t-il faste ou néfaste ? Et comment l’affronter au mieux.

Ces séances radiophoniques sont montées en parallèle avec un autre récit, celui du désir de migration. Le rêve, au sens d’aspiration ou d’anticipation du futur, ce serait donc toujours de quitter l’Afrique, de gagner l’Europe, quelle que soit la difficulté de réalisation de ce projet. Les images que nous propose alors le cinéaste sont souvent banales et renvoyant à la quotidienneté de la vie africaine. Mais le film est aussi fait d’images beaucoup plus mystérieuses, qui échappent justement à cette quotidienneté.

Le film de Bruno Rocchi nous présente une Afrique où le mystère, voire le fantastique, imprègne toute réalité, même la plus triviale. Le rêve y occupe une place centrale, indiquant comment s’accommoder au mieux d’une condition matérielle et sociale qui n’offre guère de perspective d’avenir – et si possible d’y échapper.  

En Afrique comme ailleurs, il n’est pas possible de vivre sans rêver.

R COMME RÉFUGIÉ – Animation.

Tente 113, Idomèni. Henri Marbacher, Suisse, 2019, 18 minutes.

Un documentaire d’animation, en noir et blanc, d’une rare force d’évocation.

Une animation souvent très simple mais toujours évidente. Les cadrages sont plutôt larges. Pas de gros plans. Pas de recherche sur les visages. Comme dans la séquence finale montrant la modélisation d’un danseur de hip hop, ce sont les corps qui comptent. La place du corps du migrant dans les situations qu’il traverse et qui l’emportent.

Le récit d’un voyage de migration. Le récit en voix off, en première personne du voyage d’Agir, jeune kurde qui quitte la Syrie et qui aboutira en Suisse. Un voyage dont on connait bien les étapes, le passage des frontières. Ou plutôt les blocages aux frontières. La vie dans les camps, sous une tente, comme à Idomènie, lieu tristement célèbre par cette concentration de réfugiés qui attendent pour passer. Qui attendent un passeur. Pour passer « quoi qu’il en coûte », comme l’écrit Georges Didi-Huberman. Un récit sans emphase, récité presque toujours sur le même ton. Un récit dont on peut dire que bien des films nous l’ont déjà fait connaître. Mais ici, la présence des images d’animation et le rapport qu’il entretient plan par plan avec elles, lui donne une dramaturgie nouvelle.

Une dramaturgie qui s’inscrit de façon indélébile dans la mémoire de celui qui l’écoute, et qui le voit. Parce qu’il s’agit d’un film court. Où il n’y a rien de superflu. Où il n’y a rien à enlever. Mais rien à ajouter non plus. Le clin d’œil final – le retours pour une seconde de la vie « en live » – clôt la boucle du temps. Le passé est définitivement effacé de la mémoire du réfugié. Et il n’a pas d’avenir. La migration plonge l’histoire dans le néant.

R COMME REFUGIE AFGHAN

Begzor Begzar. Bijan Anquetil, France 59 minutes.

Un réfugié Afghan. Un parmi bien d’autres. Mais c’est lui que le cinéaste a rencontré. Maintenant ils se connaissent. Sobhan peut devenir le personnage central du film de Bijan Anquetil. Un film qui sera donc un portrait. Mais bien plus qu’un portrait.

Le film suit la vie de Sobhan pendant une durée s’étendant autour d’une année. Une vie d’errance puisque la demande d’asile déposée par Sobhan a été rejetée. Alors il est expulsé. Expulsé de France, mais il reviendra. A pied s’il le faut. Il ira en Autriche. En Italie. Mais pendant longtemps, son but, c’est l’Angleterre. Comme des centaines – ou des milliers – de réfugiés Afghans. Tous ceux qui se retrouvent à Calais dans l(attente d’une opportunité pour franchir la mer. Une attente longue. Et si la possibilité se présente de se cacher dans un camion, le voyage est des plus périlleux. Et incertain. Sobhan le réussira, une fois. Mais arrivé à Douvres, il sera expulsé d’Angleterre.

Le fil est constitué de longs entretiens entre Sobhan et le cinéaste qui parle Afghan. C’est d’abord bien sûr le récit des voyages de Sobhan. Depuis le trajet initial depuis l’Afghanistan, jusqu’aux déplacements en Europe dus au système d’expulsion. Sobhan a fait enregistrer ses empreintes digitales en Autriche. C’est là qu’il échouera. Et comme l’Italie ne lui déplait pas il tente de se faire enregistrer dans un commissariat. Un commissariat qui se révèlera introuvable au cours d’une nuit de recherche vaine. Comme si rien des projets quotidiens ne pouvait aboutir. Comme s’il devenait, au fil du temps, de plus en plus inutile de faire des projets.

Sobhan ne tombe pas pour autant dans la résignation. C’est vrai que le lien social tissé avec le cinéaste est visiblement une bouée de sauvetage pour lui. Anquetil le filme souvent en gros plan. Et l’on sent qu’il y a dans ce choix la volonté de nous le rendre sympathique et attachant. Leurs discutions ne tombent jamais dans le registre de la plainte. Ou de la colère. Et le cinéaste ne manifeste aucun apitoiement.

Le cinéma documentaire s’est beaucoup penché ces dernières années sur la situation des réfugiés, que ce soit dans la jungle de Calais, ou lors de leurs tentatives pour franchir des frontières que les Etats européens s’efforcent de rendre de plus en plus infranchissables. Le titre du livre de Georges Didi-Huberman consacré au film Les spectres hantent l’Europe de Maria Kourkouta et Niki Giannati , Passer quoi qu’il en coûte, est devenu le slogan de tout réfugié en Europe. Pourtant dans le film de Bijan Anquetil, il semble être hors de propos. Nulle attitude combative dans les errances et les voyages de Sobhan. Mais bien sûr ce n’est qu’une illusion. Car l’opiniâtreté qui est la sienne, quelle que soit sa situation, est tout le contraire du renoncement.

Le titre du film renvoie à une chanson Afghane que Sobhan évoque à la fin du film, « Laisse-moi et poursuit ton chemin ». Mais ce n’est pas vraiment une conclusion. L’errance de Sobhan n’a pas de fin. Et le film se termine uniquement parce qu’un jour il disparaît, sans prévenir le cinéaste, poursuivant son voyage sans la compagnie d’une caméra, sans le témoignage de la caméra. En dehors de l’œil un tant soit peu inquisiteur de la caméra.

Visions du réel 2020.