Le dilemme d’Hippocrate. Guillaume Estivie, France, 2025, 52 minutes.
La philosophie entre à l’hôpital. Au côté du personnel soignant. Au service des patients. Et c’est particulièrement utile. Utile et efficace.
Nous sommes à l’hôpital de Saint-Nazaire. Où nous suivons les séances du comité du Comité d’Ethique Clinique.
Alex Poukine, dans Sauve-Qui-peut (2024.) avait abordé le problème de la formation initiale et continue des médecins, une formation utilisant une technique théâtrale, des jeux de rôle où est analysée par le formateur et le groupe en formation la réponse qui peut être apportée par les soignants à une situation courante dans l’exercice du métier.
Ici, nous ne sommes pas explicitement dans la formation. Les participants ne sont pas des étudiants, en dehors d’une séance particulière à l’université. Il s’agit du personnel soignant dans son ensemble, des infirmiers et infirmières aux praticiens hospitaliers de plusieurs services de l’hôpital. Comment peuvent-ils réagir et agir face à des cas problématiques rencontrés dans l’exercice de leur métier ? Problématique, car les solutions – et il faut bien trouver une solution, apporter une réponse aux demandes précises des patients -ne vont pas toujours de soi. Plus précisément, les soignants sont, dans bien des cas, placés devant des dilemmes, des cas de consciences dans lesquelles les solutions habituelle, souvent, les réponses simplement techniques, sont insuffisantes. Et c’est là que la philosophie intervient.
Le Comité d’Ethique Clinique est piloté par un philosophe. Employé par l’hôpital sans être médecin. Ce n’est pas lui qui prendra les décisions nécessaires dans l’exercice concret de la médecine, mais il placera les problèmes rencontrés au niveau de l’éthique. C’est-à-dire cette réflexion qui met l’accent sur les valeurs. Comme le fait le fameux serment d’Hippocrate que prononce chaque médecin à la fin de la soutenance de sa thèse de médecine qui officialise la fin de sa formation médicale et lui permet d’exercer son métier. Les valeurs, solidarité sociale, empathie envers les tous les patients sont-elles aujourd’hui oubliées ou impossibles à prendre en compte dans la situation actuelle de l’hôpital public ? Ce que rappelle d’ailleurs clairement une soignante. Se réunir en groupe pluridisciplinaire sous la conduite d’un philosophe, prendre le temps de s’écouter les uns les autres apparaît alors comme une solution au malaise actuel. Et constituer une véritable formation continue indispensable à l’exercice de la médecine.
Un exemple, le cas de cette jeune fille anorexique. Elle a subi un vol dans son enfance et qui refuse de s’alimenter. Doit-on la nourrir de force grâce à une sonde ? Ce que bien sûr, elle refuse. Doit-on se contenter de la placer en soins palliatifs et de l’accompagner vers sa fin ? Elle a déjà tenté de se suicider. Mais refuser d’essayer de la sauver, est inacceptable pour bien des médecins. Aucune réponse ne va de soi. Surtout si elle est prise dans la précipitation. C’est la réflexion collective où il s’agit d’écouter les idées de chacun qui peut aider à élaborer une solution qui tiendra le plus possible compte de tous les aspects de la situation. Dans ce travail, la position du philosophe est indispensable, par son écoute attentive de chacun, par sa reformulation des propositions ne laissant rien de côté, par son exigence conceptuelle et morale
. La référence à Socrate, ou au doute cartésien, n’est pas vaine.
Fipadoc, Biarritz 2026.
