Itinéraire d’un film : L’Extraordinaire voyage de Mister Jack de Sarah Moon Howe

1. Vivre avec une personne comme Jack au quotidien, c’est faire l’expérience constante de l’altérité. C’est être baigné dans un flux de paroles qui n’ont parfois pas beaucoup de sens ; c’est entendre 200 fois la même phrase dans la journée, c’est répondre pour la centième fois à la même question, c’est accepter de vivre dans les stéréotypies, les intérêts restreints mais c’est aussi être déplacé dans un imaginaire poétique, surréaliste et terriblement humain. Mon fils, Jack, a 20 ans, je suis sa mère mais je suis aussi ce qu’on appelle maintenant son aidante au quotidien. C’est moi qui prépare les repas, qui fait couler le bain, qui le conduis à l’école spécialisée, chez les médecins… Cette vie là est tout à fait à part de la société. J’ai parfois l’impression de vivre en parallèle de la vie normale ou du rythme de la ville. Dans ce contexte, l’impression d’étouffer n’est pas très loin. C’est pour cela que le jour où Jack m’a proposé de rejoindre Paris en tandem pour y dormir au George V, j’y ai vu l’occasion de prendre une sortie de secours et de quitter ce jour sans fin. Ce voyage, nous allions le faire ! Et nous allions le filmer.

Parce que je fais des films, c’est mon métier et parce, connaissant un peu Jack, je savais que ce film pourrait toucher un grand public. En plus d’organiser le voyage, il a donc fallu préparer le matériel, engager un caméraman, embarquer des disques durs, un ordinateur. C’était une charge supplémentaire et à bien des moments j’ai voulu tout abandonner. Quand, au bout du quatrième jour, on nous a volé la caméra, j’y ai vu un signe : je devais tout arrêter. Mais comme l’envie d’en faire un film était plus forte, évidemment, j’ai continué et me suis débrouillée autrement.

2 Nous avons d’abord fait un premier voyage de trois semaines, sans filet de sécurité, sans équipe et avec peu de matériel. Nous travaillons en famille. Ma mère est ma productrice et ça facilite beaucoup les choses.

En revenant de ce voyage, la matière était là, on savait qu’on avait un film. On a donc remis des dossiers et obtenus des d’aides publiques de la Fédération Wallonie Bruxelles et la RTBF en Belgique et le CNC et Arte en France. Nous avons peaufiné le scénario et sommes partis explorer le monde intérieur de Jack que nous avons transformé en animation avec l’aide du berlinois Philipp Seefeldt. Nous avons réorganisé quelques petits tournages pour que la narration soit plus fluide et puis nous sommes rentrés en montage. Tout s’est passé facilement pour ce film, les choses se sont enchaînées assez rapidement. Entre le premier dossier et la fin du film, il s’est passé 3 ans.

3 Le film est sorti en janvier 2026, il a commencé sa vie au Fipadoc où il a gagné le prix Ina Madelen.

La première belge aura lieu dans le cadre du festival Millenium où il a été sélectionné comme film d’ouverture. En mai, il ira au festival Auboutdurêve à La Réunion, aussi comme film d’ouverture du festival.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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