Collapse. Anat Even, France, 2026, 78 minutes
Collapse = l’effondrement. Celui de l’État d’Israël ? Pour Gaza, c’est plutôt d’anéantissement qu’il faut parler.
Anat Even, cinéaste, revient le après le 7 octobre dans le kibboutz où elle a vécu. Un lieu de désolation. Que ressent elle ? Tout au long du film, elle essaiera d’exprimer ses sentiments en voix off. Une voix qui accompagne les images de Gaza vue depuis la frontière avec Israël, de l’autre côté de la frontière.
Du côté israélien, on ne voit de Gaza qu’un champ de ruines avec quelques fumées provoquées par des bombes qui explosent à intervalle plus ou moins régulier. Des explosions que l’on entend dans le film très distinctement. Des explosions qui provoquent ici, de ce côté-ci de la frontière, l’envol collectif des oiseaux, des oiseaux qui n’ont plus droit à la tranquillité ou au repos. Une façon de nous parler de la situation des humains sous les bombes. On ne verra pas de gazaouis de tout le film.

Le film d’Anat Even est une sorte d’errance le long de la frontière entre Israël et Gaza. Où va-t-on ? La cinéaste veut s’approcher le plus possible de Gaza. Mais bien sûr. Elle se heurte aux barbelés et aux militaires.
Des militaires dont on ne voit pas très bien à quoi ils sont occupés. Se préparent ils à un assaut, sont-ils là pour sécuriser la zone ? Des chars parcourent les lieux, soulevant des nuages de poussière. Que font-ils ? Difficiles de le comprendre.
Cette zone frontière est un lieu où des Israéliens peuvent se regrouper, exprimer leur position politique. Les uns critiquent la volonté de vengeance ; les autres revendiquent la terre de Gaza comme leur ayant toujours appartenu.
Anat Even entretien une correspondance avec Ariel Cypel, co-auteur du film, installé en France. Son éloignement permet-il d’appréhender plus sereinement la situation ? Pour Anat, si près de la frontière, ce n’est absolument pas possible d’espérer ressentir la moindre sérénité.
Reste-t-il encore un espoir de paix ? Si tenu peut-il être ? Le film est réalisé fin 2023. Le voir aujourd’hui ne laisse guère de doute sur la réponse qu’on peut apporter à cette question.
Une des dernières séquences du film nous montre la visite de Netanyahu d’un poste d’observation sur la frontière. Anat Even ne lui donne pas la parole. Lui suffit-il d’imaginer qu’il est indifférent à ce qu’il peut voir de l’autre côté de la frontière ?
