Marie Françoise Courel. La fille qui parle avec les étoiles. Fabienne Le Houérou. 2026, 35 minutes.
Le portrait d’une chercheuse, une géographe qui a passé sa vie en Mauritanie, « Espace de tous les possibles » Voyageant dans le désert avec une exigence scientifique mais sans jamais laisser de côté la poésie de ces espaces arides et des côtes rocheuses.
Un documentaire-portrait qui est bien sûr un hommage. Mais bien plus aussi. Marie-Françoise Courel est peu connue du grand public. Comme sa science, la géographie, dont on dit souvent que les Français sont particulièrement ignorants. Jusque dans les données les plus triviales, jusque dans sa version vulgarisée pour écoliers. Le documentaire a donc aussi pour objectif de briser cette ignorance. En rendant justice à l’œuvre d’une découvreuse et en mettant en avant sa vie et sa personne, son exigence méthodologique sans concession et son humanité exemplaire.
Tout ceci dans un moyen métrage de 35 minutes. Un film particulièrement concis, mais qui mobilise une précision qui en fait toute la force.

La cinéaste, qui est une chercheuse elle aussi, donne d’abord la parole à Marie Françoise, une rencontre entre pairs en quelque sorte, un dialogue d’égal à égal. Mais surtout un récit vécu, concret, compréhensible par tous. Le récit du premier voyage dans le désert, la découverte de la Mauritanie en compagnie d’un guide touareg, dont il n’existe que peu d’images et encore moins de paroles, mais qui est au centre de l’aventure que fut cette vie de recherche.
À ce filmage d’entretien frontal, donc assez traditionnel, s’ajoute des fragments d’interview avec des témoins de la vie et du travail de Courel. Une étudiante par exemple qui fit sa thèse sous sa direction et qui évoque tout ce qu’elle lui doit. Mais aussi des touaregs, dont le propre fils de celui qui fut le guide si important dans la carrière de Marie Françoise.
Mais le film ne se réduit pas à cette dimension qu’on peut dire classique. Il propose en effet un troisième registre de parole. Un texte désigné comme poétique et dit en voie-off par une actrice. Un texte qui ne vise pas alors à expliquer. Il ne propose plus de connaissance, mais il exprime quelque chose de plus profond, de plus secret. Façon d’approcher, autant que faire se peut, la part mystérieuse de toute vie.

Ce texte utilise souvent le je. Une première personne qui a charge de nous questionner, en nous mettant en position de recherche de réponses, même inaccessibles.
Les images qui sont alors mobilisées – des images magnifiques du désert en particulier – n’ont plus alors, de viser simplement illustratif. Elles sont indispensables. Parce qu’elles donnent au texte tout son sens, toute sa portée poétique, sans jamais avoir de dimensions touristiques. Parce que le texte avec lequel elles sont en relation nous place en face de la vérité du paysage. Et plus dans un rapport de séduction.
Ce texte n’est donc pas un commentaire comme on en entend trop souvent dans la majorité des documentaires, surtout à la télévision. Dans les documentaires animaliers par exemple. Un commentaire qui réduit le plus souvent l’image à un rôle secondaire d’illustration. Ici, le texte et l’image sont dans un rapport d’égalité, de complémentarité. Plutôt rare dans le cinéma mais indispensable à donner une portée véritablement cinématographique au documentaire.
