Danse et banlieue

Faire kiffer les anges. Jean-Pierre Thorn, 1996, 88 minutes.

Danse et banlieue, deux termes, une alliance, qui résume entièrement le film de Jean-Pierre Thorn.

La danse, c’est le hip hop, toutes les variétés de danse urbaine. Au moment du film, elles sortent des souterrains et autres lieux sombres. Le hip hop éclate au grand jour. Sur les scènes des villes. La grande halle de la Villette à Paris par exemple. Et les grandes manifestations comme les Premières Rencontres nationales de danses urbaines. Une consécration.

La banlieue, c’est celle de Paris bien sûr, les 4000 à la Courneuve et autres cités, mais aussi les Minguettes ou Vénissieux. Ils sont tous issus des banlieues. Ils y ont passé leur enfance. Ils essaient d’en partir. Mais ils y reviennent toujours. Ils font partie de cette jeunesse à qui les médias vont enfin s’intéresser le temps que durent les émeutes.

Quand ils en parlent – car le film leur donne enfin la parole – on est tout de suite en dehors des clichés médiatiques. Une parole sincère, authentique, sans langue de bois, sans formule toute faite. Ils parlent d’eux, de leur vie au pied des tours. Une vie où l’amitié est la valeur suprême.

Même pour ceux qui ont réussi, qui commencent à être connus, la vie dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos, n’a pas toujours été rose. Mais ils ne regrettent rien. Ils se tournent toujours vers l’avenir. Un avenir où la danse représente tous leurs espoirs.

La danse, c’est toute leur vie. Ils ne peuvent pas vivre sans danser. Filmés en marchant, ils esquissent tout de suite quelques pas de break. Et quand ils sont sur scènes, ils communiquent vraiment avec le public. Un public qu’on ne voit pas, mais qu’on entend. Le spectacle ne leur est pas extérieur. Ils en font véritablement partie.

Le film de Thorn, avec ses grands moments de danse filmés au plus près, a sans doute beaucoup contribué à mettre le hip hop en lumière et à le faire reconnaître comme un art véritable. Un combat qui prend place à côté de la défense des luttes ouvrières que Thorn a filmées à partir de son expérience personnelle. Des films pour donner à tous les exclus leur véritable noblesse.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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