La vie en relief. Denis Gaubert, France, 2026, 68 minutes
Une vie de luxe, de belles voitures, de jolies femmes, les premiers avions, les courses automobiles, le tennis, les courses de chevaux. La vie de la belle époque du côté de la bourgeoisie riche. Voilà résumée rapidement l’œuvre photographique de Jacques Henri Lartigue, telle que nous la connaissons généralement. Mais cela ne correspond pas vraiment au travail de Lartigue. Qui se passionne, très jeune, pour la photographie stéréoscopique. Au point d’accumuler durant toute sa vie, des milliers de vues prises avec un appareil spécial et qui devaient être vu avec un stéréoscope pour pouvoir alors reconstituer la vie vue en relief qui faisait l’essence même de ces clichés.
Aujourd’hui, les stéréoscopes ne sont trouvables que dans des brocantes et le relief a disparu des photos de Lartigue. Sauf que le cinéma peut se lancer dans l’aventure du relief. Avec des lunettes spéciales les photos projetées sur l’écran ne sont plus de simples surfaces planes et le cinéma, même de fiction peut alors entrer dans le monde de la troisième dimension.
Concernant Lartigue, c’est à Denis Gaubert que nous devons la possibilité de découvrir son œuvre sous sa forme originale, c’est-à-dire en 3D. Le relief nous offre alors des vues tout à fait originales, souvent stupéfiantes, comme cette cousine qui survole littéralement l’escalier qu’elle descend, ou ces joueuses de tennis poursuivant les balles dans les airs.
La Vie en relief est un film de photographie constitué uniquement des clichés de Lartigue visibles en relief, telles qu’elles ont été conçues à la prise de vue. Un travail immense, tout à fait indispensable, pour replacer Lartigue à sa vraie place dans l’histoire de la photographie.
Autre initiative bienvenue, le film lui-même est précédé d’un avant-propos, un court-métrage nommé Stéréodrome, 14 Min, en noir et blanc et en 3D stéréoscopique. Il retrace l’aventure du relief dans les images au dix-neuvième siècle. Le film décrit les grandes étapes de la vie de Lartigue, .sa volonté de devenir peintre et de vivre de ses tableaux, ce qui ne fut pas vraiment une réussite. Ses photos nous permettent plutôt de suivre la vie d’une famille riche – son père fit pourtant faillite à la fin de sa vie. Une Vie de luxe et de loisirs où n’apparaît aucun ouvrier, aucun travailleur. Une vie de loisirs où l’on se passionne pour les avions et les courses automobiles.
Un cinéaste comme Wim Wenders nous avait déjà donné l’occasion avec Pina (2010). consacré à la danse de Pina Bosch ou Anselme (2023) sur l’œuvre du peintre Anselme Kiefer d’apprécier le relief cinématographique. Souhaitons que ce film sur Lartigue incite plus de cinéastes à se tourner plus souvent vers cette pratique qui offre des émerveillements visuels insoupçonnés.
