T COMME TSUNAMI.

Brise-lames. Jérémy Perrin, Hélène Robert, France, 2019, 68 minutes.

Les lendemains de la catastrophe de 2011. Comment survivre ? Comment continuer à vivre ? Au milieu des décombres, mais surtout avec la douleur de la disparition de proches.  La douleur de l’absence. Comme cette mère qui a perdu son enfant dans son école. Une école, où il n’y a pas eu de survivant.

Les japonais ont réagi avec leurs habitudes, leurs manières d’être et de penser. Un mélange de pragmatisme inspiré par la confiance en la technique et dans l’industrie, et une bonne dose de spiritualité, voire de mysticisme. Un mysticisme pourtant bien éloigné de ce l’on entend par ce terme en Occident.

Le pragmatisme a poussé les industriels à entreprendre la construction d’énormes digues en béton, d’une hauteur impressionnante, au-dessus en tout cas de la hauteur atteinte par la vague de 2011. Une volonté, pas très raisonnable dans le fond, de vouloir se mettre à l’abri des dangers mais aussi et surtout de dompter la nature, montrer que l’homme est plus fort et pourra de plus en plus résister aux déchainements des éléments.

Le film multiplie les plans sur ces constructions qui bien sûr défigurent la côte et finissent par cacher la mer à la vue des riverains. Certains d’ailleurs s’en plaignent, mais semblent résignés. Il y aura d’autres tremblements de terre, d’autres vagues dévastatrices, d’autres catastrophes. Qu’il faudra bien affronter…

Pour la spiritualité, au-delà du deuil et de l’impossible oubli des chers disparus, le film met l’accent sur la relation des japonais avec la mort, ou plutôt avec le monde d’après la vie. Cette relation se concrétise par la reconnaissance de la présence des fantômes – ou des esprits – avec lesquels les vivants peuvent entrer en contact. Grâce à des images totalement oniriques – les profondeurs de la mer et les créatures qui l’habitent – les cinéastes réussissent à créer une atmosphère propice à l’évocation des histoires de fantômes.

Le film établit ainsi un contraste saisissant entre ces voix de l’au-delà et les explications des ingénieurs et autres techniciens sur la construction des digues. Il nous fait ainsi passer d’un monde à l’autre, sans transition visible, comme si la vie et la mort s’interpénétraient et ne pouvaient se penser l’une sans l’autre.

Reste la douleur du deuil. Comme cette scène où une femme fait en pleurant le récit du jour tragique où l’école de son enfant a été totalement détruite. Une plaie qui ne se refermera pas et contre laquelle la digue de béton n’a aucun pouvoir.

F COMME FOOTBALL.

This Means More. Nicolas Gourault, France, 2019, 22 min.

La folie du football. Ou plutôt la folie des supporters des clubs de Foot. En Angleterre par exemple. Un sport qui devient vite une sorte de drogue. Dont il est bien difficile de se passer pour les supporters. Et pourtant, cette foule en délire dans un stade, dans les tribunes d’un stade, est-elle en sécurité ? Surtout cette tribune, derrière les buts, où les supporters sont debout. Une tribune où les prix sont les plus bas, donc occupée par les ouvriers. La catastrophe n’était-elle pas inévitable.

La catastrophe, elle s’est produite en 1989 au  Hillsborough stadium à Sheffield, où 96 personnes trouvèrent la mort dans la tribune du stade lors de la rencontre entre le Liverpool FC et Nottingham Forest.

Quelles sont les causes de cette catastrophe ? Le film de Nicolas Gourault rappelle d’abord les faits, minutieusement. Puis recueille des témoignages de supporters de Liverpool qui l’on vécue. Et surtout propose une modélisation, en images de synthèse, de la tribune, de son occupation par les supporteurs  et des mouvements de foule qui s’y produisent. Une démonstration précise. Une explication limpide. La conclusion est catégorique. L’événement a changé la face du football. Définitivement. En imposant aux stades que toutes les places des tribunes soient des places assises, les prix ont augmenté et le public a changé. On ne reverra plus ces images de la foule de supporters  debout dans la tribune populaire derrière le but.  Une foule uniquement masculine et composée essentiellement de jeunes. Une foule qui chante en cœur des  chansons des Beatles. Des images en noir et blanc d’une autre époque.

Cinéma du réel 2020.

T COMME TCHERNOBYL

White horse, Maryann De Leo et Christophe Bisson, USA, 2007, 20 minutes

Maxime revient chez lui pour la première fois. Depuis bien longtemps. Depuis la catastrophe. Chez lui, c’est un appartement dans un immeuble situé à 3 kilomètres de Tchernobyl, un immeuble abandonné depuis le 26 avril 1986. Maxime retrouve sa chambre. Il n’y a plus de lit. Dans les autres pièces, plus rien, ou presque. Pourtant quand ils sont partis, lui et sa famille, il ne leur a pas été permis d’emporter quoi que ce soit. Il ne reste que les barres d’exercice accrochées au mur que les pilleurs n’ont pas pu emporter. Il retrouve quand même sa balle préférée, celle qu’il préférait lorsqu’il était enfant. Et au mur de sa chambre, le poster, presque intact, la photo du cheval blanc dont la tête s’avance au-dessus de la petite porte en bois de son enclos.

Le film commence dans la banlieue de Kiev, dans la voiture qui conduit Maxime au plus près de la centrale. Le véhicule franchira deux barrages, une simple barrière en fait soulevée à la main par un garde. Le paysage est enneigé. Il faut montrer patte blanche pour s’approcher du centre de la catastrophe, ce réacteur bien connu mais qu’ici on ne verra pas.

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Le film de Maryann De Leo et Christophe Bisson est un pèlerinage. Bref, émouvant, inutile sans doute. Après avoir beaucoup tourné dans les pièces vides, Maxime demande aux cinéastes de lui accorder quelques minutes sans filmer, pour rester seul, dans ce qui fut son foyer, un lieu de vie qui est devenu un lieu de mort. Tout au long du film, il exprimera à voix haute ses pensées, ses sentiments. Un monologue lent, sans grande phrase. Le signe de l’impuissance. Mais il n’y a pas de désespoir dans  sa voix. Comme bien des victimes de la catastrophe, il est résigné puisqu’il a survécu. L’obligation de partir ne soulève plus aujourd’hui de révolte. S’il n’y avait pas ce film, ces cinéastes, peut-être ne serait-il jamais revenu dans son appartement.

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Après s’être recueilli devant l’immeuble où il  a passé sa jeunesse, Maxime remontera dans la voiture et fera le chemin du retour. Reviendra-t-il un jour «chez lui » ?

Un film qui dénonce bien plus fortement le nucléaire que bien de longs discours.

Ce film est visible sur le site de Triptyque film http://triptyquefilms.chez.com/christophe_bisson.html