F COMME FOOTBALL.

This Means More. Nicolas Gourault, France, 2019, 22 min.

La folie du football. Ou plutôt la folie des supporters des clubs de Foot. En Angleterre par exemple. Un sport qui devient vite une sorte de drogue. Dont il est bien difficile de se passer pour les supporters. Et pourtant, cette foule en délire dans un stade, dans les tribunes d’un stade, est-elle en sécurité ? Surtout cette tribune, derrière les buts, où les supporters sont debout. Une tribune où les prix sont les plus bas, donc occupée par les ouvriers. La catastrophe n’était-elle pas inévitable.

La catastrophe, elle s’est produite en 1989 au  Hillsborough stadium à Sheffield, où 96 personnes trouvèrent la mort dans la tribune du stade lors de la rencontre entre le Liverpool FC et Nottingham Forest.

Quelles sont les causes de cette catastrophe ? Le film de Nicolas Gourault rappelle d’abord les faits, minutieusement. Puis recueille des témoignages de supporters de Liverpool qui l’on vécue. Et surtout propose une modélisation, en images de synthèse, de la tribune, de son occupation par les supporteurs  et des mouvements de foule qui s’y produisent. Une démonstration précise. Une explication limpide. La conclusion est catégorique. L’événement a changé la face du football. Définitivement. En imposant aux stades que toutes les places des tribunes soient des places assises, les prix ont augmenté et le public a changé. On ne reverra plus ces images de la foule de supporters  debout dans la tribune populaire derrière le but.  Une foule uniquement masculine et composée essentiellement de jeunes. Une foule qui chante en cœur des  chansons des Beatles. Des images en noir et blanc d’une autre époque.

Cinéma du réel 2020.

E COMME ENTRETIEN – Sheerazad Chekaik-Chaila et Antoine Schirer


A propos de la websérie DANS TON TEL


Sheerazad Chekaik-Chaika : A travers DTT, nous explorons les téléphones portables de huit adolescents qui nous plongent dans leurs usages les plus intimes. Surprenant et ludique, les deux écrans permettent à la fois une rencontre avec un jeune homme ou une jeune femme et une réelle découverte des usages
numériques actuels.


Comment est né l’idée de Dans ton tel


S. C-C. : J’ai l’habitude de rencontrer des collégiens et des lycéens pour discuter de mon métier de journaliste. Souvent, ces échanges me nourrissent car ils me permettent de rester en prise avec les préoccupations des plus jeunes et de questionner ma propre manière de m’informer ou
d’apprendre avec les nouvelles technologies en découvrant leurs habitudes. Bien sûr, il existe des addictions liées à cet objet, des risques d’enfermement numérique ou des dérives type cyberharcèlement ou même un accès facilité à des contenus inadaptés. Mais la plupart du temps, ces échanges dépassent de nombreuses idées reçues, y compris sur la place du divertissement, de
la désinformation ou des contenus complotistes qui circuleraient dans les téléphones portables des adolescents.

Antoine Schirer : Fin 2017, Sheerazad me parle de son travail d’éducation aux médias dans les lycées/collèges. Les histoires qu’elle me raconte viennent questionner mes pratiques professionnelles – je travaille alors au service vidéo du ​Monde.fr. ​Nous sentons assez vite l’envie de raconter ces histoires, et nous commençons à travailler, au départ dans l’idée de tourner un documentaire linéaire. Nous décidons de suivre et documenter, en immersion, un atelier autour de la thématique (8 séances de 2 heures). En mars 2018, nous commençons un tournage, en auto-production, avec une classe de 1ère de Roubaix.
En parallèle, nous rencontrons Alexandre Brachet, producteur et fondateur d’​Upian​, et c’est au fil de nos échanges avec lui que le projet va évoluer vers le format qui sera celui de ​Dans ton tel​.
Durant l’été 2018, l’Atelier de l’Audiovisuel Public lance un appel à projet intitulé “Ma vie sur les réseaux”. Nous avons eu la chance d’être sélectionnés, et le projet a ainsi pu voir le jour.


Comment avez-vous choisi les jeunes qui figurent dans chaque épisode

S. C-C. : Les huit adolescents qui participent au programme ont été rencontrés dans des lieux différents : dans des classes ou établissements scolaires où j’ai l’habitude d’intervenir, dans des lieux culturels, et même dans un centre commercial parisien…


Comment s’est déroulée la réalisation?


S. C-C. : Nous avons tourné de longs entretiens d’environ trois heures en studio. Pour chaque entretien, nous avons enregistré en temps réel l’activité au sein du téléphone portable. Les échanges dépassaient le cadre de la simple interview. Avec chacun.e, nous avons tâché d’instaurer un dialogue dans lequel il nous arrivait aussi de partager avec eux nos propres pratiques, nos expériences, nos surprises, nos remarques…


 A.S. : Il y a eu ensuite un long travail de montage et de post-production, sur environ 2 mois. Une des particularités de ce programme est donc ce “split-screen” (personne à gauche, téléphone à droite). Les captures d’écrans enregistrées lors des entretiens n’étaient souvent pas diffusables tel quel et il y a eu travail minutieux de remontage, d’animation, afin d’assurer une narration fluide et efficace.


Avez-vous des informations sur l’audience de la série ?

S. C-C. : Pas précisément à ce stade. C’est d’autant plus difficile de le mesurer car la web-série est multi-diffusé sur plusieurs plateformes de médias en ligne.


Dans ton tel n’a que 8 épisodes. D’autres sont-ils prévus ?


S. C-C. : On aimerait beaucoup, en explorant d’autres pistes de sujets, d’autres générations ou même d’autres pays…


Quel intérêt présente pour vous le format websérie ?


S. C-C. : C’est un format efficace, court et percutant qui nous oblige à trouver une écriture juste et précise.


N’êtes-vous pas tenté de réaliser un film documentaire sur ce sujet ?


S. C-C. : Pourquoi pas ! Un ami vient de terminer un film qui se rapproche de notre sujet. Pendant trois mois, il a filmé une classe média à Tourcoing. ça s’appelle “Regarde-nous” ! A voir !

Quels sont vos projets actuels ?

S. C-C. : Pour ma part, j’espère refaire rapidement du documentaire. En attendant, j’écris toujours des articles pour Libération, AEF et Mediacités. Je continue aussi à mener différents projets avec des ados, ça me donne beaucoup d’énergie !


A.S. : Je réalise des vidéos pour des médias en ligne (Le Monde, Mediapart…), souvent à la frontière entre le journalisme et le documentaire. Je viens aussi d’entamer une collaboration avec ​Forensic Architecture​, une équipe de l’Université de Londres qui recherche des méthodes d’investigation innovantes.