L COMME LITTERATURE -Filmographie.

La fiction « utilise » la littérature, les romans pour ses adaptations (certaines ne sont-elles pas des trahisons ?) les écrivains pour ses biopics, qui reposent plus sur le jeu de l’acteur que sur la personnalité du modèle. Bref si la fiction cinématographique entretient souvent des rapports honnêtes avec la littérature, c’est presque toujours avec quelques arrières pensées, commerciales en particulier.

Par contre, le documentaire joue plutôt la carte de l’authenticité et bien souvent celle de la modestie. Les portraits qu’il propose ne cherche jamais la survalorisation de son personnage. Sans fard, sans fausse pudeur, sans chercher à masquer les zones d’ombre et encore moins les étapes de vies qui ne sont pas toujours toutes glorieuses. Et s’il ne s’agit pas de dégager LA vérité d’une œuvre bien des films en proposent une vision personnelle visant à instaurer un dialogue avec celle que tout lecteur peut avoir.

Pourtant le documentaire sait aussi utiliser des formes fictionnelles qui se révèlent souvent particulièrement adaptées pour mettre en évidence la face cachée de ces êtres si complexes que sont écrivaines et écrivains.

Au fond que littérature et cinéma fassent bon ménage ne peut qu’être bénéfique au développement de l’un comme de l’autre. Les lecteurs et les spectateurs – qui sont souvent une seule et même personne – ont tout à y gagner.

Voici une sélection de films documentaires, bien incomplète sans doute, où domine la littérature du vingtième siècle.

Albert Camus, une tragédie du bonheur, Joël Calmettes

Albertine Sarrazin, les routes de la liberté, Sandrine Dumarais

Annie Ernaux Timothy Miller

Aragon, le roman de Matisse. Richard Dindo

Armand Gatti, Stéphane Gatti

Arthur Rimbaud, une biographie. Richard Dindo

Béatrice Beck, Gérard Mordillat

Blaise Cendrars, 1887-1961, Claude-Pierre Chavanon

Blaise Cendrars, comme un roman. Jean-Michel Meurice

Camus, Sartre : une amitié déchirée, Joël Calmettes

Carlos Fuentes, un voyage dans le temps, Valeria Sarmiento

Cocteau et compagnie, Jean-Paul Fargier

Les Mots comme des pierres – Annie Ernaux écrivain, Michelle Porte

Edouard Glissant, Jean-Noël Cristiani

Les Enfants d’Hampâté Bâ, Emmanuelle Villard

En revoyant « Lire c’est vivre », Robert Bober

La Femme aux 5 éléphants, Vadim Jendreyko

Fragments sur la grâce. Vincent Dieutre

Françoise Sagan, Michelle Porte

Genet à Chatila. Richard Dindo

Georges Orwell 1903 1950, Christophe Muel

Georges (…) Perec, propos amicaux autour d’Espèces d’espaces, Bernard Queysanne

Guyotat en travail, Jacques Kébadian

Henry Bauchau, écrivain par espérance, Elisabeth Kapnist

Howard Phillips Lovecraft, toute marche mystérieuse vers un destin, Pierre Trividic, Patrick-Mario Bernard

Is dead, portrait incomplet de Gertude Stein, Arnaud Des Pallières

Italo Calvino 1923 1985, Edgardo Cozarinsky

Jean Cayrol, Lazare parmi nous, Jacques Loiseleux

Jean Genet, un captif amoureux. Parcours d’un poète combattant, Michelle Collery

Jean Genet l’écrivain, Michel Demoulin

Jean Genet le vagabond 1910 1943, Michel Demoulin

Jean Starobinski, l’interprète et l’écrivain, Thierry Thomas

Jean-Claude Carrière l’enchanteur, Danielle Jaeggy

Julia Kristeva, étrange étrangère, François Caillat

Julien Gracq, la chanson du guetteur, Michel Mitrani

Kateb Yacine, Kamal Dehane

La langue ne ment pas, Stan Neumann

Le Libraire de Belfast, Alessandra Celesia

Les lieux de Margueritte Duras, Michelle Porte

Les lieux de Virgina Woolf, Michelle Porte

Lire et traduire Georges Perec, Bernard Queysanne

Louis-René Des Forêts, Benoît Jacquot

Lucebert temps et adieu. Johan van der Keuken

Luis Sépulveda, l’écrivain du bout du monde, Sylvie Deleule

Maniquerville. Pierre Creton

Max Jacob, Rolland Allard

Michel Butor mobile, Pierre Coulibeuf

Les mots comme des pierres – Annie Ernaux écrivain, Michelle Porte

Le Mythe Kafka, Karel Prokop

Nous, Princesses de Clèves. Régis Sauder 

Philippe Jaccottet, François Barat

Les poètes sont encore vivants, Xavier Gayan

Qui était Kafka ? Richard Dindo

Rainer Maria Rilke, Stan Neumann

René Char, nom de code Alexandre, Jérôme Prieur

Romain Gary, le roman du double. Philippe Kohly

Le Roman de la colère. Priscilla Pizzato

Sartre par lui-même, Alexandre Astruc, Michel Contat

Sartre vingt : ans d’absence ? Guy Seligmann

Stefan Zweig 1881 1942, Edgardo Cozarinsky

Traduire, Nurith Aviv

La véritable histoire d’Artaud le Mômo, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur

Vivre avec Camus, Joël Calmettes

E COMME EDITION

Editeur, Paul Otchakovsky-Laurens, 2017, 1h 23

 Le nouveau film, le second, de Paul Otchakovsky-Laurens s’ouvre sur l’évocation du premier, Sablé sur Sarthe, Sarthe, un film en première personne où il évoquait son enfance et son adolescence passées dans cette petite ville de province. Un film dont il dit aujourd’hui clairement qu’il avait pour but de briser la chape de silence qui s’était abattue sur un des événements clé de sa jeunesse, une séduction dont il a été victime.

Depuis ce premier film, tourné il y a 10 ans, Paul Otchakovsky-Laurens avait sans doute bien envie de revenir au cinéma. S’il ne l’a pas fait c’est peut-être que ses activités d’éditeur étaient trop prenantes. S’il le fait après ces 10 années de silence cinématographique, c’est pour évoquer son métier, éditeur, la passion de toute une vie, les livres, mais aussi et surtout les auteurs, ceux qu’il a fait connaître comme ceux dont il a refusé les œuvres.

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Editeur est donc une autobiographie professionnelle. Pourquoi et comment celui qui est arrivé à Paris à 18 ans est-il devenu éditeur ? Dans ce regard rétrospectif il décrit sa découverte du monde de l’édition, raconte les différents emplois qu’il a occupés chez les éditeurs parisiens avant de fonder sa propre maison. Il évoque ceux qui lui ont en quelque sorte appris le métier, comme Pierre Dumayet. Et surtout les premiers auteurs qu’il a publiés. Peu à peu sa maison grandit, jusqu’à devenir une véritable institution.

Comme le film de la jeunesse, Editeur est un récit en première personne, en voix off, où l’on retrouve la même tonalité, calme, sereine, un véritable écrit littéraire. Paul Otchakovsky-Laurens se filme souvent seul devant la caméra sur fond neutre, ou accompagné de la « poupée » que nous avions découverte lorsqu’il évoquait les moments les plus douloureux de sa jeunesse à Sablé.

Pour donner un peu plus de rythme à ce film souvent très lent, l’éditeur-cinéaste réalise des séquences fictionnelles, imaginant un auteur qui, manuscrit sous le bras, se rend chez les différents éditeurs parisiens. Il trouve toujours porte close. De toute façon beaucoup ont déménagé et il n’a pas les nouvelles adresses. Il finit par atterrir chez P.O.L. où il peut déposer son manuscrit, qui sera lu et refusé. L’occasion dans le film de nous faire entendre, par la voix intérieure de cet auteur, la lettre de refus qu’il a reçue, une lettre longue, détaillée qui surtout veille à ne pas blesser l’écrivain en herbe.

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Dans une autre séquence, Paul Otchakovsky-Laurens met en scène un procès, une parodie de procès plutôt, dans une séquence muette et en noir et blanc – plus noir que blanc d’ailleurs. Un véritable hommage au cinéma d’autrefois. Le procès réel, épisode notable de sa carrière professionnelle, l’avait opposé à Jean-Marie Le Pen, personnage ici tournée en dérision.

A la fin de son premier film Paul Otchakovsky-Laurens annonçait qu’il ne reviendrait plus à Sablé. Promesse non tenue. Son deuxième – et dernier- film se termine par un plan de la petite ville filmée comme celui qui ouvre Editeur, mais de façon inversée. La boucle est bouclée.

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