E COMME EDITION

Editeur, Paul Otchakovsky-Laurens, 2017, 1h 23

 Le nouveau film, le second, de Paul Otchakovsky-Laurens s’ouvre sur l’évocation du premier, Sablé sur Sarthe, Sarthe, un film en première personne où il évoquait son enfance et son adolescence passées dans cette petite ville de province. Un film dont il dit aujourd’hui clairement qu’il avait pour but de briser la chape de silence qui s’était abattue sur un des événements clé de sa jeunesse, une séduction dont il a été victime.

Depuis ce premier film, tourné il y a 10 ans, Paul Otchakovsky-Laurens avait sans doute bien envie de revenir au cinéma. S’il ne l’a pas fait c’est peut-être que ses activités d’éditeur étaient trop prenantes. S’il le fait après ces 10 années de silence cinématographique, c’est pour évoquer son métier, éditeur, la passion de toute une vie, les livres, mais aussi et surtout les auteurs, ceux qu’il a fait connaître comme ceux dont il a refusé les œuvres.

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Editeur est donc une autobiographie professionnelle. Pourquoi et comment celui qui est arrivé à Paris à 18 ans est-il devenu éditeur ? Dans ce regard rétrospectif il décrit sa découverte du monde de l’édition, raconte les différents emplois qu’il a occupés chez les éditeurs parisiens avant de fonder sa propre maison. Il évoque ceux qui lui ont en quelque sorte appris le métier, comme Pierre Dumayet. Et surtout les premiers auteurs qu’il a publiés. Peu à peu sa maison grandit, jusqu’à devenir une véritable institution.

Comme le film de la jeunesse, Editeur est un récit en première personne, en voix off, où l’on retrouve la même tonalité, calme, sereine, un véritable écrit littéraire. Paul Otchakovsky-Laurens se filme souvent seul devant la caméra sur fond neutre, ou accompagné de la « poupée » que nous avions découverte lorsqu’il évoquait les moments les plus douloureux de sa jeunesse à Sablé.

Pour donner un peu plus de rythme à ce film souvent très lent, l’éditeur-cinéaste réalise des séquences fictionnelles, imaginant un auteur qui, manuscrit sous le bras, se rend chez les différents éditeurs parisiens. Il trouve toujours porte close. De toute façon beaucoup ont déménagé et il n’a pas les nouvelles adresses. Il finit par atterrir chez P.O.L. où il peut déposer son manuscrit, qui sera lu et refusé. L’occasion dans le film de nous faire entendre, par la voix intérieure de cet auteur, la lettre de refus qu’il a reçue, une lettre longue, détaillée qui surtout veille à ne pas blesser l’écrivain en herbe.

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Dans une autre séquence, Paul Otchakovsky-Laurens met en scène un procès, une parodie de procès plutôt, dans une séquence muette et en noir et blanc – plus noir que blanc d’ailleurs. Un véritable hommage au cinéma d’autrefois. Le procès réel, épisode notable de sa carrière professionnelle, l’avait opposé à Jean-Marie Le Pen, personnage ici tournée en dérision.

A la fin de son premier film Paul Otchakovsky-Laurens annonçait qu’il ne reviendrait plus à Sablé. Promesse non tenue. Son deuxième – et dernier- film se termine par un plan de la petite ville filmée comme celui qui ouvre Editeur, mais de façon inversée. La boucle est bouclée.

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Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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