M COMME MASCULINISME

La Domination masculine, Patric Jean, France, 2009, 103 minutes.

Qu’en est-il de l’égalité homme-femme ? De l’égalité réelle, vécue au quotidien, et non simplement de celles que proclament des textes ou des discours officiels ?

Le film de Patric Jean est d’abord une dénonciation, partant d’un questionnement des préjugés contemporains entretenus par le pouvoir masculin et qui perdurent malgré les avancés des combats féministes des années 60-70. Les arguments justifiant le patriarcat retrouveraient même une nouvelle audience. Au terme d’une enquête fouillée, il apparaît en effet clairement que les hommes ne sont pas prêts de céder du terrain, de renoncer à leurs positions dominantes. Alors, l’égalité homme-femme ne serait-elle qu’une illusion ?

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Le film utilise tous les registres disponibles pour convaincre, mais aussi pour susciter les réactions du spectateur, de l’humour à la tragédie, du ridicule au fondamentalement inacceptable. Le ridicule, c’est dès la première séquence, ces hommes qui se font opérer dans une clinique spécialisée pour « rallonger » de quelques centimètres leur pénis. Tout juste réveillés, ils se sentent mieux dans leur peau ! L’inacceptable, c’est l’évocation en fin de film de la tuerie de l’Ecole Polytechnique, en 1969 au Québec, où un étudiant tua froidement 14 étudiantes uniquement parce qu’elles étaient des femmes. Des femmes qui allaient devenir ingénieurs ! La dénonciation du féminisme devient un véritable cheval de bataille des « masculinistes », qui, au Québec, n’ont pas l’air d’être simplement des nostalgiques du bon vieux temps. Invité à présenter son film à Montréal, Patric Jean reçu des menaces de morts s’il mettait les pieds dans la Belle Province.

Entre ces deux séquences le film parcourt, dans une volonté d’exhaustivité un peu factice, les grands thèmes de l’opposition homme-femme. Il fournit rapidement les chiffres montrant qu’à travail égal les femmes sont toujours moins payées que les hommes. Dans le système scolaire, les filles réussissent mieux que les garçons, mais elles sont moins nombreuses dans les filières dites d’excellence, notamment scientifiques, dans les grandes écoles. Il est facile de montrer qu’elles sont « conditionnées » dès leur plus jeune âge à adopter une posture plus passive dans la société. La visite d’un magasin de jouets est fort éloquente concernant les représentations sociales, avec ses rayons bien séparés. La majorité des petites filles jouent à la Barbie ou à la dinette, ce que bien des parents s’efforceront d’interdire à leurs garçons. Les séquences de rencontres donnent aussi des éléments pour saisir la complexité du problème. Dans un speed dating, des femmes à la recherche du prince charmant n’hésitent pas à affirmer leur désir d’être dominées. Traitant de la violence conjugale, Jean rencontre un homme faisant son mea culpa et faisant de son mieux pour ne pas retomber dans sa violence passée. Mais le plus terrifiant reste cette séquence où le cinéaste rencontre, sous une fausse identité, des « masculinistes » québécois. L’un d’eux affirme simplement que le féminisme est « un crime comme l’humanité ». Le film de Jean est sorti en 2009. On peut craindre que ce type de position ait, depuis, encore gagné du terrain.

Le film est souvent agressif vis-à-vis de ses adversaires. Quelques extraits de déclarations bien choisies peuvent faire mouche. Léo Ferré ou Eric Zemmour, en particulier, en ont fait les frais. En riposte, ce dernier essaya sans succès de faire suspendre la diffusion du film. Il n’est guère étonnant que ces méthodes suscitent la polémique. Après tout, il n’est pas si courant qu’un homme adopte si franchement la cause des femmes.