F COMME FEMMES – Filmographie.

Des films qui traitent des femmes, de la vie des femmes, des activités des femmes (familiales ou professionnelles), des problèmes de femmes. Qu’ils soient réalisés par des femmes ou des hommes. Des films où le plus souvent elles resplendissent à l’écran. Même si parfois nous partageons leur douleur, leurs souffrances mais aussi leurs espoirs et leurs amours. Des portraits, des rencontres souvent inoubliables. Des films qui toujours découvrent une face cachée et pénètrent dans une intimité. Des ouvrières, des mères de familles, des artistes, des écrivaines, des résistantes, des victimes des hommes aussi.

Beaucoup de ces films sont militants, ou du moins engagés. Ils défendent une cause, cette cause appelée la Cause des femmes. Ils revendiquent l’égalité bien sûr. Et le respect des droits fondamentaux, qui dans de nombreux pays encore ne sont pas respectés. Faire un film sur une femme, sur les femmes, c’est forcément faire acte de féminisme. Mais c’est aussi plus simplement, tout simplement, proposer un témoignage, un regard sympathisant ou de connivence.

Photo de couverture : Mimi de Claire Simon.

 

 Sélection. Dans le domaine du documentaire, évidemment.

24 portraits (1987 – 1991) d’Alain cavalier

A la recheche de Vivian Maier (2014) de John Maloof et Charlie Siskel

Alma, une enfant de la violence (2013) de Miquel Dewever-Plana et Isabelle Fougère.

Amal (2017) de Mohamed Siam

Anna Halprin et Rodin, voyage vers la sensualité  Ruedi Gerber

Annie Leibovitz : life through a lens (2007) de Barbara Leibovitz

Assassinat d’une modiste (2005) de Catherine Bernstein

Bambi (2013) de Sébastien Lifshitz

Belinda (2016) de Marie Dumora

Belle de nuit. Grisélidis Real. Autoportraits (2017) de Marie-Eve de Grave

Charlotte, “vie ou théâtre?” (1992) de Richard Dindo

Chavela Vargas (2017) de Catherine Gund et Daresha Kyi

Dans la chambre de Wanda (2001) de Pedro Costa

De guerre lasses (2003) de Laurent Bécue-Renard

La Dentelle du signe (2008) de Isabelle Singer

Djamilia (2018) Aminatou Echard

Dil Leyla (2016) de Asli Özarslan

La Domination masculine (2009) de Patric Jean

Elle s’appelle Alice Guy (2016) de Emmanuelle Gaume

Elle s’appelle Sabine (2007) de Sandrine Bonnaire

En bataille, portrait d’une directrice de prison (2016) de Eve Duchemin

L’enfant (2010) de Yonathan Lévy

L’Espionne au tableau (2015) de Brigitte Chevet

Femmes d’Islam (1994) de Yamina Benguigui

La femme aux 5 éléphants (2009) de Vadim Jendreyko

Femmes-Machines (1996) Marie-Anne Thunissen

Fengming. Chronique d’une femme chinoise  (2007) de Wang Bing

Des figues en avril (2018) Nadir Dendoune

Les Filles du feu (2018) de Stéphane Breton

Florence Delay, comme un portrait (2004) Abraham Ségal

Free Angela Davis and all political prisoners (2011) de Shola Lynch

Galères de femmes (1993) de Jean-Michel Carré

Game girls (2018) d’Alina Skrzeszewska

Genpin (2010) de Naomie Kawase

Gertrude Stein 1874-1946 (1999) de Arnaud Des Pallières

Hannah Arendt, la jeune fille étrangère (1997) Alain Ferrari

Hélène Berr, une jeune fille dans Paris occupé (2013) de Jérôme Prieur

Histoires d’A (1973) de Charles Belmont et Maruette Issartel

Histoire d’un secret (2003) de Mariana Otero

L’homme qui répare les femmes (2015) de Henri Michel

Les îles se rejoignent sous la mer (2009) de Litsa Boudalika

Irène (2009) d’Alain Cavalier

Janis, little girl blue (2015) de Ami Berg

Je ne me souviens de rien (2017) de Diane Sara Bouzgarrou

Je vois rouge (2017) Bojina Panayotova

Julia Kristeva, étrange étrangère (2006) François Caillat

Kelly (2013) de Stéphanie Régnier

Madame Saîdi (2016) de Bijan Anquetil

Maman Colonelle (2017) de Dieudo Hamadi

Marina Abramovi, the artist is present (2012) de Matthew Akers

Mères filles, pour la vie (2005)de Paule Zajdermann

Mimi (2002) de Claire Simon

Mirror of the bride (2013) de Yuki Kawamura

La Mort du Dieu Serpent (2014) Damien Froidevaux

Muriel Leferle (1998) de Raymond Depardon

Le Mystère Koumiko (1965) de Chris Marker

Ne change rien (2009) de Pedro Costa

No movie home (2015) de Chantal Akerman

On a grèvé (2013) de Denis Gheerbrant

Ouaga girls (2017) de Thérésa Traore Dahlberg

Le Papier ne peut pas envelopper la braise (2007) de Rithy Panh

Pauline s’arrache (2015) d’Emilie Brisavoine

Peggy Guggenheim, la collectionneuse (2017) de Lisa Immordino Vreeland

Pina (2011) de Wim Wenders

Les Plages d’Agnès (2008) d’Agnès Varda

Le Procès du viol (2013) de Cédric Condon

Les Quatres soeurs (2017) Claude Lanzman

Quel que soit le songe (2012) Anne Imbert

Regarde elle a les yeux grand ouvert (1980) de Yann Le Masson

Reprise (1996) de Hervé Le Roux

Rêves d’ouvrières (2006) Phuong Thao Tran

Les Roses noires (2012) de Hélène Milano

Les Sénégalaises et la Sénégauloise (2007) de Alice Diop

Sœurs (2009) Katharine Dominice

Sonita (2016) de Rokhsareh Ghaem Moghami

La vie Balagan de Marceline Loridan-Ivens (2018) de Yves Jeuland

La Vie sombre trois fois, se relève sept, et neuf fois flotte à la dérive (2009) de Xuan-Lan Guyot

Vous êtes servis (2010) de Jorge León Sáenz

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Belinda de Marie Dumora

P COMME PHILOSOPHIE -Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir, une femme actuelle, Dominique Gros, France, 2007, 60 minutes

Est-il possible de faire de la philosophie au cinéma ? C’est-à-dire, non pas de faire un film qui aurait une teneur ou une portée philosophique, comme certaines fictions pourraient le prétendre, mais un film qui soit de la philosophie, fait par un philosophe bien sûr, faisant partie intégrante de sa pensée et de son œuvre.

            L’entreprise semble a priori bien improbable. D’autant plus qu’elle implique, en toute rigueur, que le philosophe soit aussi cinéaste ! Pourtant, les philosophes, contemporains surtout, sont bien présent au cinéma, dans des films documentaires dont la diversité est de plus en plus grande.

La solution plus courante, parce que la plus facile à mettre en œuvre, est le film-portrait, avec le recours aux archives, en particulier les émissions de télévision, et l’utilisation d’interviews, originales si possible, qui deviennent le cœur de tout projet. Il vise, en effet, à donner la parole à un penseur, à lui permettre de présenter ses thèses, de développer ses idées, souvent de faire le point sur les questions qu’il a auparavant abordées. Ces films portent presque exclusivement sur des penseurs connus et reconnus, la célébrité, ici comme ailleurs, devenant la garantie du succès auprès du public. Serait-il donc si difficile de sortir des sentiers battus et de se lancer dans l’aventure de la découverte, tout autant philosophique que cinématographique ?

            Les principaux penseurs du XX° siècle, de Sartre à Ricœur en passant par Aron, Morin ou Lévi-Strauss, se sont livrés à l’exercice de la série d’interviews devant la caméra, ou ont fait l’objet d’un film portrait « la vie et l’œuvre de… »

            Le film que Dominique Gros consacre à Simone de Beauvoir, Simone de Beauvoir, une femme actuelle, est un bon exemple de ce classicisme. Conçu initialement pour la télévision et effectivement diffusé sur Arte, son édition en DVD en fait en quelque sorte un film à part entière, même s’il n’a jamais été diffusé en salle. Mais ses caractéristiques, sa construction, les éléments constitutifs de la bande image et de la bande son en font une œuvre finalement bien différente parce que mûrement pensée, de la grande majorité des émissions que la télévision peut parfois consacrer à la philosophie.

Le film est construit sur le modèle chronologique, en isolant les étapes marquantes de la vie de l’écrivaine. D’où un premier défi que doit relever un tel projet, être à la fois exhaustif et en même temps s’arrêter sur les moments forts de cette histoire. Le niveau visuel joue lui sur la bipolarité, alternant les images fixes (photos) et les images animées d’une part et d’autre part les images actuelles au moment de la réalisation et les images tirées d’archives. Quant à la bande son, elle est également composite, usant successivement d’accompagnement musicaux, de bruit d’ambiance, mais aussi en voix off d’extraits d’œuvres, romans ou mémoires.

Les images d’archives utilisées, qui constituent la substance même d’un tel film, doivent répondre à deux exigences qui peuvent paraître opposées, même si en fait elles se révèlent complémentaires : les images connues sont indispensables, mais en même temps le film doit aussi présenter une certaine originalité, faire des découvertes ou des révélations, d’où la nécessité de faire une recherche documentaire poussée. Le travail du réalisateur consiste alors à organiser le matériau choisi, en donnant un sens à ses choix, les rendre incontestables. C’est là sans doute, dans la maîtrise indispensable du montage, qu’on reconnait un vrai cinéaste.

Le film-portrait présente, ici comme souvent, une autre dimension significative, qu’on pourrait appeler l’effet rétroviseur. Du fait de sa réalisation après la disparition de l’intéressée, il a une facture rétrospective, ce que soulignent d’ailleurs les témoins et spécialistes convoqués et intervenant en quelque sorte en contre-point des dire de l’auteure elle-même. Puisqu’ils l’ont connue personnellement, n’attend-on pas d’eux des anecdotes, voire des révélations, sur sa vie  (dans le cas de Beauvoir, ses relations amoureuses).? Cette dimension sera alors renforcée par le choix d’une iconographie intime ou du moins présentant un certain degré d’intimité contrastant avec la dimension publique de la femme engagée et de la militante.

A COMME ACTUALITÉ – AVORTEMENT (Irlande)

Histoires d’A, Charles Belmont et Mariette Issartel, 1973, 83 mn

Il faut resituer ce film dans son contexte de conception, de réalisation et de diffusion. 1973, l’avortement est encore considéré comme un crime puni par la loi, bien qu’il y ait en France chaque année 800 000 avortements clandestins, avec tous les risques que cela comporte pour les femmes. Mais cette année-là, les luttes féministes s’intensifient. Les mentalités changent. Une nouvelle loi est inéluctable. L’IVG sera légalisée en 1975.

Le film de Charles Belmont et Mariette Issartel a participé de ces luttes, dans la mouvance des films militants dans les usines, des luttes des Lips ou de la Rodiacéta filmées par les groupes Medvedkine. Histoires d’A a certainement contribué au changement législatif, en popularisant la lutte des femmes, en posant le problème de l’avortement en liaison avec celui de la contraception et surtout des inégalités sociales. En ce sens, c’est un film politique dont la diffusion dans des réunions organisées par le GIS (Groupe d’information santé) ou le MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception) est un succès populaire. On estime que dans, ces réseaux, 200 000 personnes ont pu le voir, avant qu’un visa commercial lui soit enfin accordé en 1974 pour qu’il puisse être vu en salle de cinéma.

histoire d'A

Histoires d’A, film en noir et blanc, réalisé avec les moyens du bord, refuse tout effet spectaculaire, ce qui aujourd’hui pourrait signifier qu’il est platement didactique, c’est-à-dire ennuyeux. Pourtant, il n’en est rien. Les manifestations du MLAC sont filmées de façon très dynamiques, comme d’ailleurs les réunions organisées par le GIS ou le planning familial permettant à toutes les sensibilités de s’exprimer. Les entretiens avec de « simples » femmes abordent des sujets de la vie quotidienne (élever les enfants, travailler ou rester femme au foyer) peu traités dans les médias de l’époque et surtout pas à la télévision. Les montages de « Unes » de journaux et d’images publicitaires sont des contre-points efficaces. Et puis surtout, il y a cette longue séquence filmant, dans un style proche du cinéma direct, un avortement. Une séquence choc puisqu’à l’époque elle pouvait valoir des poursuites judiciaires à ses auteurs. Une séquence qui reste encore aujourd’hui un remarquable exemple de cinéma militant.

Son but explicite est de dédramatiser l’avortement, de montrer qu’il ne représente aucun risque, qu’il n’est pas douloureux et ne nécessite donc pas d’anesthésie. Il est effectué en 20 minutes environ et la femme peut repartir immédiatement chez elle. La séquence commence par un dialogue entre le praticien et la femme qui vient avorter. Il explique la méthode, dite par aspiration, montre les instruments qu’il va utiliser et décrit les actes qu’il va accomplir. Au début, la femme est assez tendue. Puis peu à peu on sent qu’elle prend confiance, elle sourit à son mari qui l’accompagne et la soutient du regard. Pendant toute l’opération, le praticien explique ce qu’il accomplit. On ne peut être plus pédagogique. Tout se passe pour le mieux. La séquence comporte quelques coupures mais les ellipses pratiquées sont à l’évidence réduite. Elle se déroule presque en temps réel. Il y a peu de mouvements de caméra. On passe seulement d’un cadrage en gros plan sur le visage de la femme à celui du praticien ou à ses mains effectuant les gestes qu’il décrit. Un filmage simple, rigoureux, efficace.

histoire d'A 3

Malgré deux avis favorables de la commission de censure, le film sera interdit par Maurice Druon, le ministre de la Culture. Il connaîtra alors une première diffusion clandestine où l’intervention de la police pour saisir les copies engendrera des heurts avec les femmes présentes. Puis il sera projeté dans des séances militantes organisées par le MLAC. L’interdiction ne sera levée qu’en octobre 1974, par le nouveau secrétaire d’État.

Film de lutte, Histoires d’A est aussi un remarquable témoignage sur la situation des femmes dans la France des années 1970. En particulier, les deux interventions, au début et à la fin du film, d’une femme handicapée en grève de la faim, Aïcha, lui donnent une dimension qui va bien au-delà du problème de l’avortement. Film lui-même illégal, il montre comment la désobéissance civique peut être un moyen d’infléchir le cours de l’Histoire.

R COMME ROUSSOPOULOS Carole

Cinéaste-vidéaste française et militante féministe (1945-2009)

C’est Jean Genet qui lui fit découvrir la vidéo légère, un outil qui lui parut immédiatement correspondre parfaitement à ses besoins et à ses projets. Carole Roussopoulos devint ainsi dès le début des années 1970 une pionnière d’un cinéma d’intervention, engagé dans toutes les luttes que vont mener les femmes dans la décennie. Un ensemble de luttes essentiellement politiques, prolongeant les visions de mai 68, mais prenant à travers les thèses féministes une orientation spécifique qui contribua incontestablement à changer la société. Le cinéma occupa une place importante dans ce mouvement, filmant les luttes au cœur même de leur déroulement, les popularisant en dehors des circuits médiatiques habituels tenus essentiellement par des hommes, comme le cinéma dans son ensemble, y compris le cinéma militant. Les femmes vont alors inventer de nouvelles formes de revendication, comme elles vont inventer de nouvelles formes d’expression. La vidéo en fut l’outil par excellence.

La vidéo (le Portapack de Sony filmant en noir et blanc en ½ pouce), c’est la liberté. C’est pouvoir être partout où les femmes luttent. C’est supprimer les contraintes, tout aussi bien au niveau du filmage que du montage et de la diffusion. C’est échapper à la mainmise masculine sur l’information. C’est, enfin, pouvoir donner réellement la parole aux femmes. Une parole enfin libérée des stéréotypes imposés par la société masculine.

Les femmes cinéastes vont alors créer les organes de leur lutte. Des coopératives d’abord, assurant la réalisation et la production. La première de ces coopératives voit le jour en 1974 : Vidéa. Carole Roussopoulos, de son côté, après avoir créé le groupe Les Insoumuses avec Delphine Seyrig, Ioana Wieder et Nadja Ringart, suivi des Muses s’amusent, fonde avec son mari Vidéo Out qui produira la plus grande partie de ses films. Elle participe d’autre part à la création en 1982 du Centre audiovisuel Simone-de-Beauvoir, dont la mission est de faire connaître les réalisations des femmes et soutenir leurs projets. Le premier Festival de films de femmes voit aussi le jour, festival dont le rayonnement ira grandissant jusqu’à son implantation actuelle à Créteil.

            Le cinéma féministe c’est donc d’abord filmer les luttes des femmes tout en y participant. Puis c’est organiser en dehors des circuits de distribution habituels, des projections publiques suivies de débat, le plus souvent particulièrement animés, voire houleux. Dans tout ce travail, c’est une nouvelle manière de faire de la politique qui voit le jour, en dehors de tout parti et de toute organisation. Mais c’est aussi une nouvelle forme de parole, affranchie des modèles dominants dans la presse écrite et à la télévision. La vidéo permet d’enregistrer la parole de femmes qui ne l’avaient jamais eue, à qui on ne l’avait jamais donnée. Elle permet de filmer sans limite, sans restriction ; filmer la vie dans son jaillissement même.

Les premières réalisations de Carole Roussopoulos concernent le mouvement des Noirs américains, Jean Genet parle d’Angela Davis, le mouvement homosexuel en France (Le FHAR 1971) et les luttes autour de l’avortement, Y’a qu’à pas baiser (1973) où elle montre un avortement illégal pratiqué selon la méthode par aspiration. Elle initie alors Delphine Seyrig à la vidéo et réalisera avec elle Maso et Miso vont en bateau (1976) qui peut être considéré comme le manifeste cinématographique féministe. Delphine Seyrig réalisera de son côté un film particulièrement original sur le métier d’actrice, Sois belle et tais-toi (1976) où elle interroge une bonne vingtaine d’actrices connues, de Juliet Berto à Shirley MacLaine en passant par Jane Fonda. Toutes montrent comment elles sont victimes dans leur métier de la domination des hommes.

Carole est sur tous les fronts. Elle filme avec Ioana Wieder les manifestations contre les exécutions de militants basques par le régime franquiste, La Marche des femmes à Hendaye et Les Mères espagnoles (1975). Elle suit les luttes des ouvrières de Lip de 1973 (Lip : Monique) à 1976 (Lip : Monique et Christiane). Cet intérêt pour la condition des femmes dans le travail se retrouvera dans la série Profession, pour laquelle elle réalise Profession : agricultrice (1982), revendiquant un véritable statut professionnel pour les femmes travaillant dans les fermes de leur mari, et Profession : conchylicultrice (1984) montrant tous les aspects de ce travail particulièrement difficile.

Carole Roussopoulos restera dans l’histoire du féminisme une figure centrale. Ses films sont aujourd’hui non seulement des documents irremplaçables sur la portée du mouvement, mais constituent aussi une véritable œuvre cinématographique privilégiant le documentaire et montrant comment celui-ci peut être, non pas simplement un outil de propagande, mais un instrument efficace d’intervention et de changement social.

 

M COMME MASCULINISME

La Domination masculine, Patric Jean, France, 2009, 103 minutes.

Qu’en est-il de l’égalité homme-femme ? De l’égalité réelle, vécue au quotidien, et non simplement de celles que proclament des textes ou des discours officiels ?

Le film de Patric Jean est d’abord une dénonciation, partant d’un questionnement des préjugés contemporains entretenus par le pouvoir masculin et qui perdurent malgré les avancés des combats féministes des années 60-70. Les arguments justifiant le patriarcat retrouveraient même une nouvelle audience. Au terme d’une enquête fouillée, il apparaît en effet clairement que les hommes ne sont pas prêts de céder du terrain, de renoncer à leurs positions dominantes. Alors, l’égalité homme-femme ne serait-elle qu’une illusion ?

domination 3

Le film utilise tous les registres disponibles pour convaincre, mais aussi pour susciter les réactions du spectateur, de l’humour à la tragédie, du ridicule au fondamentalement inacceptable. Le ridicule, c’est dès la première séquence, ces hommes qui se font opérer dans une clinique spécialisée pour « rallonger » de quelques centimètres leur pénis. Tout juste réveillés, ils se sentent mieux dans leur peau ! L’inacceptable, c’est l’évocation en fin de film de la tuerie de l’Ecole Polytechnique, en 1969 au Québec, où un étudiant tua froidement 14 étudiantes uniquement parce qu’elles étaient des femmes. Des femmes qui allaient devenir ingénieurs ! La dénonciation du féminisme devient un véritable cheval de bataille des « masculinistes », qui, au Québec, n’ont pas l’air d’être simplement des nostalgiques du bon vieux temps. Invité à présenter son film à Montréal, Patric Jean reçu des menaces de morts s’il mettait les pieds dans la Belle Province.

Entre ces deux séquences le film parcourt, dans une volonté d’exhaustivité un peu factice, les grands thèmes de l’opposition homme-femme. Il fournit rapidement les chiffres montrant qu’à travail égal les femmes sont toujours moins payées que les hommes. Dans le système scolaire, les filles réussissent mieux que les garçons, mais elles sont moins nombreuses dans les filières dites d’excellence, notamment scientifiques, dans les grandes écoles. Il est facile de montrer qu’elles sont « conditionnées » dès leur plus jeune âge à adopter une posture plus passive dans la société. La visite d’un magasin de jouets est fort éloquente concernant les représentations sociales, avec ses rayons bien séparés. La majorité des petites filles jouent à la Barbie ou à la dinette, ce que bien des parents s’efforceront d’interdire à leurs garçons. Les séquences de rencontres donnent aussi des éléments pour saisir la complexité du problème. Dans un speed dating, des femmes à la recherche du prince charmant n’hésitent pas à affirmer leur désir d’être dominées. Traitant de la violence conjugale, Jean rencontre un homme faisant son mea culpa et faisant de son mieux pour ne pas retomber dans sa violence passée. Mais le plus terrifiant reste cette séquence où le cinéaste rencontre, sous une fausse identité, des « masculinistes » québécois. L’un d’eux affirme simplement que le féminisme est « un crime comme l’humanité ». Le film de Jean est sorti en 2009. On peut craindre que ce type de position ait, depuis, encore gagné du terrain.

Le film est souvent agressif vis-à-vis de ses adversaires. Quelques extraits de déclarations bien choisies peuvent faire mouche. Léo Ferré ou Eric Zemmour, en particulier, en ont fait les frais. En riposte, ce dernier essaya sans succès de faire suspendre la diffusion du film. Il n’est guère étonnant que ces méthodes suscitent la polémique. Après tout, il n’est pas si courant qu’un homme adopte si franchement la cause des femmes.