S COMME SPANDAU

Le fantôme de Spandau. Idriss Gabel et Marie Calvas. Belgique, 2019, 73 minutes.

Ce fantôme, c’est Rudolf Hess, ami intime d’Hitler, son bras droit même tout au long de son accession au pouvoir ; fervent partisan et défenseur de l’idéologie nazie. Au procès de Nuremberg, Hess n’est pas reconnu coupable de crime contre l’humanité. En 1941, au moment du déclenchement de la solution finale conduisant à l’extermination des juifs d’Europe, Hess est prisonnier en Ecosse. Il sera condamné à la perpétuité, et finira ses jours à un âge avancé à l’immense prison de Spandau à Berlin. Il y sera longtemps le seul détenu.

Cette histoire du nazisme vu à travers le « cas Hess », nous est racontée à partir d’images d’archives commentées avec rigueur et précision. Mais ce n’est pas là le centre du film, son sujet principal. Les coréalisateurs font partie de la famille de celui qui fut l’aumônier de Hess à Spandau, Charles Gabel leur grand-père. Charles fut le seul lien pendant de longues années avec le prisonnier. Il entretien donc avec lui une relation particulière dont on se demande au cours du film si elle est de l’ordre de l’amitié. Mais de quelle amitié peut-il s’agir, lorsque l’on est pasteur protestant et qu’on a en face de soi quelqu’un qui n’a jamais renié son engagement nazi et en particulier son antisémitisme ?

A partir des contenus d’une malle secrète – ses archives personnelles – que Charles n’avait jamais permis de consulter, les cinéastes vont explorer concrètement ce travail d’aumônerie, ses interrogations et sa part d’ombre. Vu son grand âge, Hess n’aurait-il pas mérité d’être libérer et de passer la fin de sa vie dans sa famille ? Il en fait plusieurs fois la demande, appuyée par son aumônier. Elles n’aboutiront pas et Hess mourra en prison, dans des circonstances obscures d’ailleurs.

Grâce aux liens familiaux qui les relient à leur personnage, les cinéastes nous permettent de pénétrer dans l’intimité de Charles – la célébration de l’anniversaire de ses 88 ans en famille est une séquences fort émouvante – et de nous questionner sur les sentiments complexes jalonnant ses années d’aumônerie. S’il y a un point fort qui ressort de cette investigation, c’est que le pasteur n’a jamais éprouvé de haine pour celui qui reste malgré tout un ennemi. Une grande leçon d’humanité.

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