V COMME VIE.

Et la vie  Denis Gheerbrant. France, 1991, 53 minutes.

            Du nord au sud, de l’est à l’ouest, Denis Gheerbrant parcours le pays et dresse le portrait d’une France profonde faite le plus souvent de dur labeur, de rêves déçus et d’horizon bouché pour les plus jeunes. A dix ans du XXI° siècle, il semble que bien peu de français auraient l’idée de chanter Douce France.

            La France que parcourt Gheerbrant caméra visée à l’œil comme il en a l’habitude, est une France en grande partie péri-urbaine. Il visite les banlieues plutôt que les centres villes. Il préfère les petites bourgades aux fermes et aux exploitations agricoles. Ce qui domine dans le nord et l’est, c’est la fin de la puissance industrielle. Les mines ont fermé et il ne reste plus que les terrils. Les hauts fourneaux ont fermé et les grandes carcasses des usines sont vides. Dans le midi, les perspectives économiques ne sont pas plus réjouissantes. Les paysages filmés par Gheerbrant ont un aspect désolés, presque désertiques. Et lorsqu’il entre dans les intérieurs des maisons, on est frappé, non par la pauvreté à proprement parlé, mais en tous cas par l’absence de luxe. Gheerbrant ne visite pas la bourgeoisie aisée, ni même la classe moyenne. Ses personnages de prédilection, ce sont les ouvriers et les enfants d’ouvriers.

            Gheerbrant n’a pas son pareil pour entrer en contact avec les gens. Du moins, il donne toujours l’impression qu’il lui suffit de poser une question pour que tous ces inconnus se mettent spontanément à parler d’eux et lui ouvrent leur maison et leur cœur. Spontanéité trompeuse bien sûr. Mais peu importe le travail d’approche qui a précédé. Le cinéma de Gheerbrantest un cinéma de contact direct, un cinéma de l’immédiateté. Et c’est pour cela qu’il est si attachant.

            Les interlocuteurs de Gheerbrant abordent le plus souvent leur situation professionnelle, une vie en usine qui laisse des traces, des études, courtes, qui ne mènent pas à grand-chose. Mais il les oriente aussi vers leur vie personnelle, leur naissance, leur enfance. Beaucoup parlent de leurs parents et mêmes de leurs grands-parents. La vie de famille a aussi une grande importance. Même pour ceux qui n’en ont pas eu. Un des moments forts du film nous montre en détail un accouchement. Le personnage central n’en est pas la futur maman, ni le bébé que l’on pose sur son ventre, mais la sage-femme qui effectue ce geste, elle-même élevée par d’autres sages-femmes dans la maison familiale où sa mère, « fille-mère », l’avait placé.

            La dernière séquence du film est consacrée à un couple d’ouvrier. La femme est devenue déléguée syndicale, ce qui lui permet, enfin, de pouvoir exprimer tout ce qu’elle pense dans l’usine. Une profession de foi de la part du cinéaste. Donner  à ceux qu’il rencontre la possibilité de s’exprimer en totale franchise et en toute liberté est bien ce pour quoi il fait du cinéma.

I COMME IMAGES

Voyage of Time : Au fil de la vie de Terence Malik.

Des images pour dire le monde, l’univers. La magie des images, la beauté des images. Des images grandioses, surprenantes , hétéroclites. Une succession d’images qui doit faire sens.

Des oppositions simples : la nature d’un côté, la vie des hommes de l’autre. La simplicité versus la complexité. La vie originelle versus l’organisation sociale dans ce qu’elle peut avoir de pas vraiment organisée.

Des images pour dire la luxuriance de la nature et l’émerveillement qu’elle peut susciter. Et d’autres images pour nous faire nous interroger sur l’histoire des hommes, passé et avenir.

Un texte accompagne ces images. Un texte haché, discontinu, qui sait s’interrompre pour laisser la place à la musique, omniprésente elle. Pour laisser le spectateur savourer les images. Un texte poétique. A la limite de l’incantation parfois. Mais qui souvent se limite à des mots. Des mots simples. Répétés. Mère. Un texte qui pourrait avoir une existence autonome. Qui en tout cas ne décrit jamais les images.

Le film est entièrement basé sur le primat du visuel. Il fait le pari de la force de séduction des images. Mais ne sait-on pas, depuis longtemps déjà, que justement les images sont de l’ordre de la séduction. Ici, comme dans bien d’autres situations, elles nous invitent à se laisser happer par elles. Et du coup à laisser à la porte de la salle tous ses soucis. A oublier nos problèmes. Effacer en soi toutes traces de la vie quotidienne. Car le film nous entraine bien loin de la banalité de nos vies étriquées. Ce qui domine, c’est le jamais vu parce qu’inaccessible au regard humain, le fond des océans et leur profusion de poissons, du plus petits au plus gros. Les irruptions volcaniques aussi avec leurs explosions de feu et leurs coulées de laves incandescentes. L’eau et le feu se rejoignent donc, à quoi il faut ajouter bien sûr l’air et la terre.

Le film se termine au Tibet. Du côté du mysticisme. Y a-t-il là de quoi sauver le monde ?