A COMME AUTOBIOGRAPHIE (Eric Pauwels)

Après Lettre d’un cinéaste à sa fille et Les Films rêvés, La Deuxième nuit clôt le triptyque autobiographique d’Eric Pauwels. Le récit d’une vie qui est pourtant loin d’âtre achevée, un récit tourné vers le passé, fait d’évocation de souvenirs, et qui pourtant est présenté au présent, On y retrouve la marque de fabrique de l’auteur. La même voix, qui n’est pas off puisqu’on ne voit jamais le cinéaste à l’image, Une voix over donc, qui accompagne les images, sans en être le commentaire, Ou plutôt qui constitue un récit parallèle aux images, mais un parallèle qui n’exclut pas les croisements. Une voix donc qui rebondit sur les images, ou les provoque ou, par moment, les laisse simplement s’exprimer. Des interactions subtiles qu’il faudrait suivre minutieusement à la lettre pour pouvoir en rendre compte. Et cette voix a toujours la même tonalité, plutôt grave, et le même rythme, posé, sans excès, ni lenteur ni rapidité, non pas monocorde, mais équilibrée. Et les mêmes lieux, la cabane au fond du jardin d’où partent tous les voyages du cinéaste. Les mêmes objets et jusqu’à l’araignée qui tisse toujours sa toile.

La deuxième nuit est le film du rapport à la mère, Commencé lorsqu’elle était vieillissante, se rapprochant doucement, chaque jour un peu plus, de la mort, Mais achevé après sa disparition, lorsqu’il n’est plus possible de lui parler, de la regarder respirer. C’est donc le film de la séparation. Une séparation inévitable , comme celle qui a déjà eu lieu à la naissance, lorsque le bébé expulsé du ventre de sa mère, se retrouve seul dans un monde inconnu. C’est cette solitude que le cinéaste revit après le décès de sa mère, un décès qui ne peut être vécu que dans un sentiment d’abandon. Pourquoi m’as-tu abandonné ? Comment puis-je vivre sans toi ? Sans ta présence, ta chaleur, ton souffle…

Dans ce qui devient alors une dialectique de la présence et de l’absence, le film est à la lettre la tentative d’effacer la perte. Non pas de la rendre supportable, elle reste pour toujours une douleur qui s’alimente à la vie de celui qui reste, mais pour la vivifier par la résurgence des souvenirs d’une part, et par la construction d’une figure mythique, oscillant de la mère nourricière à la mère œdipienne, de la chaleur au contact peau à peau des premiers moments de la vie au froid du caveau enfermant le cercueil. Si avoir des enfants est une manière de vaincre la mort, faire un film sur sa mère est pour un cinéaste la seule façon de continuer à filmer lorsqu’elle n’est plus là.

Le film s’ouvre sur une série de déclaration de professionnels de santé (médecin , accoucheur, sage femme, infirmière…) évoquant la signification de la deuxième nuit de la vie de l’enfant, celle où il n’a plus qu’à pleurer la perte de la mère, seul dans son berceau, dans le froid de la solitude. Toute sa vie sera marquée par cette seconde nuit, jusqu’au jour où l’enfant définitivement orphelin de celle qui l’a mis au monde devra se demander s’il peut continuer à vivre. Ce qui signifie, pour un cinéaste, faire un nouveau film qui, alors ne serait peut-être pas autobiographique.

La deuxième nuit, Eric Pauwels, Belgique, 2016, 80 minutes.

Ce film a été présenté au festival Cinéma du réel 2016, en compétition internationale.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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