M COMME MICHAEL MOORE

L’incipit du film donne le ton : depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, aucune des aventures militaires américaines n’a connu le succès. Corée, Vietnam , Afghanistan, Irak… Alors, les chefs militaires du pays n’ont plus qu’une seule solution : faire appel à Michael Moore, et le charger d’une mission de sauvetage désespérée : partir en Europe pour y découvrir « ce qui marche », des recettes qui, appliquées aux États Unis pourraient résoudre les maux du pays, comme la violence policière dont Michael Moore nous montre à plusieurs reprises des images particulièrement éloquentes.

Et voila donc notre cinéaste partir à l’assaut de la vieille Europe. Il va aller de découvertes en découvertes, toutes plus stupéfiantes les unes que les autres pour un américain, des solutions locales qu’il appréhende d’abord avec un certain scepticisme, mais vis à vis desquelles il va vite être convaincu, même avec un enthousiasme qui se veut communicatif.

La liste des solutions miracle à la Michael Moore constitue un catalogue fourni des innovations politiques, économiques et sociales de cette Europe parfaitement inconnue pour les habitants du nouveau monde. Qu’on en juge. En Italie les employés bénéficient de plus de 80 jours de congés payés par an, ont un treizième mois et un congé de maternité pour élever les enfants. En France, les cantines scolaires servent aux élèves des repas que tout américain ne peut considérer que comme gastronomique. En Finlande, le système scolaire, le plus performant du monde, a supprimé les devoirs à la maison et l’épanouissement de l’enfant passe avant tout autre considération. En Allemagne, on enseigne la Shoah pour que personne ne puisse oublier son horreur et que la formule « plus jamais ça » ne soit pas un simple slogan creux. Et ainsi de suite. La gratuité de l’enseignement supérieur éviterait que des étudiants soient envoyés en prison parce qu’ils ne peuvent plus payer leur dettes. La dépénalisation de la drogue ferait baisser sa consommation. En Islande, le premier pays au monde à avoir élu à la présidence une femme, la seule banque qui ne sombra pas dans la crise financière a justement des femmes à sa tête et en Tunisie les femmes se sont massivement investies dans la révolution qui mis fin au régime de Ben Ali. La succession de ces idées toutes simples est impressionnante. Et l’on ne peut que s’étonner qu’il ait fallu attendre le film de Michael Moore pour les faire connaître de l’autre côté de l’Atlantique.

Le film joue beaucoup sur l’humour et l’ironie, surtout dans sa première partie. Et il ne peut qu’être reçu avec la plus grande sympathie dans cette Europe dont c’est un américain qui en affirme sans réserve le génie. Mais comment sera-t-il perçu aux États Unis, par les partisans de Trump par exemple ? Et d’ailleurs suffit-il d’appliquer des recettes qui peuvent certes être efficaces dans un contexte donné pour qu’immédiatement tous les problèmes soient résolus ? Mais après tout, la naïveté de Moore ne doit pas minimiser l’intérêt de son projet : montrer aux américains qu’ils ne sont pas toujours nécessairement les plus forts et qu’ils devraient mettre un bémol à cette superbe qui les fait ignorer le reste du monde. Une tentative de dénoncer cet orgueil national démesuré qui risque d’être vécue comme une « blessure narcissique » insupportable. Et bien, tant pis pour les américains. Et tant mieux pour le reste du monde, un monde qui, chez Michael Moore, ne connaît pas la misère, le chômage, le terrorisme et bien d’autres maux que les belles solutions que présente le film n’ont pas réussi à éradiquer. Question de temps ? Au fond, ne soyons pas rabat-joie. Le bonheur social existe, Michael Moore l’a rencontré. Avec un peu d’effort, il est à la portée de tous. On voudrait bien y croire.

Where to invade next ? De Michael Moore, États Unis, 2015, 120 minutes.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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