D COMME DANSE (PINA BAUSCH)

Pina Bausch dans le cinéma documentaire ? Pour connaître son œuvre, beaucoup, et sa personnalité, un peu, deux films très différents mais qui partagent la même admiration. Et qui nous la font partager.

Pour Wim Wenders d’abord, il n’y a pas de doute, Pina Bausch est une grande chorégraphe, la plus grande peut-être, un génie créatif qui a profondément modifié les bases mêmes de son art et influencé durablement toute la danse contemporaine.

Dans son film, pas d’entretien, pas, d’interviews, pas de déclarations personnelles ou médiatiques. Ce sont les danseurs de sa troupe qui nous parlent d’elle. Ils ne font pas une analyse théorique de la conception de la danse de Pina. Ils parlent de leur relation avec elle, de la façon qu’elle avait, tout à fait originale, de les mettre en confiance, de les aider à vaincre leur timidité (un mot que plusieurs prononcent), par une phrase, un geste, sans jamais donner de leçon. Voilà pour la personne.

Côté danse, le film s’efforce de nous montrer la danse de façon originale. Wenders ne pratique pas la captation de spectacle. Il fait vitre la danse de Pina ; De façon cinématographique. Un exemple ? A propos de Kontakthof. On sait que Pina Bausch a réalisé deux versions de cette pièce, l’une avec des danseurs jeunes, l’autre avec des danseurs âgés de plus de 65 ans. Wenders aurait pu mêler de façon systématique les deux versions, ce qui aurait été une solution de facilité. Il a choisi d’inclure des plans de la deuxième version dans la première de façon plus subtile. Nous sommes avec les danseurs jeunes. Ils s’avancent en ligne sur le devant de la scène (comme font les comédiens pour venir saluer le public). Ils se retournent, dos au public, puis lui font à nouveau face. Mais dans le mouvement des danseurs, Wenders a opéré une coupe invisible et ce sont alors les danseurs âgés qui sont présents à l’image.

Un film hommage, qui fait sortir la danse de la scène théâtrale pour la mêler à la vie.

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Avec les Rêves dansants, nous partons à la découverte d’adolescents, comme eux partent à la découverte de la danse de Pina. Nous ne sommes pas dans une formation de futurs danseurs professionnels. Nous sommes dans un atelier, un club ou quelque chose de ce type, où il est proposé, à raison d’une séance par semaine, à des adolescents de découvrir une activité artistique et de la pratiquer. Ceux qui sont venus, presque par hasard, ne se connaissaient pas. Ils ne connaissaient pas Pina Bausch, encore moins ses chorégraphies. Ils auraient pu faire de la musique ou du sport. Mais ils restent là, reviennent, se prennent au jeu, s’impliquent de plus en plus dans le projet, un projet dont ils ne mesuraient sans doute pas au départ toutes les dimensions.

C’est que l’activité de la danse qui leur est proposée n’est pas un simple passe-temps d’amateurs. Bénédicte et Jo, les deux danseuses de la troupe de Pina Bausch qui dirigent leur travail sont de vraies professionnelles et d’excellentes pédagogues. Il est vrai qu’avec Pina Bausch elles étaient à bonne école. Ici, elles font répéter inlassablement les mêmes mouvements pour obtenir quelque chose qui, sans le dire, approche la perfection. Mais elles ne découragent jamais ces « enfants », comme elles disent. Surtout lorsqu’ils affirment, surtout les filles, qu’ils n’y arriveront pas, bien au contraire Si la danse est formatrice, c’est qu’exposer son corps à la vue des autres n’est jamais facile pour un adolescent. Se frotter, littéralement, aux autres est encore plus difficile. Car ces contacts contiennent une inévitable violence. Mais une violence constructive. Surtout pour ces personnalités en devenir. Au final, le Kontakthof qu’ils interprètent, mais dont nous ne voyons que des extraits, n’a rien à envier à celui réalisé par des professionnels.

Lorsqu’ils vont rencontrer Pina Bausch pour la première fois, lorsqu’ils vont danser devant elle, ils ne peuvent qu’être particulièrement tendus. Mais très vite, ils se rendent compte qu’elle n’est pas là pour les juger. Elle les remercie, visiblement émue par leur travail, leur dynamisme, leur implication, leur persévérance. Alors elle peut leur donner des conseils qu’ils peuvent entendre comme une aide et non comme une contrainte imposée. Et c’est toute l’œuvre de la chorégraphie qui se pare d’une vertu éducative.

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Pina de Wim Wenders, 2011, 103 minutes

Les  Rêves dansants sur les pas de Pina Bausch de Anne Linsel et Rainer Hoffmann, 2011, 89 minutes.

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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