A COMME ABECEDAIRE – Marion Gervais

Spécial FIPADOC 2022.  Membre du jury Documentaire national.

Adolescence

Louis dans la vie

La Bande du skatepark

Agriculture

Anaïs s’en va-t-en guerre

La Belle Vie

Amitié

La Belle Vie

La Bande du skatepark

Amour

Louis dans la vie

Apprentissage

Louis dans la vie

Bretagne

La Belle Vie

Délinquance

Louis dans la vie

Enfance

La bougie n’est pas faite de cire mais de flammes

Famille

La bougie n’est pas faite de cire mais de flammes

Femme

Anaïs s’en va-t-en guerre

Fille

La bougie n’est pas faite de cire mais de flammes

Justice

Louis dans la vie

Portrait

Louis dans la vie

Anaïs s’en va-t-en guerre

La bougie n’est pas faite de cire mais de flammes

Rrom

La bougie n’est pas faite de cire mais de flammes

Ruralité

Anaïs s’en va-t-en guerre

Skate

La Belle Vie

La Bande du skatepark

Sport

La Belle Vie

Y COMME YONAGUNI

Yonaguni. Anush Hamzehin et Vittorio Mortarotti. France, 2021, 77 minutes.

Un film en images

Une petite île japonaise perdue entre ciel et mer.

La difficulté de préserver sa langue et sa culture propres

Les incertitudes de sa jeunesse. Après le collège quitter l’île pour aller au lycée? Un choix toujours difficile.

Un film d’un calme étonnant. On pourrait presque parler de sérénité. Ou d’innocence, à l’image des jeux des collégiens et collégiennes : 1,2,3 soleil ou pierre papier ciseaux.

C COMME CŒUR – Jeune fille.

Stop The pounding heart. Roberto Minervini, Belgique-Italie-Etats-Unis, 2013, 100 minutes.

Le film d’une communauté, d’une famille de cette communauté, d’une jeune fille de cette famille. Un enchâssement parfaitement bien réglé. Et donc particulièrement efficace.

La communauté ce sont ces fermiers -chez nous on dirait des paysans -des états ruraux du sud-ouest des Etats-Unis. En dehors de leurs élevages, ils ont deux passions : le rodéo et les armes à feu. Pour le rodéo, il faut s’entraîner dur. Et depuis le plus jeune âge. Sur un taureau en métal, que l’on secoue par derrière énergiquement. Et puis sur des bêtes de plus en plus puissantes, jusqu’au jour on l’on pourra affronter le public, une foule toujours passionnée. Tout cela provoque bien des chutes et les accidents ne sont pas rares, malgré l’équipement de protection.

Pour manier les armes à feu – de toutes sortes, du revolver au fusil d’assaut – il est aussi nécessaire de s’entrainer., apprendre à tirer sur une cible, de plus en plus petite et de plus en plus éloignée. Et il est aussi indispensable de persévérer, de ne jamais renoncer. La volonté de réussir est plus forte que toutes les douleurs.

La famille : un couple et une multitude d’enfants (il est difficile de les compter !) Ils élèvent des chèvres et le début du film détaille ce travail, nourrir les bêtes, les traire, faire le fromage et aller les vendre au marché. Mais ce qui compte avant tout pour eux, c’est la religion, l’affirmation de leur foi qu’ils manifestent du matin – dès la prière du petit déjeuné qui ouvre le film – jusqu’au soir. Les enfants ne vont pas l’école, pour éviter les mauvaises influences et les ainés apprennent à lire aux plus petits. La mère se charge de l’éducation morale et religieuse. Dans une longue séquence elle explique à sa fille ainée que Dieu a créé la femme pour servir l’homme. Et cela doit guider la vie entière.

Sara, la jeune fille, écoute tout cela sans commentaire, sans réaction apparente. Pourtant on sent bien au fur et à mesure du déroulement du film qu’elle commence à se poser des questions. Le cinéaste multiplie les gros plans sur son visage, comme pour percer le secret de son âme. Un visage souvent penseur, mais jamais vraiment inquiet. Sara commence à découvrir peu à peu la société, en dehors de sa famille. Avec des amies de son âge. Et puis, il y a ce cow boy qui l’invite à essayer de chevaucher un taureau. Ce qu’elle refuse, évidemment, mais il vient de plus en plus souvent près de l’enclos de l’entrainement assister aux exploits du cow-boy.

Minervini réalise là un film extrêmement touchant, surtout par le filmage intimiste de Sara. Sans jamais rien expliquer – la jeune fille parle très peu et surtout pas de ses sentiments – il ouvre une réflexion sur le sens de la vie rurale, loin des excès de la modernité, mais une vie qui est sans doute destinée à disparaître.

Le film peut faire penser par bien des aspects au roman de Jim Harrison, la fille du fermier.

V COMME VILLE NOUVELLE

J’ai aimé vivre là. Régis Sauder, 2020, 90 minutes.

En parlant de Cergy Pontoise, on ne dit pas la banlieue. On dit la ville nouvelle. Pourtant à 40 kilomètres de Paris, par temps clair – pas trop pollué – depuis les hauteurs de la ville, on peut apercevoir la tour Eiffel. Dans l’incipit du film nous suivons le RER qui nous y conduit. Et dans son final nous repartons vers Paris. Entre temps nous aurons découvert la ville et ses habitants.

Une ville nouvelle donc, sans passé, sans histoire, surgie d’un vaste terrain vague où il n’y avait rien. Une architecture récente qui comporte bien des expérimentations (comme la fameuse pyramide inversée). Parmi les habitants que le cinéaste rencontre, une des premières habitantes, et des jeunes filles et jeunes garçons qui sont nés là. Celles qui passent le bac s’interrogent sur leur avenir. Il leur faudra sans doute quitter Cergy pour une université parisienne.

Régis Sauder n’habite pas Cergy, mais il y vient souvent. En particulier pour rendre visite à Annie Ernaux qui, elle, connait bien la ville puisqu’elle y réside depuis de nombreuses années. Le film est né de cette rencontre, le rencontre du cinéma et de la littérature.

La littérature ici, ce sont les textes d’Annie Ernaux, des extraits de ses livres où elle parle de Cergy, de sa relation à la ville, et du temps qui passe dans cette vie citadine. Des textes que l’autrice lit elle-même, ou bien qui sont lus par les jeunes habitants de Cergy que l’on voit parfois livre en main.

Les images sont souvent en étroites corrélation avec ces textes, sans jamais être redondants ou simplement descriptifs. Il s’agit plutôt d’une vision cinématographique de la ville, qui garde son autonomie par rapport à celle de l’écrivaine. Mais la concordance, et la juxtaposition, de ces deux visions procure un plaisir double, celui du texte et de l’image. J’ai aimé vivre là n’est pas de la littérature filmée. On devrait plutôt parler d’une connivence entre les deux modes d’expression.

Mais le film a aussi sa perspective propre, dans les rencontres que fait le cinéaste et les entretiens qui en découlent. Sauder donne une grande place aux jeunes – une ville nouvelle est elle-même dans sa jeunesse. Il suit des groupes de filles et de garçons qui effectuent une sorte de visite guidée dans les lieux caractéristiques de Cergy, les bâtiments, les places, le lac et ses jeux nautiques, le parc où on se sent à la campagne. Il les faits parler sur la ville, sur leur relation à la ville, mais surtout sur leur vie. Les loisirs tiennent une grande place, concert de musique et moment de danse.

Tout ceci donne une tonalité sereine au film, même si les lycéens s’inquiètent un peu sur le moment où il leur faudra quitter Cergy. Une tonalité que l’on doit pouvoir retrouver dans les romans d’Annie Ernaux. Une sérénité que l’on retrouve dans ce pique-nique familial qui réunit une mère antillaise et ses cinq enfants.

Il y a pourtant un moment du film d’une toute autre gravité. La patinoire a été transformée en centre d’accueil de réfugiés. Une jeune femme qui travaille là est submergée par l’émotion en évoquant la situation de ceux qui ont traversé bien des dangers pour venir jusque-là. Ses larmes sont un véritable hommage à tous les migrants.

Le film se termine par un feu d’artifice. Décidément, il fait bon vivre à Cergy-Pontoise.

A COMME ABECEDAIRE – Didier Nion

Adolescence

Dix-sept ans

Apprentissage

Dix-sept ans

Amour

Dix-sept ans

Aventure

Bombard le naufragé volontaire

Camping

Juillet

Drogue

Clean Time – Le Soleil en plein hiver

Extrême droite

17 Minutes pour la démocratie

Famille

Dix-sept ans

Laos

Vientiane – Carnet octobre 1999

Manifestation

17 Minutes pour la démocratie

Médecine

Bombard le naufragé volontaire

Mer

Bombard le naufragé volontaire

Juillet

Politique

17 Minutes pour la démocratie

Portrait

Bombard le naufragé volontaire

Dix-sept ans

Clean Time – Le Soleil en plein hiver

Science

Bombard le naufragé volontaire

Travail

Dix-sept ans

Vacances

Juillet

Ville

Vientiane – Carnet octobre 1999

Voyage

Vientiane – Carnet octobre 1999

A COMME ABECEDAIRE – Sébastien Lifshitz

Un cinéma centré sur la différence, la marginalité, l’exclusion.

Adolescence

Adolescentes

Algérie

Bambi

Amitié

Adolescentes

Attentats

Adolescentes

Brive

Adolescentes

Cabarets

Bambi

Cinéma

Claire Denis, la vagabonde

Couple

Les Invisibles

Enfance

Petite Fille

Engagement

Les Vies de Thérèse

Enseignement

Bambi

Etats Unis

La Traversée

Exclusion

Les Invisibles

Les Vies de Thérèse

Famille

Petite Fille

Adolescentes

Bambi

La Traversée

Féminisme

Les Vies de Thérèse

Femme

Les Vies de Thérèse

Claire Denis, la vagabonde

Homosexualité

Bambi

Les Invisibles

LGBT+

Petite Fille

Bambi

Lycée

Adolescentes

Mère

Petite Fille

La Traversée

Militantisme

Les Vies de Thérèse

Père

La Traversée

Portrait

Petite Fille

Adolescentes

Les Vies de Thérèse

Bambi

Claire Denis, la vagabonde

Transgenre

Bambi

A COMME ABECEDAIRE – Hélène Milano.

Des rencontres avec des adolescentes et des adolescents -mais aussi des personnes du troisième âge – dans les banlieues ou des lycées professionnels. A l’écoute de leur parole, évoquant en toute simplicité leur vie, leurs problèmes, leurs espoirs et leurs rêves. Un cinéma de l’authenticité.

Adolescence

Dans la tête d’un zèbre

Les Charbons ardents

Les Roses noires

Rêve de Casaques

Amour

Les Charbons ardents

Nos amours de vieillesse

Banlieue

Les Roses noires

Cheval

Rêve de Casaques

Courses

Rêve de Casaques

Différence

Dans la tête d’un zèbre

Ecole

Rêve de Casaques

Exclusion

Dans la tête d’un zèbre

Les Roses noires

Femme

Les Roses noires

Homme

Les Charbons ardents

Jockey

Rêve de Casaques

Langage

Les Roses noires

Lycée professionnel

Les Charbons ardents

Masculin

Les Charbons ardents

Mort

Nos amours de vieillesse

Normandie

Rêve de Casaques

Portrait

Dans la tête d’un zèbre

Rêve

Rêve de Casaques

Vieillesse

Nos amours de vieillesse

A COMME ABECEDAIRE- Régis Sauder.

De Forbach à Marseille…Mais aussi la Chine et Israël, et bien d’autres approches universelles.

Adolescence

Nous, princesses de Clèves

Amour

Nous, princesses de Clèves

Annie Ernaux

J’ai aimé vivre là

Art

La Louve en Provence

Autobiographie

Retour à Forbach

Avortement

Avortement, une liberté fragile

Banlieue

J’ai aimé vivre là

Botanique

La Louve en Provence

Chine

Mon Shanghai

Enseignement

Nous, princesses de Clèves

Famille

Nous, princesses de Clèves

Femme

Avortement, une liberté fragile

Gynécologie

Avortement, une liberté fragile

Immigration

L’Année prochaine à Jérusalem

Infirmiers

Être là

Israël

L’Année prochaine à Jérusalem

Jardin

La Louve en Provence

Jeunesse

J’ai aimé vivre là

Littérature

J’ai aimé vivre là

Nous, princesses de Clèves

Mon Shanghai

Mémoire

Retour à Forbach

Mythe

Je t’emmène à Alger

Mon Shanghai

Pauvreté

Retour à Forbach

Prison

Être là

Psychiatrie

Être là

Roman

Nous, princesses de Clèves

Soins

Être là

Ville

Retour à Forbach

Je t’emmène à Alger

Mon Shanghai

Ville nouvelle

J’ai aimé vivre là

V COMME VOYAGE SCOLAIRE.

Zu Dritt (trio). Agnese Làposi, Benjamin Bucher, 2019, 23 MINUTES.

Le voyage scolaire d’une classe d’adolescents, un moment unique dans la scolarité, loin des parents et même des profs qu’on ignore superbement et que le film laisse donc hors champ. Une excellente occasion d’épier les relations fille-garçon.

Car si le film nous montre bien les jeux collectifs, lors de la baignade dans le lac, ou sur le trampoline et le toboggan, ce sont surtout les conversations de petit groupe, ou même à deux, que la caméra capte le plus souvent. Une caméra qui passe totalement inaperçue pour ces ados pour qui l’école semble totalement oubliée. Même si cette vacance n’a forcément qu’un temps. Mais le film n’a pas la prétention de documenter la scolarité. Le voyage scolaire est une parenthèse. Mais c’est un temps de liberté, où chacun va laisser libre court à ses penchants, ses préférences relationnelles, ses amitiés et inimitiés, et tout cela dans la plus grande spontanéité.

 Car si on peut dire que tous jouent un rôle, ce n’est nullement un rôle pour le film. Il s’agit bien plutôt des rôles sociaux habituels. Car bien sûr, les filles se comportent vis-à-vis des garçons comme les filles doivent se comporter vis-à-vis des garçons. Et vice versa. Chaque attitude, chaque répartie, chaque regard presque, toutes ces relations sont fondamentalement conventionnelles. Il n’empêche, il se dégage de ces moments une grande sincérité, une grande fraicheur aussi. Comme dans les meilleurs teen movies, ceux qui regardent vivre les ados sans théâtralité, sans faux-semblant, et surtout sans intervenir. Et ici, ces ados vivent leur vie sans penser une seule seconde qu’ils sont filmés. Et sans se soucier le moins du monde de ce que les adultes peuvent penser d’eux.

Ces relations garçons-filles ne sont pas toujours très harmonieuses. On a plutôt l’impression qu’ils passent leur temps à se lancer des piques, à se moquer les uns des autres quand ce n’est pas purement et simplement s’insulter. Mais il y a aussi une certaine connivence entre eux. Après tout, ils vivent la même expérience. Des moments de solitude existent. Mais ils ne peuvent éviter de se retrouver en groupe, ne serait-ce que pour partager les moments d’ennui.

Sans surprise, la sexualité fait partie de leurs préoccupations essentielles. Ce que le film montre crument lorsque le trio qu’il suit plus particulièrement se retrouve dans un champ de maïs la nuit et joue à « vérité ou action ». Les questions très directes des filles finissent pat mettre mal à l’aise le garçon qui quitte brusquement le jeu. La vérité dans ce domaine n’est pas toujours facile à exprimer.

Un film court, mais qui aurait pu sans problème atteindre un format plus long. Mais c’est aussi une qualité du film que de nous mettre en appétit. L’adolescence est un bon filon cinématographique.

Côté court 2020

V COMME VACANCES – Journal

1998. Sigrid Bouaziz, 2019, 25 minutes.

Un journal de vacances, écrit pendant des vacances d’été, dans le sud de la France, par une jeune fille de 13 ans.

Un journal intime, écrit comme il se doit au jour le jour, en suivant la succession des jours. Une succession lente, qui n’en finit pas, qui arrivera bien à la fin des vacances, mais dont chaque jour, chaque heure, chaque minute semble une éternité. Une fin si longtemps attendue, si espérée qu’elle ne pourra qu’être hors champ dans le journal ; et donc dans le film.

Mais pourquoi le temps passe-t-il si lentement pendant les vacances ?

Ces vacances-là sont marquées par l’absence, le vide que crée cette absence. Un vide qui est un manque. Une place inoccupée. Un vide qui ne pourra être comblé que par les retrouvailles. Mais tout ce temps passé, toute cette attente n’aura-t-elle pas fait bouger les choses, n’aura-t-elle pas introduit ces petites modifications qui font que rien ne sera plus comme avant ?

Un journal qui dit l’intimité de ce manque, de ce vide, de cette attente. Mais qui est écrit pour l’autre. Qui ne doit pas rester secret. Qui est donc aussi une correspondance. Une suite de lettres, non envoyées par la poste, mais qui seront remises en main propre, dans le cahier où elles sont inscrites quotidiennement. Pour qu’enfin l’autre sache combien l’absence, la vacance, a été dure à supporter, et longue, interminable.

Un journal qui répète tous les jours le même vide, le même ennui, la même souffrance de l’absence.

Un texte écrit, mais oralisé par cette voix off qui déroule tout au long du film les pages du journal. La voix de l’adolescence amoureuse.

Une voix simplement accompagnée par les sons propres à la nature environnante, le chant des oiseaux et les cigales omniprésentes, obsédantes.

Des images aussi. Des arbres, des oliviers surtout, dans un jardin, dans la campagne autour d’une maison. Une maison de vacances dont nous explorons les pièces, les objets sur les meubles. Comme nous avons exploré le jardin, par de lents travellings, caméra à l’épaule, en vue subjective. Toujours le soleil. Et la plage, la mer, dans la séquence finale.

L’adolescente qui parle, qui écrit à son amie dont elle est éloignée le temps des vacances, la cinéaste nous la présentera dans cette fin du film, sur des photos, dans le groupe familial et un portrait, sur la plage. Les vacances vont se terminer, le manque sera comblé, la vie pourra reprendre.

Côté court, 2020.

S COMME SUMO.

Tu seras sumo. Gill Coulon. France-Japon, 2013, 83 minutes

Il n’est pas facile pour une cinéaste française d’aller filmer au japon dans un milieu qui semble, vu d’ici, aussi fermé et aussi codifié, que celui du sumo. Et il n’est pas toujours facile pour un spectateur français de comprendre le sens et la portée de ce qu’on a, vu d’ici aussi, souvent du mal à considérer comme un sport tant les rituels nous restent opaques, même après les avoir vus de multiple fois à la télévision. Mais il y a dans cette distance par rapport au contenu implicite de ce film comme un attrait irrésistible. D’autant que cet inconnu, ou ce mal connu, a quelque chose qui nous parle quand même, une fois dépassé une attitude de découverte qui se révèle vite illusoire. Quelque chose qui nous parle même très profondément, que ce soit dans la façon de filmer et surtout dans la façon que la cinéaste a de nous présenter un adolescent, vision qui a toutes les chances d’échapper à ses points d’ancrage locaux pour toucher à l’universel.

         Cet adolescent, que le documentaire va suivre tout au long d’une année clé de sa vie, s’appelle Takuya. Quand nous le découvrons, il vient de finir ses études secondaires et a passé avec succès son bac. Son père organise un grand repas pour fêter ça et pour annoncer le départ de Takaya à Tokyo (nous sommes dans une petite ville de province) où il vient d’être admis dans une célèbre école de sumo. Ce choix a tout pour surprendre, le principal intéressé au premier chef, qui lui se voyait plutôt continuer à pratiquer le judo, sport dans lequel il commençait à exceller. Mais même si ce n’est pas le choix du fils, le choix du père doit être suivi, sans hésitation  Peut-il d’ailleurs faire autrement ? Son père le prévient « Il n’y aura plus de place pour toi si tu reviens. » Mais après tout, n’y a-t-il pas chez tout adolescent, à un moment ou l’autre de sa vie, cette aspiration, ce rêve, de devenir un jour une star, et de triompher là où certains pouvaient parier sur son échec. En fait, l’histoire de Takuya se termine mal. Du moins en ce qui concerne le sumo. Mais rien ne dit que pour sa vie d’adulte commençant, cette année là soit entièrement négative.

         Le film contient peu de compétitions de sumo. Ce qui intéresse la réalisatrice c’est l’apprentissage. Elle filme donc longuement les entrainements. Et les repas, puisque le jeune apprenti doit d’abord gagner du poids. Le plus possible. Les séquences se suivent assez répétitives, dans le huis clos de la salle d’entrainement, mais c’est là que Takuya passe maintenant la majeure partie de sa vie. Il ne s’échappe de ce qui devient très vite pour lui une quasi prison que pour téléphoner le soir à sa sœur, la seule de sa vie passée avec qui il est resté en contact, la seule personne qui lui permet de garder contact avec la vie qu’il aurait pu mener, si…Au début Takuya semble s’engager sincèrement dans la voie du sumo, quitte à souffrir, dans son corps, et dans son orgueil, blessé par toutes les défaites, inévitables dans sa position de débutant. Au fur et à mesure du déroulement du film, la question devient de plus en plus pressante : jusqu’où tiendra-t-il.

         Le film qui s’affirme pourtant de bout en bout comme un documentaire (non sur le sumo comme sport, mais sur le devenir lutteur d’un jeune adolescent), prend ainsi de plus en plus la forme d’un récit qui pourrait très bien être un récit de fiction. Jusque dans le paroxysme de la scène, peu prévisible, où Takuya craque en plein entrainement et fond en larme devant son coach et ses partenaires d’écurie. Mais si l’émotion suscitée par le gros plan qui le filme est si intense, c’est bien parce que ces pleurs ne sont ni préparés ni feints. Tukuya n’a pas besoin d’être un bon acteur. Il est lui-même, tout simplement.

E COMME ENTRETIEN – Sheerazad Chekaik-Chaila et Antoine Schirer


A propos de la websérie DANS TON TEL


Sheerazad Chekaik-Chaika : A travers DTT, nous explorons les téléphones portables de huit adolescents qui nous plongent dans leurs usages les plus intimes. Surprenant et ludique, les deux écrans permettent à la fois une rencontre avec un jeune homme ou une jeune femme et une réelle découverte des usages
numériques actuels.


Comment est né l’idée de Dans ton tel


S. C-C. : J’ai l’habitude de rencontrer des collégiens et des lycéens pour discuter de mon métier de journaliste. Souvent, ces échanges me nourrissent car ils me permettent de rester en prise avec les préoccupations des plus jeunes et de questionner ma propre manière de m’informer ou
d’apprendre avec les nouvelles technologies en découvrant leurs habitudes. Bien sûr, il existe des addictions liées à cet objet, des risques d’enfermement numérique ou des dérives type cyberharcèlement ou même un accès facilité à des contenus inadaptés. Mais la plupart du temps, ces échanges dépassent de nombreuses idées reçues, y compris sur la place du divertissement, de
la désinformation ou des contenus complotistes qui circuleraient dans les téléphones portables des adolescents.

Antoine Schirer : Fin 2017, Sheerazad me parle de son travail d’éducation aux médias dans les lycées/collèges. Les histoires qu’elle me raconte viennent questionner mes pratiques professionnelles – je travaille alors au service vidéo du ​Monde.fr. ​Nous sentons assez vite l’envie de raconter ces histoires, et nous commençons à travailler, au départ dans l’idée de tourner un documentaire linéaire. Nous décidons de suivre et documenter, en immersion, un atelier autour de la thématique (8 séances de 2 heures). En mars 2018, nous commençons un tournage, en auto-production, avec une classe de 1ère de Roubaix.
En parallèle, nous rencontrons Alexandre Brachet, producteur et fondateur d’​Upian​, et c’est au fil de nos échanges avec lui que le projet va évoluer vers le format qui sera celui de ​Dans ton tel​.
Durant l’été 2018, l’Atelier de l’Audiovisuel Public lance un appel à projet intitulé “Ma vie sur les réseaux”. Nous avons eu la chance d’être sélectionnés, et le projet a ainsi pu voir le jour.


Comment avez-vous choisi les jeunes qui figurent dans chaque épisode

S. C-C. : Les huit adolescents qui participent au programme ont été rencontrés dans des lieux différents : dans des classes ou établissements scolaires où j’ai l’habitude d’intervenir, dans des lieux culturels, et même dans un centre commercial parisien…


Comment s’est déroulée la réalisation?


S. C-C. : Nous avons tourné de longs entretiens d’environ trois heures en studio. Pour chaque entretien, nous avons enregistré en temps réel l’activité au sein du téléphone portable. Les échanges dépassaient le cadre de la simple interview. Avec chacun.e, nous avons tâché d’instaurer un dialogue dans lequel il nous arrivait aussi de partager avec eux nos propres pratiques, nos expériences, nos surprises, nos remarques…


 A.S. : Il y a eu ensuite un long travail de montage et de post-production, sur environ 2 mois. Une des particularités de ce programme est donc ce “split-screen” (personne à gauche, téléphone à droite). Les captures d’écrans enregistrées lors des entretiens n’étaient souvent pas diffusables tel quel et il y a eu travail minutieux de remontage, d’animation, afin d’assurer une narration fluide et efficace.


Avez-vous des informations sur l’audience de la série ?

S. C-C. : Pas précisément à ce stade. C’est d’autant plus difficile de le mesurer car la web-série est multi-diffusé sur plusieurs plateformes de médias en ligne.


Dans ton tel n’a que 8 épisodes. D’autres sont-ils prévus ?


S. C-C. : On aimerait beaucoup, en explorant d’autres pistes de sujets, d’autres générations ou même d’autres pays…


Quel intérêt présente pour vous le format websérie ?


S. C-C. : C’est un format efficace, court et percutant qui nous oblige à trouver une écriture juste et précise.


N’êtes-vous pas tenté de réaliser un film documentaire sur ce sujet ?


S. C-C. : Pourquoi pas ! Un ami vient de terminer un film qui se rapproche de notre sujet. Pendant trois mois, il a filmé une classe média à Tourcoing. ça s’appelle “Regarde-nous” ! A voir !

Quels sont vos projets actuels ?

S. C-C. : Pour ma part, j’espère refaire rapidement du documentaire. En attendant, j’écris toujours des articles pour Libération, AEF et Mediacités. Je continue aussi à mener différents projets avec des ados, ça me donne beaucoup d’énergie !


A.S. : Je réalise des vidéos pour des médias en ligne (Le Monde, Mediapart…), souvent à la frontière entre le journalisme et le documentaire. Je viens aussi d’entamer une collaboration avec ​Forensic Architecture​, une équipe de l’Université de Londres qui recherche des méthodes d’investigation innovantes.

E COMME ENTRETIEN – Marion Gervais.

  • Si vous voulez bien commencer par quelques aspects biographiques…

M G : Oui, les dates importantes de mon parcours professionnel. La première date fondamentale c’est quand j’ai eu pour la première fois dans ma vie une caméra entre les mains, le premier jour aux Ateliers Varan. C’est la formation que j’ai faite aux Ateliers Varan. Le premier jour, on m’a donné une caméra et on m’a dit, vas filmer ce que tu veux, dans la rue. J’étais au Père Lachaise et je me suis retrouvée avec cet engin qui filmait le réel. J’étais en trance, c’était un grand moment.

Ensuite les moments importants, ce sont les sorties de mes films, Anaïs s’en va en guerre, La Belle vie et Louis dans la vie, chaque fois je donne tellement tout que ce sont des moments essentiels.

Dans La Belle vie, ce sont des jeunes qui quittent l’enfance et qui entre dans l’adolescence. Il y a un moment qu’on a tous vécu, entre 12-13 ans, ça dure très peu de temps, ça dure quelques mois un an, on n’est plus dans l’enfance et on n’est pas encore dans l’adolescence, on est dans ce truc transitoire, avec une espèce de sensation de toute puissance. On a l’impression que le monde est à nous et donc il y a cette bande de petits gars que je connais qui traversaient cette période. Ils avaient un skate, ils faisaient tout le temps du skate et j’ai pris ma caméra pour filmer ce rite de passage, que j’ai appelé la Belle Vie évidemment.

  •  Les autres jeunes que vous filez, Anaïs d’un côté et Louis de l’autre, sont quand même assez différents…

M.G. Ce qu’ils ont en commun ? Ce sont des êtres sur un fil, fragiles, pas dans les clous, qui trébuchent avec la vie. C’est pas l’autoroute du tout. Moi ce qui me touche, mes films sont des histoires de rencontre essentiellement. Je ressens une émotion forte. Il y a un effet de miroir fort entre mes personnages et moi-même. Et donc à ce moment-là, je prends ma caméra et je raconte de l’intérieur ces êtres à vif.

         – Oui, surtout Louis…

M.G. Oui, c’est presque un drame. C’est très complexe. Il tente de survivre., de trouver son chemin dans cette société codifiée. Il s’accroche à ses rêves, mais va-t-il les réaliser ? J’espère.

         – Pour la réalisation de ces films, est-ce que vous avez connu des problèmes particuliers, au niveau de la production, ou de la réalisation.

M.G. La chose la plus essentielle pour moi, c’est d’être libre, qu’on ne m’impose rien. Je fais ma tambouille comme je veux. On peut pas me réduire à quoi que ce soit, sinon je meurs. C’est comme ça. Je veux filmer en toute liberté. Les producteurs avec qui je travaille – Quark Productions – main dans la main me soutiennent énormément. Je suis obligée de passer par la télévision. Il y a pas 36 000 solutions, mais j’ai la chance d’avoir des diffuseurs qui respectent mon travail. Je gagne pas des milliards mais je suis libre. Donc je ne rencontre pas de problème de production ou de diffusion. Tout le monde sait qu’il faut me laisser libre, sinon je prends mon camion et je vais parcourir le monde et j’arrête de faire des films. Si on me soumet je meurs. On me parle de fiction mais je pourrais pas faire des films si je devais entrer dans le système. Je préfère renoncer. Manger plus de pâtes et vivre très simplement mais libre.

         – Justement, la fiction, c’est quelque chose qui vous tente quand même ?

M.G. En fait on m’avait contacté, On m’avait proposé. C’est vrai que dans mes films il y a une dimension cinématographique. C’est ce qu’on me dit. Mais je suis vraiment happée par le réel. A chaque fois. J’aime plus que tout ces êtres que je filme, qui sont ce qu’ils sont, et avancer avec eux et être avec ma caméra. C’est simple. J’ai mon micro son. Je fais tout moi-même, ça me paraît trop complique, écrasant, et ce serait renoncer à ma liberté que de me lancer dans la fiction aujourd’hui. Je suis accro au réel et au documentaire de création.

         – Vous avez réalisé aussi une websérie, La Bande du skate park…

M.G. En fait j’étais parti sur La Belle vie, ce 52 minutes. Donc en même temps que La Belle vie, mon dossier d’écriture est arrivé à France Télévision où ils faisaient des webdocs. Ils m’ont proposé de faire aussi une websérie. J’ai dit pourquoi pas. La seule chose que je demande c’est qu’on me mette pas dans les clous de la websérie, le fil narratif, l’intensité, moi je filme le réel, je vais tous les jours au skate park. Je construis quelque chose quand même, je sais ce que je cherche. Mais qu’on me demande pas de construire quelque chose qui n’existe pas. Je filme le réel. J’étais quand même curieuse. Je ne suis que de passage sur terre, et je me suis dit, je ne connais pas la websérie et je suis partie dans cette aventure. Mais j’avais bien mis les choses au point pour que je sois libre et qu’on ne me demande pas des trucs que je veux pas faire.

         – Et qu’est-ce que vous pensez de ce format, qui a un certain succès aujourd’hui ?

M.G. je suis une folle des formats longs et des formats classiques. Mais je trouve que c’est aussi un mode d’expression. Je suis très contente de la Bande du Skate Park et ce que j’ai réussi à dire à travers ces épisodes. C’est une autre manière de ressentir. Mais je suis très heureuse de revenir à mon format classique. C’est une expérience mais j’aime être dans mes formats longs et creuser, et approfondir.

         – Dans la production actuelle de documentaires, qu’est-ce qui vous parait le plus intéressant ? Est-ce qu’il y a des références pour vous, ou des coups de cœur ?

M.G. Le documentaire qui m’a scotcher littéralement, c’est M de Yolande Zauberman. Comment cette parole en yiddish, ce personnage « Meharem », sont puissants. Hormis la  force du sujet, de ce qui est raconté, il y a une puissance narrative. C’est le documentaire que j’aime. Il y a un avant et un après, il y a une maîtrise. Pour moi c’est du très très beau documentaire. Après, j’ai beaucoup aimé le film de Robin Hunzinger, Le recours aux forêts. J’ai regardé le dernier Cavalier, Etre vivant et le savoir, que j’ai adoré. Et puis Pauline s’arrache d’Emilie Brisavoine, magnifique.

         – Quels sont vos projets actuels ?

M.G. Je vais partir en tournage. C’est encore une histoire de jeune personne. Je vais filmer une jeune femme suisse, qui a 25 ans, que j’ai découvert à travers un livre qui s’appelle  Petite, que j’ai lu il y a deux ans. Et je suis tombée raide dingue de cette jeune fille qui écrivait ce livre. C’est une jeune fille qui a vécu dans un village en Suisse, tout propre, étriqué, cette société l’a totalement étouffée. Elle suit des entretiens d’embauche mais elle se demandait qu’est-ce qu’elle faisait là. C’est quoi ce monde, rien ne lui donne envie. Juste envie de mourir. Cette société lui renvoie une image d’elle-même tellement négative, elle coule. Elle a 15 ans, 16 ans, 17 ans, elle veut se suicider, mourir. Elle a fait des crises de peur panique. Et un jour, dans un sursaut de survie incroyable, elle décide de prendre la tangente, de prendre la route. Et avec trois francs six sous elle va parcourir le monde pendant 5 ans. Et à travers le voyage elle va découvrir que l’humanité n’est pas que terrible. Elle va découvrir qu’elle vaut quelque chose. Elle va se réparer et elle va découvrir l’écriture. Et moi j’arrive à ce moment-là. Je vais la filmer pendant des mois. Elle a 25 ans. Elle revient en Suisse. Elle veut toujours pas travailler comme on le lui impose. A travers cette jeune fille c’est un peu le portrait d’une jeunesse d’aujourd’hui, qui ne veut pas finir centenaire, qui n’aura pas de retraite, qui est dans un rapport à la vie très immédiat, assez philosophique en définitive. Voilà, c’est un peu difficile à raconter. C’est un portrait existentiel. Je vais filmer jusqu’en septembre l’année prochaine je pense et le film sortira en 2021. Il s’appellera Et puis au pire on meurt.

A COMME ADOLESCENTES.

Adolescentes, Sébastien Lifshitz,  2019, 135 minutes.

Adolescentes présente un panorama quasi exhaustif de ce qu’est l’adolescence aujourd’hui, à travers deux adolescentes, Anaïs et Emma,  filmées sur cinq années, depuis le collège jusqu’à la fin de leur scolarité secondaire, sanctionnée par l’obtention du bac. Elles quittent alors Brive, ville où elles ont vécu jusque-là et où se passe donc l’ensemble du film. Elles quittent leur famille, elles quittent leurs ami.e.s. Elles commencent une nouvelle vie. Et nous pouvons avoir l’impression, au bout de ces deux heures 15 passées en leur compagnie, que nous pouvons comprendre dans quel état d’esprit elles abordent leur avenir respectif.

Leur vie pendant ces cinq années d’adolescence, nous l’avons suivie pas à pas. Nous l’avons suivie dans leur famille, où c’est surtout la relation avec la mère qui compte. Des mères omniprésentes, accaparantes, au point qu’elles en deviennent insupportables. Des relations souvent tendues donc, et les affrontements verbaux ne sont pas rares. A l’évidence, il est grand temps, à la fin du film, de rompre le lien qui les relient à leur mère, même si cette rupture ne sera bien évidemment pas total.

Nous suivons aussi les relations sociales d’Anaïs et Emma, ce qui veut dire surtout la relation d’amitié très forte qui existe entre Anaïs et Emma. Mais il y a aussi les camarades de classe, ceux qu’on retrouve après les cours et avec qui on communique avec son portable.

De l’école, le collège puis le lycée (le lycée d’enseignement général pour Emma, le Lycée professionnel pour Anaïs),  nous en suivons quelques fragments de cours, l’accueil en début d’année en particulier avec sa formule récurrente (Il faut travailler), les  séances de maths où Anaïs est des plus dissipée et un éclair philosophique sur la vérité. Le tout dominé par l’angoisse des examens – brevet et bac – avec  l’explosion de joie à l’annonce des résultats, séquence inévitable dans tout film sur les ados.

Et puis les adolescentes parlent des garçons, surtout de ceux qu’elles trouvent beaux. Anaïs fera une dépression après sa rupture avec son petit ami (on les aura près peu vus ensembles, son premier amour. Mais l’essentiel, la question fondamentale, concerne la première expérience sexuelle. Le faire ou pas ? A quel âge ? Mais on en parle plus avant qu’après, car une fois fait, comme il fallait le faire, c’est fait.

Ce film est un documentaire, dont on peut dire qu’il est filmé comme un teen-movie, mais sans les « tics » du genre, les effets spectaculaires ou les petites provocations qui sont censées, surtout dans les productions américaines, donner du sel au spectacle. Ici sincérité, authenticité, simplicité, une certaine pudeur même, sont les caractéristiques d’un filmage qui ne refuse pourtant aucunement la qualité, et même la beauté, des images. Ici rien n’est excessif. Tout semble couler de source. Et chaque événement, grand ou petit, dont le film fourmille trouve un écho chez chaque spectateur, quel que soit son âge.

C’est aussi un film sur le temps qui passe, lentement mais inexorablement. Tout le film prend le temps de suivre cette traversée des années d’adolescence, faite aussi de petits riens souvent presque imperceptibles, mais qui tous nous font vibrer, sourire et rire, pleurer presque, nous émeuvent  sûrement. Le temps de l’adolescence est là tout proche, si commun et en même temps toujours surprenant. Un temps que personne ne voudrait quitter.

Comment ne s’attacherait-on pas à ces deux adolescentes, filmées avec tant d’empathie, un regard presque paternel de la part du cinéaste, mais aucunement paternaliste.

Un film qui sait parfaitement tourner la page d’une vision romantique de l’adolescence. Ce qui ne veut pas dire qu’il renonce à l’émotion. Loin de là.

A COMME ADOLESCENT – Louis

Louis dans la vie, Marion Gervais, 2019, 75 minutes.

En soufflant les bougies de son gâteau d’anniversaire de ses 18 ans, Louis fais un vœu : ne pas aller en prison ! Surprenant…D’où vient cette hantise ? Sa vie adolescent l’aurait-elle poussé hors du droit chemin. Arrivé à sa majorité, aurait-il pris la résolution de vivre dorénavant dans la plus stricte légalité ?

En tout cas, un incipit qui réussit parfaitement à susciter la curiosité du spectateur.

Le film de Marion Gervais est un portrait d’adolescent comme il en existe bien d’autres, un adolescent filmé au moment où il va franchir une étape importante dans sa vie, s’engager peut-être dans la vie adulte, en quittant en particulier le toit familiale pour s’installer dans un appartement où il devra assumer son autonomie.

Un adolescent donc qui ressemble à ceux de son âge, par son langage, par ses goûts musicaux, par son refus systématique de l’autorité, surtout parentale, qui s’incarne ici dans sa relation à sa mère, une mère qui fait ce qu’elle peut pour aider son fils, mais qui donne aussi l’impression d’être parfois un peu dépassée.

Louis est souvent en colère et la violence intérieure qu’il ressent, il l’exprime dans des éclats qui restent quand même verbaux. Mais il sait aussi être sentimental, et il manifeste souvent beaucoup de douceur dans ses relations avec sa petite amie.

Au-delà de son rapport au travail (il entreprend un apprentissage), c’est son rapport à l’argent qui domine sa vie. Louis a une obsession : faire des économies et avoir le plus d’euros possible sur son compte en banque. Difficile quand il faut assurer les dépenses incontournables de la vie. C’est par le biais de ce rapport à l’argent que la cinéaste va, par petites touches, aborder le rapport de Louis à la justice.

Louis n’est pas un délinquant. Il n’est pas présenté comme tel. Mais il a fait « une connerie » qui aurait pu le faire sombrer dans la délinquance. S’il a pu s’offrir une moto avec de l’argent « propre », la tentation de l’argent « facile » reste bien réelle dans son esprit. Le film ne nous assure pas qu’il saura éviter tout faux pas. Mais il montre que son avenir dépend entièrement de lui. Dans une vision très existentialiste, Louis est seul responsable de sa vie.

A COMME ADOLESCENCE- Filmographie.

L’adolescence, un âge idéal pour le cinéma documentaire ? Un âge difficile à appréhender, parce que si changeant. Un âge difficile à comprendre, parce si complexe et qui sait être déroutant. Un âge surtout difficile à accepter dans ses multiples facettes, tant il s’évertue souvent à remettre en cause l’ordre établi par les parents et les adultes. Mais un âge idéal pour un cinéma qui ne veut pas en rester aux clichés et aux stéréotypes. Un certain nombre de films savent se montrer à la hauteur de la difficulté en nous proposant des portraits d’adolescentes et d’adolescents plus attachants les uns que les autres, en explorant avec eux leur contexte de vie, dans la famille, à l’école, avec leur.e.s ami.e.s. L’authenticité en est la marque la plus frappante.

17 ans de Didier Nion

18 ans de Frédérique Pollet Rouyer

68 raisons de penser aujourd’hui de Valérie Cibot

800 kilomètres de différence de Claire Simon

L’accord du pluriel de Oliviers Smolders

L’âge adulte de Eve Duchemin

L’année des lucioles de Chantal Briet

Arman ? 15 ans, l’été de Blaise Harrison

Bélinda de Marie Dumora

Bleu, blanc, rouge de mes cheveux de Josza Anjembe

La chasse au Snark de François-Xavier Drouet

City Lights. Portrait d’une génération perdue de Dorothée Lorang et David Beautru

La Cour des murmures de Grégory Cohen

Dans la terrible jungle de Caroline Capelle et Ombline Ley

Les enfants de la jungle de Stéphane Dandois

Enfants du terril de Frédéric Brunnquell, Anne Gintzburger

Examen d’Etat de Dieudo Hamadi

Garçon boucher de Florian Geyer

Grands comme le monde de Denis Gheerbrant

Hikikomori, à l’écoute du silence de Diorothée Lange et David Beautru

Jeux criminels d’Adrien Rivollier

Le Printemps d’Hana de Sophie Zarifian et Simon Desjobert

Mes parents sont homophobes de Anelyse Lafay-Delhautal

Nos Fiançailles de Chloé Mahieu et Lila Pinel

Nous ne vendrons pas notre avenir de Niki Velissaropoulou

Nous, Princesse de Clèves de Régis Sauder

Pauline s’arrache d’Emilie Brisavoine

Question d’identité de Denis Gheerbrant

Récits de la jeunesse de Jean-Michel Carré

Les rêves dansant, sur les pas de Pina Bausch de Anne Linsel et Rainer Hoffmann

Roméo et christina de Nicolas Hans Martin

Les Roses noires d’Hélène Milano

Spartacus et Cassandra de Ioanis Nuguet

Swagger d’Olivier Babinet

Tant la vie demande à aimer de Damien Fritsch

Toto et ses sœurs de Alexander Nanau

Tu seras sumo de Jill Coulon

Un peu, beaucoup, passionnément de Fabienne Abramovich,

Une année d’espoir de Mikala Krogh

Une jeunesse amoureuse de François Caillat

Les Voraces de Jean Rousselot

Y.O.L.O de Karim Bey

yolo3

J COMME JUNGLE – Terrible.

Dans la terrible jungle, Caroline Capelle, Ombline Ley, France, 2019, 81 minutes.

Ce n’est pas un film sur le handicap, même si du début à la fin nous ne voyons que des handicapés, malvoyants et non-voyants, ou atteints pour certains d’un handicap psychique plus lourd au point de ne pas posséder la parole.

Ce n’est pas un film sur l’adolescence, même si les handicapés que nous suivons tout le long du film sont des adolescents, de moins de 20 ans certainement puisque c’est la limité d’âge de l’établissement où ils résident.

Ce n’est pas un film sur les établissements accueillant des adolescents handicapés, même si nous ne quittons pas l’IME où le film est tourné.

Ce n’est pas un film sur la musique, même si ces adolescents, comme tous les adolescents, aiment chanter et connaissent par cœur les paroles de bien des tubes. Et même si l’IME utilise la musique dans un atelier thérapeutique.

terrible jungle 2

Ce n’est pas un film qui mélange fiction et documentaire, malgré ce que veut faire croire la communication du film, le synopsis à destination la presse en particulier. C’est un documentaire en bonne et due forme. Un simple documentaire pourrait-on dire, ce qui n’a rien de péjoratif. Bien au contraire.

terrible jungle 4

Mais de fiction, nulle trace ! Pas de récit suivi, avec un début et une fin, et des événements intermédiaires, rebondissement et surprises. Certes, certaines scènes sont mises en scène et les adolescents filmés jouent souvent un rôle – leur propre rôle. Mais n’est-ce pas le cas de tous les films, quel que soit le genre dans lequel les tenants de classements prétendent le ranger. Dans la terrible jungle ne renvoie pas vraiment non plus au modèle du « cinéma direct » et ne pratique pas une immersion systématique, malgré l’unité de lieu. Le film est plutôt construit comme une succession de tableaux, de séquences qui peuvent être relativement courtes – se limitant parfois à un plan fixe réalisé avec un cadre plutôt large – et dont le nombre pourrait être réduit, ou multiplié, sans que le film perde son unité et son sens. Une suite de mini-portraits, sans prétention d’établir des biographies, mais avec une empathie évidente. Il s’agit donc d’un « regard » personnel des réalisatrices qui ne se privent pas d’intervenir dans la situation filmée, dans la mesure où elles s’affirment comme n’étant pas étrangères au processus filmique. Ce que souligne la séquence où une des personnages s’adresse directement à elles, faisant ainsi exister matériellement le hors-champ, la conception et la réalisation du film.

terrible jungle 3

Dans la terrible jungle est le premier long métrage des réalisatrices. On souhaite sincèrement à ce duo une longue existence cinématographique.

PS : le film est tourné dans le nord de la France, mais ne fait aucune référence à Calais. La jungle dont il s’agit est celle d’une chanson – à découvrir.

B COMME BRÉSIL 2 .

Puisque nous sommes nés, Jean-Pierre Duret et Andrea Santana, France-Brésil, 2008, 90 minutes.

Une station-service, sur le bord d’une grande route, c’est tout un monde. Le soir surtout, elle déborde d’activités. Les gros camions, imposants avec leurs remorques, s’y arrêtent pour faire un brin de nettoyage, surtout des pare-brise. Bien alignés sur les parkings, ils sont prêts à repartir à la première heure le lendemain. Les cars déversent leur cohorte de touristes qui se précipitent sur les boutiques, choisissent quelques souvenirs et se rendent au restaurant. Dans le film de Duret et Santana, deux adolescents du coin s’y rendent tous les soirs et y passent une bonne partie de la nuit, essayant de gagner quelques sous ou de trouver quelques restes mangeables sur les tables abandonnées. Ils évoquent leur vie, leurs souffrances, leurs rêves, quand ils en ont encore.

Puisque nous sommes nés 10

Le film est placé sous le signe du trafic routier, intense, rapide, bruyant. L’ouverture montre des enfants jouant sur un muret en bordure de la route. Les rafales de vent provoquées par les camions lancés à toute vitesse sont tellement violentes qu’on a l’impression qu’ils ont du mal à rester debout. Mais c’est cela leur jeu. Une façon encore innocente de côtoyer la mort.

« Que fais-tu pour oublier ta faim quand tu n’as rien à manger ? », demande l’un des adolescents à son copain. Cocada, le plus grand, ne rêve que d’une chose, devenir chauffeur routier. Il passe déjà la nuit endormi dans la cabine de son ami chauffeur qui le considère presque comme son fils. Il a vu son père assassiné mourir dans ses bras. Une blessure qui reste indélébile en lui. Son copain, Nego, n’a plus de rêve d’avenir. Il parle de chercher un poison pour en finir rapidement. Sa mère a dix enfants, ce qui fait beaucoup à nourrir. Son père est parti, ou il est mort, on ne sait pas très bien. En tout cas, il n’a pas de père. Nego passe sa journée en petits travaux domestiques, égrène le maïs, garde les chèvres. Parfois il gagne un peu d’argent en portant sur une brouette les achats d’une vieille dame. Sa mère insiste pour qu’il aille à l’école et fasse ses devoirs. Mais le film ne montre pas l’école. Existe-elle seulement ?

Puisque nous sommes nés

 

Puisque nous sommes nés est réalisé pendant la campagne électorale qui conduira à la réélection de Lula, le « président des pauvres », comme il le dit dans un fragment de discours qui nous est donné à voir. Tout au long du film, des haut-parleurs appellent à voter pour les élections législatives. Mais cette agitation politique ne semble pas préoccuper en quoi que ce soit les adolescents. Les adultes non plus d’ailleurs. Les contraintes de la vie quotidienne, avec ses incertitudes, ne leur en laisse guère le temps… Le vieux fabricant de tuile, par exemple, a du faire bruler le cadavre de sa vache morte. Il en achète une autre mais devra faire un nombre impressionnant de tuiles supplémentaires pour payer ses dettes.

Comme les deux précédents films du tandem Duret-Santana (Romances de terre et d’eau ; Le Rêve de São Paulo) Puisque nous sommes nés est un film qui montre la difficile survie d’une partie de la population brésilienne. Lors de la distribution d’eau effectuée par un camion-citerne, certains repartent sans avoir pu remplir leur bassine de la moindre goutte. La route elle, est toujours animée. Le trafic ne s’arrête jamais. Cocada réussira-t-il à l’emprunter un jour au volant d’un camion ? Pour l’heure, il fait partie de ceux qui regardent passer la circulation et restent sur le bord de la route.

I COMME IDENTITÉ.

Question d’identité, Denis Gheerbrant, 1986, 53 minutes.

Tourné en six mois en 1985, Question d’identité précède de presque 20 ans les émeutes qui enflammèrent les banlieues françaises dans les années 2000 et qui mirent de façon violente sur le devant de la scène médiatique et cinématographique les problèmes spécifiques des jeunes des cités. Centré comme son titre l’indique sur la question de l’identité des jeunes issus de l’immigration, le film de Denis Gheerbrant évoque bien les enjeux qui deviendront cruciaux par la suite – la réussite scolaire, le chômage et l’accès à l’emploi, l’insertion sociale et le racisme -, mais il le fait d’une façon que l’on peut qualifier de « soft ». Le portrait qu’il dresse de trois jeunes d’origine algérienne vivant en banlieue parisienne ne met pas en avant leur marginalité. Même s’ils sont conscients des difficultés particulières qui sont les leurs du fait de leur origine et de leur position sociale, ce ne sont pas des jeunes révoltés. Ils n’ont pas « la haine ». D’ailleurs le mot n’est pas prononcé dans le film et le langage qu’ils emploient n’a pas grand-chose à voir avec celui des héros du film de Mathieu Kassovitz (La Haine, 1995). Les Farid, Naqguib et Abdel de Gheerbrant n’ont pas l’intention d’entrer en guerre contre la société. Ils affirment seulement vouloir vivre leur vie et qu’on les laisse vivre leur vie. Ce n’est pas un hasard si la seule manifestation qu’ils évoquent dans le film est la « grande marche des beurs » de 1983, cette montée à Paris des jeunes de Marseille ou des Minguettes, qui cristallise cette revendication à l’existence. Des violentes confrontations avec la police qui existent déjà ça et là à cette époque il n’est pas question. Le film de Gheerbrant annonce-t-il l’explosion à venir ? L’affirmer serait sans doute une illusion rétrospective. Mais il n’en est pas moins évident qu’il contient en germe les éléments de cette problématique des banlieues qui deviendra centrale dans la vie sociale et politique du début du xxie siècle.

question d'identité 3

Comment ces jeunes vivent-ils leur situation d’enfants d’immigrés ? Quelle est leur relation à leur culture d’origine ? Qu’en gardent-ils ? Que veulent-ils en garder ? Se sentent-ils encore algériens ? Le film de Gheerbrant présente globalement la diversité de leur situation administrative. L’un est français pour être né en France et il n’a jamais été en Algérie. Un autre a la double nationalité. Un troisième est de nationalité algérienne et n’a comme papier qu’une carte de résident valable uniquement dix ans. Une des originalités du film de Gheerbrant est de poser ces questions à l’occasion d’un voyage au « bled », en petite Kabylie, pour les vacances. Les réactions de ces jeunes sont particulièrement ambivalentes. D’un côté, ils sont émus par la beauté des paysages (l’un d’eux se sent devenir poète et déclame des vers de Victor Hugo). Ils sentent confusément la présence en eux de leurs racines. Mais, d’un autre côté, ils se sentent aussi étrangers à ce pays qui leur fait sentir qu’ils n’en font plus partie. C’est la possibilité même du retour, maintenant ou plus tard, qui est ainsi mise en question. La séquence du voyage en Kabylie se situe dans le film avant la fin de son premier quart d’heure. En fait, pour les jeunes, ce n’est qu’une parenthèse. L’essentiel se déroule en France. C’est là qu’ils ont presque toujours vécu. C’est là qu’ils continueront à vivre, même en s’affirmant Arabes et Kabyles.

question d'identité 4.jpg

         « T’es trop curieux. Tu cherches à en savoir trop sur notre vie ». Dès le début de son film, Denis Gheerbrant s’interroge sur sa position de cinéaste face à ces jeunes des banlieues qui font partie d’un autre monde que le sien. Ses trois personnages vont, tout au long du film, lui renvoyer cette différence. S’ils ont quand même accepté de se laisser filmer, c’est parce qu’une certaine connivence s’est établie. « Tu as galéré six mois avec nous ». La différence reste fondamentale, même si elle est atténuée. « Quelle musique tu écoutes », demande le cinéaste. « Ça ne te regarde pas » lui est-il répondu. L’important, c’est de ne pas se laisser enfermer dans les stéréotypes.

question d'identité 5

La dernière séquence du film résonne cependant comme un échec. « C’est pas évident de faire un film » Le cinéaste pose des questions. Il obtient des réponses. Mais ne sont-elles pas faites trop facilement ? Correspondent-elles véritablement à ce que l’on veut dire ? Un film, « ça casse l’intimité ». Beaucoup de cinéastes passeront outre cette vérité, avec plus ou moins de bonheur, sans parler des reportages télévisés. Gheerbrant interroge le regard qu’il pose sur la banlieue et ses jeunes. Par-là, il désigne l’enjeu fondamental du cinéma documentaire dans son approche de la réalité sociale.

question d'identité 7

A COMME ARMAND

Armand, New York, Blaise Harrison, 2016, 18 minutes.

Blaise Harrison avait déjà filmé Armand pendant les vacances d’été de ses 15 ans (Armand, 15 ans l’été, 2011). Armand était alors un adolescent particulièrement attachant, beau parleur, au physique « un peu enveloppé » comme il dit, mais visiblement cela ne l’empêchait pas d’être bien dans sa peau. C’était l’été, la période de l’insouciance, de la paresse et des sorties avec les copines quand on ne regarde pas la télé. Un film pétillant de joie de vivre, malgré les interrogations sur l’avenir.

armand 4

Harrison retrouve Arman 5 ans plus tard, à New York, pour un film plus court – 18 minutes contre 50 dans le premier- mais tout aussi inventif dans le filmage et le choix des cadrages, comme en témoigne ce long travelling sur les immeubles new yorkais, filmé depuis un métro aérien, à travers une vitre pas très propre. On peut d’ailleurs voir dans ce plan séquence un hommage à celui qui constitue la quasi-totalité du film de Depardon intitulé New York N. Y. Sauf qu’ici nous entendons Armand en voix off qui poursuit sa réflexion sur lui-même et le sens de sa vie.

armand 8

Qu’est-ce qui a changé en 5 ans chez Armand ? Le physique bien sûr. Maintenant il porte la barbe – fournie – et il paraît beaucoup moins « enveloppé » qu’à 15 ans. Et puis il s’est affirmé gay, sans complexe. Pour le reste il est toujours aussi bavard, toujours aussi préoccupé par sa propre personne, et pas seulement par son physique, même si sa façon de s’habiller en particulier ne doit rien devoir au hasard. . Mais dans la mégalopole américaine, il semble plutôt solitaire. Alors il parle au cinéaste, avec qui il est à l’évidence devenu ami, comme en témoigne le plan final, post générique, où Harrison rejoint son « personnage » pour poser avec lui devant la skyline de New York vue depuis la rive de l’Hudson.

armand 7

Mais l’événement de ces cinq années qui séparent les deux films, c’est le décès de sa mère lorsqu’il avait 17 ans. Une disparition douloureuse et qui introduit dans les propos d’Armand le thème de la mort, une prise de distance par rapport à la vie dont il était bien loin à 15 ans.

armand 6

Suivre un personnage sur plusieurs années, ou le retrouver après un laps de temps non négligeable, est un dispositif particulièrement porteur dans le cinéma documentaire ou à la télévision. En 18 minutes, Blaise Harrison compose une tranche de vie de son personnage. Un voyage outre atlantique qui permet au cinéaste de nous offrir des plans caractéristique de la vie newyorkaise – les avenues, les gratte-ciel, Central Park et la plage…mais aussi de prendre la mesure du devenir-adulte d’un adolescent.

Armand, New York est accessible sur le site CIEL (Cinéma Indépendant En Ligne) à l’adresse http://ciel.ciclic.fr/ciel15-armand-new-york-de-blaise-harisson-court-metrage-en-ligne?fbclid=IwAR2xea4OimGmatU7RsMKWl0yhf8kZ3D3qBJ89IVeUMrht-pndtqvS82OY9M

%d blogueurs aiment cette page :