V COMME VISITE

La Visite de Laetitia Carton

Le film de Laetitia Carton fait partie d’une collection de dix films – cinq sont déjà achevés – réalisés sur le même principe : une rencontre entre une personne porteuse d’un handicap dans le cadre d’un établissement culturel, musée, château ou bibliothèque. Ces films sont ainsi situés par exemple dans le château de Versailles, la basilique de Saint Denis ou au Louvre. Celui de Laetitia Carton prend place dans le musée d’art moderne de la ville de Paris. Nous y découvrons la façon dont Julie, jeune trisomique, découvre les toiles de la collection permanente et les fresques qui décorent certaines salles. Un rapport à l’art totalement surprenant, inédit et d’une grande force émotive.

La cinéaste accompagne donc Julie d’un bout à l’autre du film. Dans un des premiers plans, elle la prend par la main et monte avec elle un escalier. Dans tout le film elle la guidera de salle en salle, elle l’attendra lorsque, fatiguée, elle s’allongera sur un banc face aux tableaux. Et surtout, elle lui parlera, elle l’aidera à exprimer ses émotions, et tout particulièrement lorsqu’elles deviennent si fortes que la jeune fille se sent submergée, au point de ne pouvoir exprimer rien d’autre que sa peur. La peur de la mort qui vient interrompre le plaisir de la contemplation esthétique, avant qu’elle ne puisse reprendre la visite grâce à l’intervention de la cinéaste.

Cette visite est donc aussi une rencontre entre une cinéaste et une personne handicapée, une rencontre forte, sincère, authentique, qui ne peut que questionner le spectateur sur son propre rapport au handicap. Elle filme donc Julie en toute simplicité, dans son rapport avec les tableaux, dans sa découverte de l’art de XX° siècle. Elle la filme reproduisant les gestes qui ont pu être ceux de l’artiste dans son travail de création. Elle la filme dansant devant La Danse de Matisse, des mouvements à l’unisson avec ceux des corps représentés dans l’œuvre. Elle la filme s’intégrant parfaitement à La Fée électricité de Dufy. Elle la filme s’étonnant devant le corps bleu et nu – Martial Raysse dans l’oeuvre d’Yves Klein – ne cachant pas le sexe masculin. Julie lit le titre des œuvres. Elle devient notre guide dans ce voyage artistique que les gros plans sur les toiles nous permettent de réaliser. Une visite-rencontre, ou une rencontre-visite, d’un musée comme aucun des spectateurs du film n’a pu jusqu’alors en réaliser. Un film qui donne un sens nouveau – inédit – à la vision de l’art dans le cinéma documentaire.

Ce film a été sélectionné au Festival Européen du Film d’Éducation d’Évreux.

Sur le film de Laetitia Carton J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd lire S comme Sourds

S COMME SOURDS

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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