M COMME MOKELE-MBEMBE

L’Hypothèse du Mokélé-Mbembé de Marie Voignier, 2011, 78 minutes.

C’est un film simple, très simple. Où il ne se passe  pas grand-chose. Pratiquement rien en fait. On attend, c’est tout.

Nous sommes en Afrique. Dans une forêt. Une forêt dense, épaisse, dans laquelle on ne se déplace qu’en ouvrant son chemin à la machette. Il y a un fleuve. Large, tranquille. Sur lequel la pirogue glisse e, silence. Il y a des villages et des villageois. Bavards les villageois. Il suffit de les interroger, de leur montrer les images de l’animal. S’ils ne l’ont pas vu eux-mêmes, ils connaissent bien sûr quelqu’un qui, lui, l’a vu. Alors il doit bien exister.

Cet animal, un gros serpent, avec une tête de tortue peut-être, surmontée d’une corne, qui ressemble à un dinosaure, vit dans les creux profonds du fleuve. Michel, l’explorateur blanc, voudrait bien le voir, le prendre en photo, le faire connaître peut-être. Alors, il vient tous les ans dans cette partie de l’Afrique où le bouche à oreille a signalé sa présence. Le film ne dit pas grand-chose de ce personnage, ni d’où il vient, ni quelles sont ses motivations profondes. Il nous le montre, toujours très calme, posé, pas du tout le mystique illuminé ou le pseudo-savant obnubilé par son idée fixe. Il a toujours avec lui son carnet de croquis où il a dessiné l’animal, à partir de ce qu’il a entendu en dire. « Ce sont des photos ou des dessins ? » demande un villageois. Comme quoi, si on avait pu le photographier, on aurait une preuve de son existence. Cet Africain est d’ailleurs particulièrement perspicace. « Comment peut-on le dessiner si on ne l’a pas vu ? » Car Michel n’a jamais vu l’animal. Mais il est patient. Capable de passer des heures, des journées, sur la rive du fleuve. Et si, comme on le lui dit et le lui répète avec insistance, il faut se mettre dans une disposition particulière (« se blinder ») pour avoir une chance de le voir, il est prêt à répondre à cette exigence. Une chose est sûre, c’est vraiment difficile de voir le Mokélé-Mbembé. Ce n’est pas donné à tout le monde de réussir.

Le film ne tranche pas sur l’existence réelle de cet animal. Le titre d’ailleurs est à ce niveau explicite. Pourtant il ne s’agit pas uniquement d’une mise en scène d’une légende traditionnelle, ou d’un appel à entrer dans le monde du merveilleux. Ce n’est pas non plus un film ethnographique. Il n’a aucune prétention scientifique. Il se contente de nous laisser savourer cette atmosphère particulière de la forêt africaine et du fleuve, si propice au mystère.

Film diffusé sur la plateforme consacrée au cinéma documentaire Tënk.

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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