A COMME ABECEDAIRE – Rosine Mbakam.

Née au Cameroun, elle vit et travaille en Belgique.

Belgique

Les Prières de Delphine

Chez jolie coiffure

Cameroun

Les Prières de Delphine

Les Deux Visages d’une femme bamiléké

Clandestinité

Chez jolie coiffure

Famille

Les Prières de Delphine

Les Deux Visages d’une femme bamiléké

Femme

Chez jolie coiffure

Les Deux Visages d’une femme bamiléké

Immigration

Les Prières de Delphine

Chez jolie coiffure

Maternité

Les Prières de Delphine

Portrait

Les Prières de Delphine

Chez jolie coiffure

Les Deux Visages d’une femme bamiléké

Tradition

Les Deux Visages d’une femme bamiléké

Travail

Chez jolie coiffure

Viol

Les Prières de Delphine

A lire I COMME IMMIGRATION – coiffure

P COMME PROSTITUTION – Afrique

Les prières de Delphine. Rosine Mbakam, Cameroun-Belgique, 2021, 90 minutes.

Elle est face à la caméra, presque immobile. Face à la cinéaste, son amie. Elle est presque allongée sur son lit, dans cette chambre dont on ne sortira jamais. Un cadrage qui ne changera pratiquement pas de tout le film. Sauf pour de rares regards sur une fenêtre ou sur le mur. Ce ne sont pourtant pas des plans de coupes. On ne doit pas quitter une seconde Delphine.

Delphine parle. Le film est fait de sa parole. Un film de parole, une cure presque comme dirait un psychanalyste. Delphine a besoin de parler. De parler de sa vie. De mettre sa vie en paroles. Elle s’adresse à Rosine, la cinéaste, qui l’écoute, qui est lè pour l’écouter, pour recueillir sa parole. Un monologue même si de temps en temps Rosine intervient, pose une question, jamais très longuement. Le film n’est pas un entretien. Mais il est essentiel qu’il y ait quelqu’un pour écouter la parole. C’est le sens de l’incipit, où Delphine s’adresse à Rosine pour lui demander de s’assoir, de ne pas rester debout, devant elle. Il faut une certaine intimité, une connivence, même s’il ne s’agit pas d’un échange. La cinéaste n’est pas une étrangère. Elle aussi vient du même pays d’Afrique. Elle aurait pu avoir la même vie que Delphine.

Le film est le récit de la vie de Delphine. Un récit qui pourtant ne couvre pas la totalité de sa vie. Delphine ne parle pratiquement que de l’Afrique. De sa jeunesse donc. De son enfance qui n’a pas été une enfance. De sa famille, de ses parents qui n’ont pas été des parents. Sa mère est morte lorsqu’elle était petite et son père ne s’est jamais occupé d’elle. Ses sœurs non plus d’ailleurs. Dans sa vie, elle n(a du compter que sur elle-même. Depuis qu’elle est arrivée en Europe, e, Belgique, elle est mariée et a des enfants. Mais de cette nouvelle vie elle ne parle pratiquement pas. Le récit de Delphine ne concerne que l’Afrique. Le film ne traite pas de l’immigration.

Rosine MbakamLe récit de la vie de Delphine est le récit du malheur. Un malheur qui semble prédestiné, auquel elle ne peut échapper. Violée à 13 ans, elle n’a d’autre moyen pour survivre – pour vivre tout simplement – que de se prostituer. Vendre son corps, comme elle dit, est le seul moyen à sa disposition pour gagner un peu d’argent, l’argent nécessaire pour faire soigner sa nièce, dont sa sœur ne s’occupe pas. La mort de cette nièce, plus que le viol peut-être, sera le point de bascule de toute sa vie. Le moment où elle fait l’expérience de l’injustice, de la haine dont est capable la société jusque dans sa famille.

Pourtant Delphine ne se laisse pas aller au désespoir. Jusqu’à la grande scène finale où elle craque, elle est plutôt souriante, enjouée, pleine d’humour et d’ironie. Elle s’affirme battante, prête à combattre. Pourtant elle finit par sombrer, comme si les efforts qui furent les siens tout au long de son récit pour raconter sa vie n’avaient subitement plus de sens. Ses pleurs, ses cris, sa violence, comment tout cela pourrait ne pas éclater enfin ? Car le film ne peut pas faire croire que les souffrances qu’a connues Delphine ne laissent pas de traces, qu’elles ne sont qu’un lointain souvenir qu’il serait possible d’oublier. La parole de Delphine n’est pas n’est pas un moyen pour se reconstruire. Ce n’est pas une thérapie. C’est une revendication, un appel à la justice, pour toutes les femmes, en Afrique et ailleurs, qui sont toujours victimes.

Si les femmes sont des victimes, c’est que les hommes sont des bourreaux.

Prix du jury jeunes, Cinéma du réel, 2021.

Sur le précédent film de Rosine Mbakam, on lira I COMME IMMIGRATION – coiffure

P COMME PYGMEES

Makongo. Elvis Sabin Ngaïbino, Centrafrique, Argentine, Italie, 2019, 72 minutes.

Les pygmées n’ont pas toujours une vie bien rose. Non seulement leurs conditions de vie dans la forêt sont particulièrement difficiles, mais en plus ils sont systématiquement l’objet de discriminations. Dès qu’ils se rendent en ville, il leur faut supporter quolibets, moqueries et autres insultes. D’une manière générale, ils ne sont pas considérés tout à fait comme des hommes.

C’est le grand mérite du film d’Elvis Sabin Ngaïbino de nous plonger dans la vie d’une communauté pygmée dans la forêt en Centrafrique. Il nous faire découvrir leur culture, leur choix de vivre en respectant leurs traditions, mais aussi, surtout pour les plus jeunes, leur volonté de s’ouvrir au monde, essentiellement par l’éducation.

Nous suivons plus particulièrement deux jeunes garçons, qui finissent leur scolarité en collège pour l’un et au lycée pour l’autre. Ils rêvent de pouvoir poursuivre des études. Mais il leur faudra pour cela aller vivre à la capitale, ce qui en soi est une épreuve difficile à affronter.

En attendant, le plus grand donne des leçons aux enfants. Dès leur plus jeune âge, il entreprend de leur apprendre à lire et à écrire, en commençant par la reconnaissance des lettres et des chiffres. Les enfants répètent en chœur et avec application le nom des voyelles, en français. Mais rien ici n’est facile. La craie coûte cher et il faut l’économiser le plus possible.

La grande affaire de la communauté, c’est la récolte des chenilles (Makongo = chenilles). Il faut d’abord être attentif au moment où elles seront prêtes pour la cueillette. Celle-ci mobilise toute la communauté, car c’est le seul moyen pour elle d’avoir quelques revenus. Après l’expédition en forêt pour la récolte, il faudra les faire griller, et aller les vendre à Bangui, ce qui n’est pas une mince affaire. L’hébergement sur lequel les deux jeunes futurs étudiants pensaient pouvoir compter leur est refusé et ils doivent dormir dans la rue. Au marché, il y a bien des acquéreuses de leurs chenilles (plat national apprend-on), mais toutes s’évertuent à faire baisser les prix. Une confrontation difficile avec les lois du marché.

Le film comporte deux séquences particulièrement émouvantes. En premier lieu l’enterrement d’un enfant nouveau-né et le discours que lui adresse son père. Puis en clôture du film la désignation des enfants qui vont pouvoir aller à la « vraie » école. La vente des chenilles a permis de réunir quelques fonds pour cela, mais pas suffisamment pour payer la scolarité de tous les enfants. Le choix se fait par tirage au sort. Les heureux élus ne manifestent pas leur joie, en pensant visiblement à ceux qui n’ont pas leur chance. La caméra essaie de capter en gros plan les visages de ces derniers où apparaissent des larmes, discrètes mais bien réelles. Un appel à l’aide, silencieux, mais qui n’en est que plus fort.

R COMME ROUCH Jean. – cinéaste et ethnographe.

Cinéaste français (1917 – 2004)

         Jean Rouch n’est pas devenu ethnologue parce qu’il était cinéaste, il est devenu cinéaste parce qu’il était ethnologue. Le cinéma, il le découvrit un peu par hasard, comme outil de l’ethnographie. Le premier film de Rouch (Au pays des mages noirs, 1946) fut donc un film ethnographique, comme certains de ceux qui suivront, en particulier Les Maîtres fous, le film auquel il doit d’être connu au-delà du cercle étroit des spécialistes de m’ethnologie. L’ethnographie, il ne l’abandonna pas vraiment après avoir découvert le cinéma. Ses compétences de spécialiste en ce domaine sont reconnues officiellement par l’obtention d’une thèse de doctorat sous la direction de Marcel Griaule. Mais découvrant le cinéma en Afrique, Rouch deviendra cinéaste, bien au-delà de la simple perspective du cinéma ethnographique. Les Maîtres fous, c’est d’abord et essentiellement un film, reposant sur un dispositif original et novateur, avant d’être de l’ethnographie.

         Rouch l’Africain blanc. Ce qualificatif affectueux dit tout de l’homme et du cinéaste. Il découvrit l’Afrique dès 1942 pour y revenir après-guerre. Il ne coupera jamais le lien extrêmement fort qu’il établit alors avec le continent et deux pays en particulier, le Mali et le Niger. Un des grands événements de sa vie fut sans doute la descente du fleuve Niger de la source à l’embouchure, avec ses amis Jean Sauvy et Pierre Ponty. Une aventure périlleuse à l’époque qui l’ancrera profondément dans la réalité africaine. Chargé de recherche au CNRS, il crée en 1953, avec des ethnologues aussi célèbres que André Leroi-Gourhan et Claude Lévi-Strauss, le comité du film ethnographique. L’Afrique, il ne la quittera jamais vraiment, même lorsqu’il fera des allers-retours avec la France, où sa carrière de cinéaste s’épanouira peu à peu pour culminer dans les années 60, et ne jamais tomber dans l’oubli par la suite.

         Le cinéma en France pour Rouch, c’est d’une part la Nouvelle vague, et de l’autre le cinéma-vérité expression qu’il propose avec Edgar Morin dans l’introduction du film phare qui deviendra une sorte de manifeste, ou du moins de référence, pour une grande majorité du cinéma documentaire, Chronique d’un été. Même si l’expression fut très vite remplacée par celle de cinéma direct proposée par Mario Ruspoli, et à laquelle Rouch se ralliera sans problème, la direction esthétique qu’elle sous-entend ne sera jamais abandonnée dans ses films ultérieurs. Pour reprendre la remarque de Gilles Deleuze, on peut dire que Rouch est un des cinéastes qui a le mieux compris, et le mieux fait comprendre, la vérité du cinéma.

         Rouch est généralement considéré comme un cinéaste documentariste. Et pourtant la fiction n’est jamais absente de son œuvre. Pas seulement parce qu’il réalisa quelque œuvre ouvertement non documentaire (en particulier l’épisode Gare du nord du film collectif Paris vu par…), mais surtout parce que la distinction entre documentaire et fiction n’a pour lui pas vraiment de sens. En fait, le cinéma de Rouch est essentiellement un cinéma expérimental, ce que mettra en évidence avec éclat Moi un noir (1958). Moi un noir, un film qui parle de l’Afrique comme un documentaire, mais aussi un film qui raconte des histoires d’Africains comme une fiction. Avec Rouch, il ne saurait être question de dire qu’il traite un contenu documentaire sous forme de fiction, ou l’inverse. La seule chose quoi compte, c’est qu’il s’agisse de cinéma.

S COMME SOUDAN – Camp

Au loin des villages. Olivier Zuchuat. France, 2008, 75 minutes

         Des femmes courbées en deux balaient le sol soulevant un nuage de poussière qui envahit l’écran. Nous sommes dans un camp de réfugiés. Un camp comme il en existe tant d’autres dans le monde, surtout en Afrique. Des populations déplacées à cause de la guerre. Des villages entiers qui fuient les massacres, les viols, les violences de toutes sortes, souvent loin, très loin de leurs habitations. Des habitations brulées, détruites, où ils ont tout laissé, où ils ont tout perdu.

         Au loin de villages est réalisé au Soudan, dans le camp de Gouroukoum, où se réfugient, parce qu’ils ne peuvent aller ailleurs, l’ethnie Dajo, victime du conflit du Darfour auquel ils sont pourtant totalement étrangers puisqu’ils sont tchadiens. Mais leurs villages ont été systématiquement attaqués par les Janjaweeds, comprenons des bandes armées qui font régner la terreur dans la région. Ils n’ont aucun moyen de se défendre. Ils ne peuvent que fuir. La situation politique de la région est complexe. Le film ne cherche pas à l’expliquer. Son propos est plutôt de montrer la vie d’une population déplacée dans un camp de réfugiés, un camp particulier mais qui renvoie à tous ceux qui existent dans le monde dans la mesure où la tragédie que vivent ces populations est partout la même.

         Le camp, nous ne le visitons pas de l’intérieur. La caméra ne pénètre pas dans les cases pour y filmer la vie matérielle, la cuisine, les conditions d’hygiène, l’éducation des enfants. Le cinéaste évite par là tout risque de voyeurisme. Le camp, il nous en propose une vue d’ensemble par un long travelling réalisé au-delà de la limite du camp matérialisé par une palissade en plante sèche. Se succèdent ainsi les cases, les tentes, les habitations de fortune, des espaces vides. Un camp qui est ainsi perçu dans son immensité. C’est la bande son qui prend en charge la vie du camp. Un brouhaha perçu en bruit de fond, lointain, où se détache parfois le chant d’un coq, ou âne ou le cri d’un enfant. La population, elle, est filmée en plans fixes, des déplacements à dos d’ânes, des groupes de femmes qui remplissent des sauts d’eau, une distribution de vivre. Des plans qui nous permettent de découvrir un paysage sec, aride, poussiéreux, qui semble n’offrir aucune ressource malgré l’existence d’un champ à proximité du camp.

         La parole de ces déracinés est recueillie dans des déclarations d’hommes et de femmes faisant le récit de leur malheur dans une prise de vue frontale, toujours la même. Ils sont assis face à la caméra, devant un fond neutre. Il n’y a pas de questions, il ne s’agit pas d’une interview ou d’un entretien. Ce ne sont pas non plus des cris de révolte ou des appels au secours explicites, même si bien sûr ces paroles nous interpellent fortement. Ces paroles prennent la forme de constats. Des femmes décrivent les massacres dont furent victimes leurs maris ; un homme fait le récit de l’attaque des villages et énumère dans une longue litanie le nom des victimes et leur village d’origine ; un autre raconte son arrivée dans le camp, comment ses agresseurs l’ont laissé pour mort après lui avoir crevé les yeux. Dans un autre plan, un enfant commente le dessin qu’il a réalisé d’une scène de guerre.

         Existe-t-il encore un avenir pour tous ces réfugiés ? Au début du film, un groupe de femmes pleurent les fils assassinés. Dans une des dernières séquences, des hommes discutent longuement de la possibilité de mariage d’une jeune fille. Tous n’ont qu’un espoir, revenir vivre paisiblement dans leurs villages.

Voir l’abécédaire d’Olivier Zuchuat

A COMME ABECEDAIRE – Olivier Zuchuat

Cinéaste et monteur suisse. Metteur en scène de théâtre. Enseignant à l’université Paris-Est Marne la Vallée, à la Fémis et à la Head-Genève.

Afrique

Le Périmètre de Kamsé

Au loin des villages

Djourou une corde à ton cou

Mah Damba, une griotte en exil

Agriculture

Le Périmètre de Kamsé

Artiste

Matthias Langhoff – Laisser la porte ouverte

Burkina Faso

Le Périmètre de Kamsé

Camp

Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit

Au loin des villages

Commerce

Dollar, Tobin, FMI, Nasdaq et les autres

Désertification

Le Périmètre de Kamsé

Dette

Djourou une corde à ton cou

Dictature

Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit

Economie

Djourou une corde à ton cou

Dollar, Tobin, FMI, Nasdaq et les autres

Femme

Le Périmètre de Kamsé

Mah Damba, une griotte en exil

Grèce

Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit

Griot

Mah Damba, une griotte en exil

Guerre

Au loin des villages

Mali

Djourou une corde à ton cou

Mah Damba, une griotte en exil

Mémoire

Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit

Mondialisation

Djourou une corde à ton cou

Dollar, Tobin, FMI, Nasdaq et les autres

Multinationales

Dollar, Tobin, FMI, Nasdaq et les autres

Poésie

Comme des lions de pierre à l’entrée de la nuit

Politique

Djourou une corde à ton cou

Portrait

Matthias Langhoff – Laisser la porte ouverte

Mah Damba, une griotte en exil

Réfugiés

Au loin des villages

Sécheresse

Le Périmètre de Kamsé

Spectacle

Matthias Langhoff – Laisser la porte ouverte

Tchad

Au loin des villages

Théâtre

Matthias Langhoff – Laisser la porte ouverte

Tradition

Mah Damba, une griotte en exil

Travail

Le Périmètre de Kamsé

A COMME AFRIQUE – Burkina Faso.

Le périmètre de Kamsé. Olivier Zuchuat, Suisse-France-Burkina Faso, 2020, 93 minutes

Le nord du Burkina Faso, une Afrique menacée par la désertification, par la famine. Une Afrique qui a soif et qui voit ses garçons les plus jeunes partir, en Côte d’Ivoire par exemple, en quette d’une vie meilleure. Comment peut-elle survivre.

L’histoire d’un village, Kamsé, qui va réagir, qui va s’organiser pour trouver une solution, pour prendre en main son avenir et qui, grâce au travail de tous, et en particulier des femmes, fera vaciller le socle de la fatalité.

Le film d’Olivier Zuchuat n’est qu’un exemple. Mais justement, il peut servir d’exemple. Parce qu’à Kamsé c’est la volonté collective qui prend en charge les destins individuels.

Dans un premier temps, il s’agit de réfléchir et de se renseigner sur les expériences qui ont fait leur preuve. Ainsi, les hommes vont se rendre en vélo et en moto, au village voisin, Goméa, qui a créé une ferme où l’eau est maitrisée grâce à des digues, où on utilise du compost et où, grâce à toutes ces techniques modernes, l’agriculture réussit à nourrir la population tout en protégeant l’environnement. Un exemple dont le village de Kamsé va s’inspirer.

Le film va suivre cette expérience pas à pas. Jusqu’au plan où les épis de mil remplissent tout l’écran.

Mais nous sommes en Afrique. Il n’est donc pas question de renoncer aux traditions, même si les techniques modernes mises en œuvre peuvent ouvrir des horizons nouveaux. Avant toute chose donc, on interrogera les anciens et on s’imprégnera de leur sagesse. Puis il s’agira de respecter le bosquet sacré, qui deviendra communautaire, mais qui restera interdit à la chasse et aux cultures. Et lorsqu’il ne pleut pas, on continuera à sacrifier des poulets.

Un mélange de modernisme et de traditionnel donc, où chacun semble trouver sa place. Le film, sans jamais se vouloir démonstratif ou explicatif, met bien en évidence cela à propos de la répartition des tâches entre hommes et femmes. Quant il s’agit, au début du film, de discuter, d’aller voir les voisins, de concevoir, de prendre des décisions, les femmes sont absente. La palabre est une affaire d’hommes. Mais lorsqu’il faut se mettre au travail de force, alors les femmes sont là et bien là, pioches à la main, et elles ne ménagent pas leur peine. Sans elles le projet n’avancerait pas. Mieux, il n’est possible que par leur travail. Un bel hommage aux africaines, en dehors de leur rôle de mère ou de cuisinière.

Un film optimiste. Mais pas totalement pourtant. La radio diffuse des informations alarmantes sur les attentats djihadistes dans le pays. L’Afrique peut-elle échapper à la douleur ?

E COMME ÉMIGRATION – Côte d’Ivoire.

Tidiane. Laure-Anne Bomati, 2019, 56 minutes.

Un portrait d’un africain en France, nous en avons déjà vu au cinéma. Par exemple, le récent Mallé en son exil, de Denis Gheerbrant qui filme un malien immigré en France depuis une vingtaine d’années. Il vit dans un foyer et travaille à Paris, dans des immeubles des « beaux quartiers » où il fait le ménage du hall et des couloirs et où une bonne partie de son temps est occupée à sortir et rentrer les poubelles. Tidiane, lui, est Ivoirien. Il a fui la guerre dans son pays et demande l’asile en France. Une demande qui tarde à aboutir et qu’il abandonnera lorsqu’il va obtenir une carte de séjour qui reste, d’année en année, temporaire.

La différence entre ces deux portraits, c’est que celui de Tidiane repose sur une relation beaucoup plus étroite – on pourrait même dire qu’il s’agit d’une relation d’amitié – entre le la cinéaste et son personnage. Alors que Gheerbrant prenait nettement ses distances par rapport aux positions culturelles de Mallé (à propos de la polygamie et de l’excision en particulier, Bomati aborde très peu avec Tidiane ses options culturelles et sa vie personnelle en Afrique. Nous savons seulement qu’il a laissé deux enfants et il garde contact avec sa famille par l’intermédiaire d’un frère.

Ce qui préoccupe essentiellement Tidiane – et on le comprend – ce sont les problèmes du logement et du travail. Il a d’abord résidé dans le squat de Cachan avant d’être expulsé avec le millier d’exilé qui vivait là. Depuis il a une chambre d’hôtel et se rend souvent au gymnase de Cachan soutenir les grévistes de la faim. Côté travail il lui faut d’abord obtenir un titre de séjour. Ce qui sera long, très long.

Tidiane finira par trouver un emploi. Il se mariera, aura des enfants, un grand appartement.  Beaucoup de chose pour être heureux, un bonheur bien mérité bien sûr, après toutes ces années de galère, que le film n’approfondit pas, mais qui reste très présentes jusqu’au plan final.

La cinéaste est très présente dans son film, du moins dans la bande son, en voix off ou au cours de dialogue avec son personnage. Un portrait participatif donc, qui n’apporte pas vraiment de révélations sur la vie des immigrés en France, mais qui a le mérite de nous faire partager l’intimité de l’un d’eux.

Z COMME ZAÏRE

Mobutu, roi du Zaïre. Thierry Michel. Belgique, 1999, 135 minutes.

         Le Zaïre, c’est le nom donné par Mobutu au Congo dès son arrivée au pouvoir à la suite d’un coup d’Etat en 1965. Il changera de même son nom, supprimant le trop occidental Joseph-Désiré en Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga (ce qui peut se traduire par « Mobutu le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter ») Cela en dit déjà beaucoup sur la personnalité de ce dictateur qui régna quelques 25 ans sur un pays dont il accapara, pour lui et sa famille, l’essentiel des richesses.

         Le portrait que réalise Thierry Michel de ce dictateur retrace pas à pas sa carrière politique, de l’indépendance du Congo à sa mort à la suite d’un cancer, en passant par toutes les étapes de son accession au pouvoir dont l’assassinat de Lumumba qui l’avait nommé chef d’Etat-major de l’armée. C’est sur cette armée qu’il s’appuiera pour devenir le seul « chef » du pays. Le film dissèque tout autant l’idéologie de Mobutu (le chef doit imposer son autorité par tous les moyens, c’est comme cela qu’il sera aimé du peuple) que les différentes facettes de son exercice du pouvoir. Parmi les témoins interviewés, un militaire considère qu’il n’avait aucun sens de la stratégie guerrière. Un diplomate, par contre, le considère comme sachant utiliser pleinement ses alliances avec les puissances mondiales. On le voit ainsi successivement reçu par Nixon et Bush père qui ne se prive pas d’éloge à son égard, et par Giscard d’Estain, particulièrement fier d’être son ami. Un ensemble d’images d’archives appuie l’analyse de cette dictature proposée par un commentaire omniprésent. Le portrait devient ainsi un réquisitoire et les images de répression sanglante des manifestations sont autant de pièces à charge.

         Quelle image de Mobutu le film fait-il en définitive ressortir ? Un dictateur sanguinaire, certes, qui ne peut conserver le pouvoir aussi longtemps que par l’exercice de la terreur. Mais lorsqu’il est filmé dans l’intimité il devient un homme aimant l’argent, le luxe et les femmes. Sa famille est très présente dans ces images, comme dans cette longue séquence dramatisée à l’extrême lors de l’enterrement d’un de ses fils. Et puis, à la fin de sa vie, il apparaît souffrant de sa solitude, avouant alors sa lassitude du pouvoir. Des images qui ne sont pas vraiment en harmonie avec celles des manifestants piétinant ses portraits.

K COMME KATUMBI.

L’irrésistible ascension de Moïse Katumbi. Thierry Michel, Belgique, 2013, 83 minutes.

         Riche entrepreneur à la tête d’un véritable empire industriel, Moïse Katumbi entre en politique à l’occasion des premières élections libres organisées au Congo en 2006 et se fait élire Gouverneur du Katanga à la suite d’une campagne où il distribue autant de billet de banque qu’il fait de promesses. Son programme est simple. Il s’agit tout simplement de sauver la province et avec elle le pays. Pour cela il faut combattre la corruption et la misère en donnant du travail à tous grâce au développement de l’exploitation des ressources minières considérables. Et dans l’immédiat, aider les plus pauvres et les handicapés à coup  de dons, petites sommes d’argent de la main à la main ou signature de gros chèques à des associations et œuvres de charité. Un programme qui a du mal à cacher sa nature populiste. Le nouveau gouverneur s’engage personnellement sur tous les fronts, contrôlant lui-même le travail de la douane aux frontières ou discutant sur les chantiers avec les ouvriers en grève demandant des augmentations de salaires. Et puis il manage lui-même « son » club de foot, le « Tout-Puissant Mazembe » de Lubumbashi qui vole de succès en succès à l’échelle africaine et mondiale.

          Le film de Thierry Michel montre clairement comment Katumbi se construit cette image d’homme providentiel, omniprésent et tout puissant. Un messie auquel le peuple voue un véritable culte. Il le suit dans toutes ses actions publiques, au milieu d’ailleurs d’une foule de caméras, de photographes et de micros, car bien sûr chaque intervention publique doit être médiatisée à l’extrême. Mais il en dresse aussi un portrait plus intime, présent dans sa voiture ou son avion personnel et dans son bureau comme dans sa résidence personnelle. Moïse Katumbi apparaît alors comme un homme posé, séduisant, calme, attentif aux problèmes de son pays. Il a beaucoup de présence devant la caméra comme devant les foules et sait parfaitement jouer de son charme. Un personnage qui tranche fortement par rapport aux dictateurs africains que le cinéma nous a montré jusqu’à présent, de Bokassa à Amin Dada.

         Pourtant le film n’est pas le simple récit d’une success story économique et politique. La première partie pourrait laisser croire que l’homme et son action sont au-dessus de tout soupçon. Mais il donne très vite la parole aux critiques et aux opposants, hommes politiques, journalistes ou défenseurs des droits de l’homme. Ils tiendront d’ailleurs une place de plus en plus importante dans le film. Sont ainsi fortement soulignées la collusion entre les affaires publiques et les intérêts privés et surtout les promesses non tenues, en particulier celles faites aux mineurs ou aux ouvriers lorsqu’il s’agit de ne pas s’opposer aux investisseurs et aux multinationales. La dérive autoritaire est aussi nettement pointée à propos de l’occasion du saccage de la résidence du principal opposant par une foule mobilisée et encadrée par une milice privée. Si Katumbi pouvait ainsi apparaître au début du film comme échappant aux maux de la politique du continent africain, sa dernière grande « opération » révèle sa nature mégalomane et quasi dictatoriale. Annonçant qu’il ne se représentera pas aux prochaines élections, il encourage en même temps le lancement d’une pétition lui demandant de ne pas prendre sa retraite politique. Si sa popularité n’est en rien entamée, il n’en reste pas moins qu’il s’est fait aussi beaucoup d’ennemis. La fin du film reste ouverte. Moïse Katumbi fera sûrement encore beaucoup parler de lui au Congo.

F COMME FLEUVE – Congo.

Congo river. Thierry Michel. Belgique-France, 2006, 116 minutes.

         Le Congo, un fleuve mythique, le deuxième du monde avec plus de 4000 kilomètres de long, un fleuve qui est la vie de tout un pays, de tout un peuple. Thierry Michel nous propose de le parcourir sur plus de 1200 kilomètres dans sa partie navigable. Il s’embarque sur une barge qui effectue ce voyage, seul moyen de traverser le pays, avec toute une population, hommes, femmes, enfants et toutes sortes d’animaux et toutes sortes de marchandise. Un voyage plein de dangers, car le fleuve recèle bien des pièges. Pour les éviter il faut être un navigateur expert et surtout connaître parfaitement chaque banc de sable et surveiller sans répit ces étranges matelots dont la tâche consiste à mesurer à chaque mètre parcouru la profondeur de l’eau. C’est le cas du capitaine de notre embarcation, véritable héros du film, après le fleuve lui-même cependant. Voyager sur cette véritable ville flottante, une ville africaine pour sûr, nous permet d’appréhender cette vie africaine si diverse et toujours surprenante pour un européen. Et chaque escale permet d’entrer encore plus dans la vie de ce pays que le réalisateur connaît bien et dont il nous exposera les enjeux actuels à partir de l’évocation des grands moments de son histoire. Comme il le dit dans l’ouverture de son film, remonter le fleuve Congo, c’est effectuer « un voyage à travers la mémoire ».

         Le film débute par un extrait de film hollywoodien, où Stanley est envoyé en explorateur en Afrique. C’est lui qui découvrira le fleuve et qui sera le premier à le suivre jusqu’à sa source, le même parcours que nous effectuons avec le cinéaste. Le film alterne les vues du fleuve et de ceux qui effectuent ce long voyage avec des images d’archives tirées essentiellement des actualités du cinéma belge. Ces séquences en noir et blanc d’une autre époque, commentées sur ce ton grandiloquent si caractéristique, renvoient toutes au colonialisme et sont systématiquement mises en perspective avec sa situation actuelle. S’agit-il de l’exploitation, par le travail des congolais réduits à un quasi-esclavage, des richesses du pays ? On continue aujourd’hui à abattre les grands arbres au bois précieux. Quant aux richesses minières, une séquence montre ces enfants très jeunes qui fouillent dans les restes des mines à ciel ouvert pour récolter quelques fragments de minerai de cuivre ou de cobalt, dont la vente leur permettra d’apporter quelques maigres revenus à leur famille. Le cinéaste n’a pas besoin de faire explicitement le procès du colonialisme. Ces images le font pour lui. 

         Tout au long du parcours, ce sont les vestiges de l’époque coloniale qui attirent l’attention, de grands bâtiments devenus inutiles ou tombant en ruine par manque d’entretien. Les manifestations religieuses sont aussi nombreuses, de l’évocation des pratiques traditionnelles de sorcellerie à ce grand meeting où un prédicateur en costume jaune des plus voyants récolte des fonds. La maladie du sommeil dû à la mouche Tsé Tsé n’est toujours pas éradiquée et continue de tuer. Et puis il y a ces aléas du voyage lui-même, l’annonce par le capitaine de la naissance de son troisième fils (il offrira à boire à tous les passagers), l’arrivée sur les lieux du naufrage d’une barge (les corps des 400 victimes sont encore sur la berge) ou cette autre barge échouée sur un banc de sable, surchargée de bois et de passagers et qu’il sera impossible de remorquer (elle restera trois mois dans cet état, attendant que les eaux du fleuve veuillent bien remonter). Avant la fin du voyage, un terrible orage éclate, inondant l’embarcation. Mais tous ces tracas n’empêchent pas la présence continue de la musique, des chants et des danses, sur les bateaux ou sur les rives. La bande son du film est ainsi particulièrement riche en chants traditionnels.

         Lorsque le fleuve n’est plus navigable, à cause des rapides et des cascades que seuls les piroguiers peuvent approcher, le voyage continue par voie des airs, avec de magnifiques vues aériennes, ou par la terre. Cette dernière partie sera consacrée au malheur du pays. C’est d’abord la dictature de Mobutu qui est évoquée à travers la visite des restes du château qu’il voulait faire construire et qui reste inachevé. Mais il est surtout question des guerres qui ont ravagé un pays qui a bien du mal à s’en remettre, comme toutes ces femmes violées et blessées dans leur organes sexuels qui sont soignées tant bien que mal dans des hôpitaux surpeuplés. Reste-il une note d’espoir en l’avenir ?

         Remarquable par la beauté des images du fleuve qu’il nous propose, ce film l’est aussi par la rigueur de son approche du continent africain. Une Afrique martyrisée par le colonialisme et par toutes ces guerres récentes interminables. Une Afrique qui reste une terre de mystère que le cinéma peut aider à mieux connaître.

A COMME ABECEDAIRE -Thierry Michel

Architecture

Métamorphose d’une gare

Armée

Mobutu, roi du Zaïre

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L’Affaire Chebeya, un crime d’État ?

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L’École de la dernière chance

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Métamorphose d’une gare

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L’homme qui répare les femmes – La Colère d’Hippocrate

L’Irrésistible Ascension de Moise Katumbi

L’Affaire Chebeya, un crime d’État ?

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Congo River – Au-delà des ténèbres

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Voyage

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A lire : L’homme qui répare les femmes – La Colère d’Hippocrate

P COMME PERCHE DU NIL.

Le Cauchemar de Darwin. Hubert Sauper, France-Autriche-Belgique, 2003, 107 minutes.

         Le Cauchemar de Darwin est un film événement à bien des égards. Il connut à sa sortie un succès public et critique important. Il fut couronné par de nombreux prix, dont le César du meilleur premier film en 2004 et toujours en 2004 le prix du meilleur film documentaire européen. D’un autre côté, il suscita une violente polémique qui déboucha sur un procès en diffamation que d’ailleurs le cinéaste gagna. Un film choc donc, qui n’hésite pas à utiliser des images provocantes. Un film dérangeant parce que dénonciateur. Un film qui ne peut pas laisser indifférent.

         Le point de départ de l’enquête menée par Hubert Sauper est la perche du Nil, ce poisson carnivore introduit artificiellement dans les années 60, dans le lac Victoria, ce qui aboutit à la disparition de la majorité des poissons présents antérieurement dans le lac. Les filets de perche, eux, ont inondé les poissonneries de tous les supermarchés d’Europe. En Tanzanie, dans la petite ville de Mwanza où nous conduit le cinéaste, deux avions atterrissent chaque jour et repartent avec des tonnes de poissons.

         Ce commerce est significatif de la mondialisation contre laquelle le film part en guerre. Sauper montre d’abord qu’il ne profite nullement aux habitants de Mwanza, bien au contraire. L’Afrique qu’il filme est l’Afrique pauvre, exploitée, pillée même, en proie à toutes les calamités du monde moderne, misère, sida, prostitution, corruption, violence généralisée. Les images qu’il réalise ne font pas dans la dentelle et ne peuvent que soulever l’indignation du spectateur. Le visage d’une femme borgne travaillant au séchage du poisson, par exemple, ou l’accumulation des carcasses où prolifère la pourriture et servant de nourriture à la population la plus pauvre du village qui n’a pas d’autres moyens d’échapper à la famine. A la catastrophe écologique concernant le lac, s’ajoute un ensemble de drames humains auxquels aucun habitant ne semble pouvoir échapper. Le film présente une série de portraits plus terrifiants les uns que les autres, du veilleur de nuit à la prostituée, du pécheur à l’industriel, des enfants des rues aux pilotes russes qui essaient de fuir le plus possible la caméra.

         Mais le film va plus loin dans la dénonciation. S’insurgeant contre les effets de la mondialisation, il prétend en dévoiler les dessous les plus scandaleux. Le trafic d’armes en particulier. Car les avions qui viennent chercher le poisson n’arrivent jamais vide…

        L ’existence d’un tel trafic fut au cœur de la polémique que suscita le film. L’historien François Garçon en particulier partit en guerre contre le cinéaste, dénonçant son film comme n’étant qu’une supercherie, pratiquant l’amalgame et ne mettant l’accent que sur les aspects négatifs du commerce de la perche du Nil. Rien ne prouverait dans le film l’existence du trafic d’armes, ni que les carcasses de poisson réduites en farine serviraient à la nourriture humaine plutôt qu’à celle des animaux, dont il existerait une industrie florissante contribuant à la richesse du pays. Au-delà de ses éléments concrets, une telle polémique n’oppose-t-elle pas au fond ceux qui ne voient dans les effets de la mondialisation que des épiphénomènes négligeables à ceux qui la condamnent en bloc. Le film de Sauper est révélateur des enjeux du débat.

         Le Cauchemar de Darwin a été réalisé clandestinement, le cinéaste et son équipe se faisant passer pour de simples touristes, ou se déguisant en pilotes russes. Le résultat est un film engagé, qui n’hésite pas à utiliser des images choquantes, parfois à la limite du supportable, pour provoquer la réaction du spectateur. Ce n’est pas un film historique, ni une simple enquête journalistique. C’est un film d’auteur, qui témoigne et qui alerte, et qui utilise les ressources du cinéma pour le faire de façon percutante et efficace. Le cauchemar, un jour, ne risque-t-il pas de se transformer en réalité ?


A COMME ABECEDAIRE – Hubert Sauper.

Des films qui dénoncent, au risque de faire scandale.

Afrique

Nous venons en amis

Le Cauchemar de Darwin

Catastrophe écologique

Le Cauchemar de Darwin

Cinéma

Epicentro

Colonialisme

Epicentro

Nous venons en amis

Congo Kinshasa

Kisangani Diary

Cuba

Epicentro

Développement

Le Cauchemar de Darwin

Enfance

Epicentro

Esclave

Nous venons en amis

Famille

Seules avec nos histoires

Femme

Seules avec nos histoires

Génocide

Kisangani Diary

Guerre

Nous venons en amis

Kisangani Diary

Lac Victoria

Le Cauchemar de Darwin

La Havane

Epicentro

Mondialisation

Le Cauchemar de Darwin

Pauvreté

Le Cauchemar de Darwin

Pêche

Le Cauchemar de Darwin

Perche du Nil

Le Cauchemar de Darwin

Le cauchemar de Darwin, affiche

Réfugiés

Kisangani Diary

Rwanda

Kisangani Diary

Soudan

Nous venons en amis

Tanzanie                 

Le Cauchemar de Darwin

Trafic d’armes

Le Cauchemar de Darwin

Violence conjugale

Seules avec nos histoires

Lire A COMME AFRIQUE

M COMME MIL

L’éloge des milsHéritage africain. Idriss Diabaté, 2017, 71 minutes.

Le mil, sauvage ou cultivé, la céréale emblématique de l’Afrique, comme le blé l’est pour les Européens, le riz pour les asiatiques ou le maïs pour les Américains. Une céréale nourricière, qui a tout pour combattre la sécheresse et le risque de famine. Mais comment résiste-t-elle devant la mondialisation et sa recherche incessante de l’augmentation des rendements qui conduit bien des africains à se tourner vers le maïs, ou même le coton ? Le mil, une céréale à défendre.

Après un incipit en dessin animé qui retrace rapidement l’origine des mils, le film nous conduit dans un voyage au Sénégal et au Mali, dans ce Sahel toujours guetté par la sécheresse. Nous y rencontrons les différents acteurs concernés par les problèmes actuels de l’agriculture en Afrique. Des chercheurs qui font état de leurs travaux, mais surtout de simples paysans pour qui la culture du mil est toute une tradition et surtout une question de survie. On est frappé par le bon sens de ces agriculteurs qui subissent la concurrence du maïs et du coton qui sont sans doute plus rentables sur le moment. Mais, l’un d’eux insiste avec force sur les risques encourus par l’utilisation des engrais, obligatoires pour faire pousser le maïs, alors que le mil n’en a pas besoin.

Les images proposées par Idriss Diabaté nous immergent dans les champs de mil. Nous assistons à la récolte, manuelle ou avec des machines. Dans les villages les femmes pilent les grains de façon traditionnelle et cuisinent pour les hommes. Nous allons sur les marchés et même dans une boulangerie qui propose des utilisations nouvelles du mil. Des images toujours pleines de vie.

Du réalisateur, Idriss Diabaté, nous connaissions jusqu’à présent son film sur Jean Rouch, Jean Rouch, cinéaste africain, accessible sur le dvd d’hommage au cinéaste ethnographe (Il était une fois Jean Rouch) publié par les éditions Montparnasse. Il a d’autre part fait l’image du film de Constance Ryder, portrait de Monique Peytral, l’auteure des peintures du facsimilé de la grotte de Lascaux (Monique Peytral : peindre Lascaux, peindre la vie). Avec cet éloge des mils, il nous propose de nous pencher sur les problèmes concrets de la vie quotidienne au Sahel concernant l’agriculture et la nourriture, des problèmes que le réchauffement climatique rend sans doute beaucoup plus aigus ici que partout ailleurs.

A COMME ABECEDAIRE – Marie Voignier

Afrique

NA China

Tinselwood

L’Hypothèse du Mokélé-Mbembé

Agriculture

Le Bruit du canon

Allemagne

Hinterland

Art

Au travail

Bretagne

Au travail

Le Bruit du canon

Chine

NA China

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NA China

Censure

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Corée du nord

Tourisme international

Dictature

Tourisme international

Expédition

L’Hypothèse du Mokélé-Mbembé

Exposition

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Entreprise

Au travail

Femme

NA China

Forêt

Tinselwood

Histoire

Hinterland

Légende

L’Hypothèse du Mokélé-Mbembé

Loisirs

Hinterland

Mondialisation

NA China

Mythe

L’Hypothèse du Mokélé-Mbembé

Nature

Tinselwood

Oiseaux

Le Bruit du canon

Parc tropical

Hinterland

Rennes

Le Bruit du canon

Travail

Tinselwood

Au travail

Tourisme

Tourisme international

Lire M COMME MOKELE-MBEMBE

et C COMME CHINE – commerce

A COMME ABECEDAIRE – Dieudo Hamadi

Une œuvre qui nous plonge au cœur de la vie quotidienne en République Démocratique du Congo. La politique n’en est jamais absente.

Armée

Kinshasa Makambo

Maman Colonelle

Campagne électorale

Kinshasa Makambo

Atalaku

Colonelle

Maman Colonelle

Contestation

Kinshasa Makambo

Démocratie

Kinshasa Makambo

Ecole

Examen d’État

Elections

Kinshasa Makambo

Atalaku

Emeutes

Kinshasa Makambo

Etudiants

Examen d’État

Enfants

Maman Colonelle

Examen

Examen d’État

Femme

Maman Colonelle

Fête

Examen d’Etat

Fuites

Examen d’État

Jeunesse

Kinshasa Makambo

Examen d’État

Justice

En route pour le milliard

Kinshacha

En route pour le milliard

Kinshasa Makambo

 Lycéens

Examen d’État

Manifestations

Kinshasa Makambo

Politique

Kinshasa Makambo

Atalaku

Police

Maman Colonelle

Portrait

Maman Colonelle

Atalaku

Prime des enseignants

Examen d’État

Religion

Atalaku

 République Démocratique du Congo (RDC)

En route pour le milliard

Kinshasa Makambo

Maman Colonelle

Examen d’État

Atalaku

Superstition

Examen d’État

C COMME CHINE -Commerce.

Na China.  Marie Voignier, France, China, Cameroon, 2020, 71 minutes

Le commerce entre la Chine et l’Afrique. Il est bien connu que la Chine est en train d’envahir l’Afrique. Pour écouler son énorme production. Des produits pas toujours de grande qualité. Surtout du textile, des vêtements. Des objets de marque sans marque. La mode à bas prix.

Mais ce commerce est-il toujours à sens unique ? C’est tout l’intérêt, et l’originalité, du film de Marie Voignier de nous montrer l’arrivée et l’activité commerciale de l’Afrique en Chine. Une activité qui n’a pas la même échelle. Ni les mêmes méthodes.

Nous suivons dans le film quatre Africaines originaires du Cameron. Elles sont installées à Canton et travaillant dans le textile, elles sont venues ici pour acheter de quoi alimenter leurs boutiques là-bas.  Ou bien elles viennent s’installer en créant un salon de coiffure par exemple. Et essayer de lancer la mode des tresses.

La presque totalité du film se passe dans des boutiques chinoises de vêtement ou dans des entrepôts où l’on conditionne les achats en gros pour les expédier. Les boutiques sont de véritables cavernes d’Ali Baba. On s’y perdrait facilement au milieu de tant de tissus, de robes et autres pantalons. Le tout bien sûr particulièrement coloré. Nos Africaines explorent, commentent, jugent de la qualité (pas toujours satisfaisante). Et elles discutent les prix. La vendeuse chinoise consent parfois des rabais. Mais le marchandage aboutit le plus souvent à un accord. Au Cameron une partie de la clientèle – la plus fortunée – attend des produits de bonne qualité, alors que les chinois importent surtout du bas de gamme, bon marchais.

Nos Africaines sont particulièrement à l’aise dans leurs négociations. Bien sûr elles ont à subir – et à contourner – les tracasseries administratives. Surtout pour ouvrir une boutique. L’obtention des visas est aussi une préoccupation. Mais elles manient l’argent avec une grand habileté. Il n’y a pas que les chinois qui ont le sens du commerce.

Le monde du textile en Chine avait déjà été filmé par des documentaristes, mais plutôt au niveau de la fabrication, les petits ateliers où les ouvriers passent la journée à la machine à coudre, ou les grandes structures où le travail est à la chaine. Des travailleurs souvent venus de campagnes lointaines en espérant gagner le plus d’argent possible par ce travail aliénant. Dans cette perspective, on reverra avec intérêt Argent amer de Wang Bing ou Le dernier train de Lixin Fan, parmi bien d’autres.

Na China a pour lui d’être tourné en Chine par une cinéaste française, avec pour personnages principaux des Africaines.

Visions du réel 2020.

M COMME MIGRANT – Portrait.

Traverser. Joël Richmond Mathieu Akafou, – France, Burkina Faso, Belgium, 2020 77 minutes

Partir. Traverser la mer. Traverser des frontières. Traverser des pays. Partir toujours. Traverser d’autres frontières, d’autres pays. Traverser les montagnes. Traverser la vie.

Traverser les épreuves. Traverser les souffrances. Traverser les difficultés. Traverser les apparences aussi, ce monde où le bonheur fuit sans cesse devant soi.

Ne faire que passer. Pour aller ailleurs. Pour aller plus loin. Là-bas, où la vie sera meilleure.

Le film de Mathieu Akafou fait le portrait de Junior, migrant qui ne vient pas d’un pays en guerre, l’Afghanistan ou la Syrie. Migrant parmi tant d’autres qui quittent l’Afrique avec le rêve de l’Europe en tête, simplement l’espoir d’une autre vie.

Junior a quitté sa mère, ses amis, sa famille en Côte d’Ivoire. Il a traversé la Méditerranée. Il a connu la prison en Lybie. Nous le retrouvons en Italie où il a une place d’hébergement dans un camp organisé par une association. Mais il ne peut pas rester. Il veut aller en France. Il doit aller en France. Le film se terminera à son arrivée à paris où il n’a pas d’hébergement. Il appelle au secours. Devra-t-il dormir dans la rue.

Junior est un garçon sensible. Très sensible. Nous le voyons souvent pleurer. Lors de l’enterrement qui ouvre le film en Afrique. Lorsqu’il parle avec sa mère une fois arrivé en Europe. Et puis il a des relations compliquées avec ses petites amies. Amanita, Michelle, Brigitte, son amie « blanche » comme il dit. Il passe de l’une à l’autre. Il est sans doute sincère lorsqu’il dit à Michele qu’il l’aime. Mais cela ne suffit pas. Il ne fait pas ce qu’il faut pour ne pas être abandonné.

Traverser est un film sur l’émigration africaine, réalisé par un cinéaste africain. L’émigration vue de l’intérieur. Il met plus l’accent sur le vécu intérieur que sur les conditions matérielles du voyage. Un voyage solitaire où le seul lien avec le monde est le téléphone portable. Qui permet de parler avec sa mère. La personne qui compte le plus pour lui, vers laquelle il se tourne sans cesse. Pour trouver auprès d’elle, le point d’appui qui lui manque si souvent.

Après Vivre riche, Traverser est le deuxième film réalisé par Mathieu Akafou où apparaît Touré Inza Junior. Il faisait alors parti d’un groupe de jeunes qui montaient des coups plutôt louches pour extorquer des européens. Des européennes plutôt d’ailleurs. Des situations souvent sans issue, qui ne pouvaient que laisser Junior insatisfait. Il n’est pas étonnant qu’il ne penser qu’à partir. La France lui apportera-t-elle le salut ?

Visions du réel 2020.

En 2017, Vivre Riche avait obtenu le Prix du meilleur moyen métrage à Visions du réel.

R COMME REVE – Afrique

Talking dreams. Bruno Rocchi, Italie, 2020, 38 minutes.

Dévoiler la signification des rêves, en Afrique, un art qui tient plus de la divination que de l’interprétation psychanalytique. Un art qui permet de prédire l’avenir. Si du moins le rêveur suit les conseils qui lui sont donnés et les prescriptions qui accompagnent toujours la révélation du sens de son rêve.

Ici, c’est une femme qui en a le pouvoir. Elle le fait dans une émission de radio assise à côté de l’animateur-présentateur de l’émission filmée toujours dans le même cadrage, ce qui tient lieu de studio. Les auditeurs appellent, racontent leur rêve. Sans hésitation, elle leur dit ce qu’il signifie.

Les récits de rêves qui sont proposés sont courts, souvent concrets, mais bien sûr toujours obscure au premier abord. Leur « interprétation » s’appuie sur une symbolique traditionnelle, mais aussi sur une sorte de bon sens renvoyant à la vie sociale quotidienne. Ey puis ce qui intéresse le rêveur, ce qui explique son appel à la radio, c’est de connaître son avenir. Sera-t-il faste ou néfaste ? Et comment l’affronter au mieux.

Ces séances radiophoniques sont montées en parallèle avec un autre récit, celui du désir de migration. Le rêve, au sens d’aspiration ou d’anticipation du futur, ce serait donc toujours de quitter l’Afrique, de gagner l’Europe, quelle que soit la difficulté de réalisation de ce projet. Les images que nous propose alors le cinéaste sont souvent banales et renvoyant à la quotidienneté de la vie africaine. Mais le film est aussi fait d’images beaucoup plus mystérieuses, qui échappent justement à cette quotidienneté.

Le film de Bruno Rocchi nous présente une Afrique où le mystère, voire le fantastique, imprègne toute réalité, même la plus triviale. Le rêve y occupe une place centrale, indiquant comment s’accommoder au mieux d’une condition matérielle et sociale qui n’offre guère de perspective d’avenir – et si possible d’y échapper.  

En Afrique comme ailleurs, il n’est pas possible de vivre sans rêver.