C COMME CALABRE

Un paese di calabria de Shu Aiello et Catherine Catella

Depuis que Lampedusa est devenu tristement célèbre, on connait bien les risques que prennent tant de réfugiés pour essayer d’atteindre par la mer, sur des embarcations souvent bien rudimentaires, les rives de l’Europe. On sait aussi que l’Italie est en première ligne dans cette tentative de survie qui conduit souvent à la mort. Mais que deviennent ceux qui arrivent à surmonter l’épreuve et qui se retrouvent démunis de tout sur une plage qui n’a rien d’un paradis estival. Comment sont-ils accueillis, alors que l’on sait aussi que bien des pays en Europe mettent en œuvre des moyens considérables pour les empêcher de rentrer chez eux ou les refouler. En Calabre ce n’est pas le cas et la réussite de l’intégration des immigrés dans un village de la région est exemplaire et ne devrait faire que des émules.

Riace, en Calabre donc, est un village qui, comme beaucoup d’autres,  se désertifiait petit à petit mais inexorablement. Jusqu’au moment où le projet d’un maire de gauche va tout changer. Puisqu’il y a tant de maisons abandonnées, tant de logements disponibles, pourquoi ne pas les offrir à ces réfugiés qui aboutissent sur la côte  sans savoir où aller, sans aucune perspective d’avenir. Un élan humaniste certes, mais qui peut aussi renvoyer à un calcul économique. Dans un premier temps ce sont 200 réfugiés kurdes qui sont accueillis. Et c’est tout le village qui va en profiter. Car cet afflux d’une population nouvelle est un stimulant non négligeable pour l’économie locale. Les commerces ouvrent à nouveau. L’école et l’église ne désemplissent pas. Et si beaucoup de ces nouveaux arrivant (après les kurdes c’est de pratiquement tous les pays en guerre, de l’Afghanistan à l’Erythrée qu’ils sont originaires) ne sont ici que de passage, espérant gagner d’autres régions de l’Europe plus riches, certains restent, s’installent, trouvent du travail et contribuent à faire revivre toute une région qui semblait condamné par la marche de l’histoire.

Le film de Shu Aiello et Catherine Catella n’hésite pas à nous montrer la vie de ce village depuis la mise en place de ce projet sous un jour entièrement positif. Ce qui peut très bien se comprendre dans le contexte géopolitique actuel plutôt tourné vers le repli sur soi, quand ce n’est pas l’intolérance et le racisme. Les images d’une beauté toute touristique abondent tout au long du film. Les premiers arrivant qui sont restés ont trouvé du travail, parlent parfaitement italien et se sont fait des amis parmi les autochtones. Les fêtes sont des plus joyeuses et le mélanges des cultures et des couleurs y est éclatant. De longues séquences sont consacrées à la vie de l’église. Un baptême d’abord d’une petite fille noire dont la marraine est, elle, italienne. Puis une cérémonie, dans une église pleine à craquer, où un africain et une jeune afghane sont appelés à prier dans le micro dans leur langue respective. Le film montre aussi l’école où une enseignante bien sympathique crée du lien avec des enfants de tout âge et de toute origine et leur apprend à parler italien. Un bel exemple de vivre ensemble malgré le moment où, ici comme ailleurs, une querelle éclate entre les jeunes. Mais la maîtresse réussit rapidement à rétablir le calme. Bref tout se passerait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible s’il n’y avait pas la mafia.

Le maire sortant a osé dénoncer ses agissements et du coup le renouvellement de son mandat est en bute à une forte opposition dont l’origine ne fait pas de doute même si le film ne la nomme pas explicitement. Le film donne longuement la parole au père du maire – qui en fait un éloge sans nuance – et ignore l’opposition, même si la caméra ne peut éviter de faire entrer dans le cadre les affiches qui prolifèrent dans le village. Cette bataille politique est la partie la moins convaincante du film car traitée de façon bien univoque. Les cinéastes évitent systématiquement le débat, ce qui peut se comprendre dans leur projet. Mais les arguments en faveur de l’accueil des réfugiés sont eux aussi passés sous silence. Du coup, le film perd un peu de son pouvoir de conviction. Reste qu’il est quand même réconfortant de voir que les réfugiés ne sont pas partout objet de haine et de rejet.

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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